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Quand une étude récente de BCG annonce que le CEO pilote l’IA…

Wald Maâlam rappelle que l’ouvrage relève de la gouvernance


Par Dr Az-Eddine Bennani.

Dans l’atelier, le Maâlam ne tient pas l’aiguille toute la journée. Il ne coupe pas tous les tissus, il ne brode pas chaque motif. Il regarde, il pense, il corrige, il tranche. Il sait où va le caftan avant même que le premier fil ne soit posé. Puis il laisse faire les mains.

Une étude récente du Boston Consulting Group affirme que les dirigeants reprennent la main sur l’intelligence artificielle et que près de trois quarts des CEO en seraient désormais les principaux décideurs.

Le message semble clair : l’IA ne serait plus une affaire technique, mais une affaire de direction générale.



Le Maâlam sourit.

Car cela fait longtemps que la leçon est connue. Depuis le bug de l’an 2000, je n’ai cessé de le dire et de l’écrire : les technologies de l’information et de la communication, puis le numérique, ne sont plus une affaire de DSI.

Elles sont une affaire de gouvernance.

Ce que l’on présente aujourd’hui comme une rupture n’est, en réalité, qu’un rattrapage.
Dans l’atelier, si le Maâlam décide de tout faire lui-même, le travail s’arrête. Les mains se figent, les apprentis n’apprennent plus, le rythme se casse.

L’ouvrage devient lent, fragile, sans cohérence.

Transposé à l’entreprise, le constat est simple : gouverner ne signifie pas exécuter.
Présenter le CEO comme le “directeur de l’IA” est une simplification. Elle est séduisante, mais elle est trompeuse.

Le dirigeant n’a pas vocation à manipuler des modèles, à concevoir des architectures ou à déployer des agents. S’il le fait, c’est que l’organisation est mal structurée.

Son rôle est ailleurs. Il trace la direction, fixe les priorités, arbitre, assume. Il garantit que chaque décision s’inscrit dans une cohérence globale.

Mais il ne remplace pas les mains.

Car sans les mains, il n’y a pas d’ouvrage.

Depuis des années, les organisations reproduisent la même erreur. Elles pensent que la transformation naît d’une décision prise au sommet. Elles confondent impulsion et transformation, discours et réalité.

On a vu cela avec les systèmes d’information. On l’a vu avec le digital. On le voit aujourd’hui avec l’intelligence artificielle.

On annonce, on investit, on structure, et l’on s’étonne ensuite que les résultats ne suivent pas.

Pourquoi ?

Parce que l’on oublie l’essentiel : l’appropriation.

Dans l’atelier, un apprenti ne devient pas artisan parce qu’on lui donne un outil. Il le devient parce qu’il comprend le geste, parce qu’il s’inscrit dans une logique de transmission, parce qu’il apprend à faire.

Il en va de même avec l’IA.

Une organisation ne se transforme pas parce que le CEO reprend la main. Elle se transforme lorsque les métiers comprennent, adoptent et transforment leurs pratiques.
Sans cela, l’intelligence artificielle reste une vitrine. Ou un coût.

On a longtemps accusé la DSI d’être un frein. Cette lecture était erronée. La DSI n’était pas le problème. Elle révélait une absence de gouvernance.

Aujourd’hui, le risque est inverse : remplacer une illusion technique par une illusion managériale.

La DSI n’est ni marginale, ni centrale. Elle est indispensable dans la mise en œuvre. Elle permet de traduire une intention stratégique en réalité opérationnelle. Mais elle ne décide pas seule. Pas plus que le CEO ne peut exécuter seul.

L’intelligence artificielle ne se situe ni dans la tête, ni dans la main. Elle se situe dans leur articulation.

C’est là que se joue la réussite.

Dans mes travaux sur le paradoxe de la productivité, j’ai montré que la technologie ne crée pas la performance par elle-même.

Elle en révèle les conditions. Elle amplifie les cohérences comme elle amplifie les incohérences.

Avec l’IA, cette réalité est encore plus marquée.
Si l’organisation est désalignée, l’IA amplifie le désordre. Si elle est cohérente, elle accélère la performance.

Le Maâlam le sait : un bon outil ne corrige jamais un mauvais geste.

Ce que révèle réellement cette étude récente du Boston Consulting Group n’est pas que les dirigeants deviennent des experts de l’IA.

Elle révèle que les organisations prennent conscience, tardivement, que la technologie engage leur gouvernance.

Mais comprendre ne suffit pas.

Encore faut-il agir avec méthode.
Dans l’atelier, le Maâlam n’impose pas. Il ajuste. Il ne remplace pas. Il organise. Il veille à la cohérence de l’ensemble.
C’est cela, gouverner.

L’intelligence artificielle n’est ni une affaire de DSI, ni une affaire de CEO. Elle est une affaire de gouvernance.

Et tant que cette évidence ne sera pas pleinement intégrée, les organisations continueront à annoncer des transformations qu’elles ne parviennent pas à produire.
Car on ne transforme pas une organisation en proclamant une vision.

On la transforme en alignant des intelligences. Et cela, aucun algorithme, aucun dirigeant, aucune technologie ne peut le faire seul.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mercredi 25 Mars 2026

La rédaction

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