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Sahara Marocain: le verrou algérien sous pression américaine...


Par Aziz Daouda.

Depuis un demi siècle, le pouvoir militaire algérien ne cherche ni à clore définitivement le conflit du Sahara, ni à satisfaire réellement les revendications du Polisario. L'objectif central est la perpétuation d'un statu quo **contrôlé**, suffisamment conflictuel pour rester utile, mais bien contenu pour ne pas dégénérer.



Dans cette logique, le Polisario n'est pas une fin en soi, mais un instrument :

Un proxy de pression régionale, activé ou mis en sourdine au gré des besoins stratégiques d'Alger.

Ses dirigeants sont de simples fonctionnaires en mission et les détenus des camps pas plus que des compars.

Il ne s'agit ni de construire un État viable au sud, ni de remporter une victoire diplomatique totale, mais de maintenir une déstabilisation permanente à bas bruit dans la région. Un cynisme sur ne peut plus se manifester dans un conflit « gelé » mais rentable pour le régime algérien.

Il permet de maintenir une tension stratégique permanente avec le Maroc, bloquant de fait toute intégration maghrébine réelle. Il justifie une militarisation continue et des budgets de défense des massifs, au nom d'une menace durable.

Il permet d'entretenir la narration d'un ennemi extérieur, utile pour détourner l'attention des blocages économiques, sociaux et politiques internes.

Dans ce schéma, le Maroc devient un «ennemi structurel», non parce qu'il représente une menace existentielle objective, mais parce que le système algérien a besoin d'un adversaire désigné pour cimenter la cohésion interne et canaliser les frustrations populaires.

L'ennemi imaginaire comme méthode de gouvernement en fait.

L'image d'un Maroc expansionniste et agressif constitue l'un des piliers du discours officiel algérien. Elle installe une pression psychologique constante : à l'extérieur, un voisin présenté comme menaçant ; à l'intérieur, la nécessité proclamée d'un pouvoir fort et d'un appareil sécuritaire omniprésent.

Ce dispositif n'est pas conjoncturel, il est consubstantiel à la nature du régime. Dans cette architecture politique, une normalisation pleine et entière avec Rabat serait contre-productive, car elle priverait le pouvoir militaire d'un levier central de légitimation.

Certains la considèrent comme suicidaire pour le régime.

Ainsi, même lorsqu'un « gel géré » semble s'installer, comme l'a récemment décrit l'ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères Ould Bellal, il ne s'agit pas d'une étape vers la paix, mais d'une modalité de gestion du conflit. Le statu quo est ajusté, module, jamais abandonné.

C'est alors que Washington devient un véritable accélérateur du dossier.

Le président Trump ayant fait de la résolution des conflits le point nodal de son mandatant.

La lecture mauritanienne est lucide sur un point : le dossier ne bouge réellement que lorsque Washington s'implique directement.

Ould Bellal, en homme averti, souligne que «la présence américaine directe dans les réunions récentes», est une évolution notable par rapport au simple soutien de principe au processus onusien. Les USA ont coupé avec leur ancienne posture.

Cette dynamique confirme une réalité stratégique : le centre de gravité du conflit n'est ni à Tindouf, ni à Laâyoune, ni même à Nouakchott, mais à Alger. C'est ce que les responsables américains ont pleinement intégrés.

Les visites répétées de Massad Boulos à Alger, ainsi que ses déclarations fermes tout en restant codées, rappellent systématiquement la ligne américaine : soutien à une solution politique réaliste confirmant la souveraineté marocaine sur les territoires ; insistance sur la stabilité régionale et à l'implication d' Alger comme partie prenante.

Le message implicite est clair : sans engagement constructif du pouvoir algérien, aucune avancée durable n'est possible, quel que soit le cadre onusien ou le format des pourparlers.

Quid alors de la Mauritanie entre neutralité et vulnérabilité. Celle ci étant également partie prenante aux pourparlers.

Ould Bellal rappelle que son pays est « objectivement concerné » par les enjeux du conflit, en particulier en raison de la zone de Lagouira et des enjeux sécuritaires et économiques liés à Nouadhibou.

Lagouira apparaît en effet comme un verrou stratégique, à la fois pour la profondeur sécuritaire de la Mauritanie et pour la configuration des corridors commerciaux atlantiques.

Sa proposition d'organiser une conférence internationale visant à clarifier et juridiciser la « neutralité positive » mauritanienne traduite une conscience aiguë des risques : un conflit prolongé et instrumentalisé fragilise l'ensemble du continuum sahélo‑maghrébin.

Nouakchott sait que le statu quo algérien n'est pas neutre ; il structure les équilibres régionaux, et peut se transformer en facteur de déstabilisation diffuse. Il l'est en fait depuis 1976. S'il ya un verrou ici il est bien algérien.

Au terme de la séquence en cours, le diagnostic est net : le problème central est à Alger, et une partie décisive de la solution également.

Tant que le pouvoir militaire algérien considérera le Sahara comme un levier de gestion interne et de projection régionale, aucune dynamique strictement onusienne ne suffira ; le Polisario reste un outil, non un acteur souverain de décision.

Dans ces conditions, seule une pression américaine soutenue, cohérente et, le cas échéant, contraignante, est susceptible de modifier le calcul stratégique d'Alger.

À défaut, le «gel géré» évoqué par Ould Bellal risque de se transformer en éternité diplomatique, où la forme du processus change, mais où la logique de blocage demeure. Une sorte de constance quasi mathématique.

Le statu quo n'est pas une impasse accidentelle : c'est une politique assumée. Et tant que cette politique reste rentable pour Alger, le conflit reste suspendu, non pas faute de solution, mais faute de volonté du véritable décideur.

Pour faire sauter le verrou, Washington multiplie les pressions sur Alger. La toute dernière est celle de nommer un chargé d'affaire à Alger et pas un ambassadeur.

Le statut de chargé d'affaires permet de marquer une forme de «sous-calibrage» de la représentation, qu'on peut interpréter comme le reflet de tensions sur des dossiers sensibles : Sahara, rapprochement avec Moscou, lutte antiterroriste ; sans aller jusqu’à une crise ouverte.

C'est un signal de Washington qui montre que la relation est importante avec Alger, mais pas au point d'y consacrer immédiatement un ambassadeur plénipotentiaire tant que certains ajustements politiques ne sont pas engagés.

Chevron va certes faire des affaires avec Sonatrach, mais en politique cela ne suffit pas. Alger devra bouger diplomatiquement pour mériter la confiance américaine : ordre de Trump.

Au fond, le conflit n'est pas une question de cartes ni de slogans révolutionnaires. Il tient en une équation simple : l'Alger se nourrit du statu quo, mais sous l'impulsion du Président Trump le « problème du Sahara » cessera d'être un drame historique pour redevenir ce qu'il aurait toujours dû être : un dossier déjà réglé.

Le verrou est en passe de sauter.

PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM



Mercredi 18 Février 2026

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