Par Mohammed Yassir Mouline
La mémoire est parfois une victime collatérale des campagnes électorales… Dans cette agitation générale, le Parti de l'Istiqlal a eu le tort « ou le mérite » de rappeler une réalité peu compatible avec les slogans… gouverner un pays ne consiste pas à rédiger des publications Facebook ou à collectionner des mentions « J'aime »… Gouverner implique parfois de choisir entre ce qui est populaire et ce qui est soutenable…
Voilà pourquoi le parti a refusé de soutenir le plafonnement administratif des prix des carburants… Non pas parce qu'il ignorerait les difficultés des citoyens... Non pas parce qu'il serait devenu le porte-parole des compagnies pétrolières, comme certains aiment le suggérer... Mais parce qu'il considère que le vrai problème réside moins dans les prix internationaux que dans les marges excessives, les distorsions du marché et les pratiques qui faussent la concurrence… Nuance importante… Mais à l'ère du buzz, les nuances sont devenues les premières victimes du débat public…
Car il est beaucoup plus facile de résumer une question complexe en dix secondes de vidéo que d'expliquer les mécanismes d'un marché mondialisé… Il est beaucoup plus rentable électoralement de promettre des miracles que d'assumer des équilibres budgétaires… Et il est toujours plus simple de désigner un coupable que de présenter une solution crédible… C'est précisément là que la polémique devient intéressante… D'un côté, ceux qui réclament aujourd'hui un plafonnement des prix expliquent qu'ils défendent le consommateur… De l'autre, l'Istiqlal répond qu'il préfère plafonner les marges plutôt que créer une illusion administrative dont le coût finirait par être payé par le contribuable… Le débat est légitime... Mais il devrait au moins être mené avec un minimum de cohérence historique…
Car enfin, qui a accompagné la libéralisation des prix ? Qui expliquait alors que le marché produirait naturellement plus de concurrence et plus d'efficacité ? Qui applaudissait les mécanismes qu'il dénonce désormais avec une indignation toute neuve ?...L'avantage des déclarations politiques est qu'elles s'oublient vite... L'inconvénient d'Internet est qu'il n'oublie rien… !!
C'est également dans ce contexte qu'intervient l'annonce par Nizar Baraka d'un nouveau contrat politique avec les citoyens… Une annonce accueillie avec scepticisme par certains, comme toutes les promesses politiques... Mais une annonce qui contient un engagement dont beaucoup préfèrent parler sans jamais l'appliquer… la politique de « zéro tolérance » envers la corruption et les conflits d'intérêts… Là encore, les réactions sont révélatrices… Lorsqu'un responsable politique promet de combattre les rentes, les privilèges et les situations de monopole, tout le monde applaudit... Jusqu'au moment où il faut identifier les bénéficiaires de ces rentes. Là, les applaudissements deviennent plus discrets… !!
Car la corruption n'est pas seulement une affaire de valises ou d'enveloppes… Elle prospère aussi dans les passe-droits, les positions dominantes, les privilèges indus et les réseaux d'influence qui transforment parfois l'économie en club privé réservé aux initiés… Parler de « zéro tolérance » est donc une chose… Affronter ceux qui vivent confortablement de l'absence de tolérance en est une autre… Nizar Baraka a choisi de placer cette question au cœur de son discours… On peut discuter ses propositions... On peut critiquer son bilan… C'est le principe même du débat démocratique… Mais il est difficile de lui reprocher une incohérence sur ce dossier… Et c'est peut-être cela qui dérange le plus...
À l'heure où certains changent de position au rythme des sondages, l'Istiqlal revendique une ligne qui peut être contestée mais qui reste lisible... Une ligne qui refuse les solutions spectaculaires lorsqu'elles risquent d'hypothéquer les finances publiques... Une ligne qui privilégie les mécanismes économiques aux effets d'annonce... Une ligne qui tente de répondre à la colère sociale sans transformer chaque difficulté du citoyen en slogan de campagne…
Assez de surenchères !... Tout le monde parle aujourd'hui des prix des carburants… Tout le monde se proclame défenseur du pouvoir d'achat... Tout le monde se découvre une passion tardive pour le panier de la ménagère… Mais combien prennent réellement le temps de rechercher les faits avant de diffuser les contrevérités ?!! Combien préfèrent les chiffres aux slogans, les mécanismes économiques aux raccourcis électoraux, l'intérêt du citoyen aux calculs de circonstance ?!!...
Nizar Baraka, lui, parle le langage des chiffres, du droit et de la responsabilité publique… Ses adversaires ont naturellement le droit de le contester... Encore faudrait-il qu'ils répondent aux données par d'autres données, aux arguments par d'autres arguments, plutôt qu'aux raisonnements par des campagnes de communication conçues pour fabriquer du bruit… Car au fond, le véritable scandale n'est peut-être pas le prix du litre à la pompe… Le véritable scandale est cette facilité avec laquelle certains transforment chaque débat économique en concours de popularité, chaque difficulté sociale en slogan électoral et chaque vérité dérangeante en occasion de faire le buzz… !!
Or le Maroc mérite mieux que des effets de manche et des indignations à géométrie variable… Il mérite des responsables capables d'assumer leurs positions, y compris lorsqu'elles ne sont pas les plus populaires du moment… Alors oui, qu'on partage ou non les choix de Nizar Baraka, une exigence de justice intellectuelle s'impose… avant de distribuer les accusations, il faut aussi savoir distribuer les mérites… Et dans cette affaire des carburants comme dans bien d'autres, il est parfois nécessaire de rendre à Nizar ce qui appartient à Nizar… Car l'essence de la vérité va toujours plus loin que le carburant du buzz… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.












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