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Sahara : Quand les Archives royales s’expriment…


Le Maroc est une monarchie, une vieille monarchie, et c’est aussi une vieille, très vieille dynastie. On peut donc imaginer ce que peuvent être les archives d’un tel pays. Sauf qu’elles ne sont que rarement publiques, ouvertes tout au plus à un public averti d’officiels ou de chercheurs. Alors, quand la directrice de ces Archives s’exprime, on l’écoute, on comprend ce qu’elle dit et surtout pourquoi elle le dit.



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Par Aziz Boucetta

Mme Bahija Simou est une professeure universitaire, chercheure et directrice des Archives royales, autant de qualités qui font d’elle, de par sa fonction actuelle, une femme au verbe rare, mais précieux. Elle intervient à quelques occasions et pour sa dernière conférence, à l'association Ribat al Fath, sa seconde sortie en un an (en février 2023 », à la MAP, elle avait expliqué la ‘’Beiâ’’ et le cas du Sahara oriental marocain), elle a exposé les preuves et autres évidences de la souveraineté du Maroc sur le Sahara ; et à chaque sortie son argument, ou ses arguments.

Elle revient donc dans une présentation en trois parties, la souveraineté historique du Maroc sur le Sahara, occidental et oriental (précise-t-elle devant une salle ravie), l’allégeance des tribus sahraouies aux Alaouites et, enfin, partie la plus longue, le morcellement planifié du pays par la colonisation.

Les deux premières parties durent 15 mn, la troisième 45, ce qui peut conduire à conclure que la finalité de la conférence était de marquer la responsabilité de la colonisation française, espagnole et britannique, mais surtout française, dans l’amputation d’un certain nombre de territoires marocains de l’Empire du Maroc.

Et quand Mme Simou s’exprime, ce sont les Archives royales qui parlent, et les Archives royales, ce sont des lettres et des documents diplomatiques échangés entre les sultans et rois du Maroc et les parties tierces, européennes ou ottomanes ou encore marocaines (chioukhs…).

La conférencière date le début des problèmes avec la colonisation en 1830, quand la France envahit le nord de ce qu’on appelle aujourd’hui Algérie et elle qualifie cela de véritable « rupture », pour le monde arabo-musulman et surtout pour le Maroc ; et c’est en 1845, année du traité de Lalla Maghnia, que les Français ont commencé à user d’un glossaire particulier et porteur de danger pour le Maroc. Alors que l’Empire du Maroc utilisait pour ses frontières les liens d’allégeance (que Mme Simou refuse de voir comme traduction de ‘’Beiâ’’) datant des accords avec les Ottomans, les Français ont introduit des mots nouveaux, comme ‘’confins’’, ‘’ligne de démarcation’’ ou encore ‘’frontière’’, fondés sur l’espace géographique. Le piège était là.

Et depuis, sur tout le long de la seconde moitié du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, la France n’a eu de cesse de tier profit de cet écart sémantique avec le Maroc pour étendre continuellement son territoire algérien vers l’ouest. Et l’entreprise d’amputation du Maroc de son Sahara oriental a commencé.

Un événement non relaté par Mme Simou mais qui montre la volonté française de gagner des territoires vers l’ouest, au détriment du Maroc est cette déclaration d’Edouard Daladier, alors président du Conseil, sur le sort de Tindouf et des régions y attenantes, en 1933 :...

« L’intérêt national [français] est évidemment de réduire les territoires placés sous Protectorat [français au Maroc] au minimum compatible avec les traités et d’étendre ainsi vers l’ouest nos possessions algériennes ». En 1960, Charles de Gaulle propose à feu Mohammed V de négocier les frontières marocaines mais le roi, grand seigneur et bon prince, a préféré faire confiance aux Algériens, avec lesquels le Maroc discuterait directement de la question, après leur indépendance. On connaît la suite.

 

La France connaît donc bien la situation historique et l’étendue territoriale du Maroc. Aussi, ramener le soutien de Paris à Rabat à la période d’isolement du Maroc à l’international, c’est-à-dire dans les années 80 et 90, puis à son soutien au plan d’autonomie de 2007, occulte la réalité et les faits historiques et dénie la responsabilité de la France dans le dépeçage du Maroc. Mme Simou ne l’a pas dit, clairement, mais elle l’a sous-entendu quand elle lance cette petite phrase à propos de la nomenclature utilisée (confins, frontières…) qu’ « avec cela, la France a joué avec nous »…

Pourquoi donc, cette conférence de Bahija Simou, et pourquoi maintenant ? On peut avancer l’hypothèse de ce qu’on appelle le « moment Maroc ». Il est en effet incontestable que le royaume engrange depuis plusieurs années des succès dans bien des domaines, industriel ou sportif, diplomatique et géostratégique, sécuritaire ou militaire, culturel et « humain » (migrations, …), économique...

Cela est également patent concernant l’affaire du Sahara, dans lequel le Maroc enregistre de robustes avancées, malgré les résistances du pays voisin et les réticences de l’ancien colonisateur. Il est donc temps d’apporter notre vérité, fondée sur des écrits historiques incontestés, structurés et ordonnés. C’est ce que fait Bahija Simou.

Sur l’affaire du Sahara, et en plus de l’habituel et important soutien des amis africains et golfiques du Maroc, la reconnaissance américaine et l’évolution des positions espagnole et allemande placent le Maroc à une distance rapprochée d’une reconnaissance définitive.

Le changement de la position française est important du fait de sa relation historique avec la région, et aussi de l’influence que lui accordent également ses pairs occidentaux (tenant de l’ordre mondial actuel) sur le Maghreb et l’Afrique francophone.

Que la France reconnaisse les faits et sa responsabilité historique, qu’elle libère les archives qu’elle détient encore et l’affaire ira encore plus rapidement à l’ONU et dans les chancelleries occidentales.

Face à cette hésitation de Paris, l’exposé de preuves supplémentaires peut orienter les réflexions et les positions françaises et donc européennes, et finalement onusiennes, dans le bon sens. Et le bon sens est la restauration de la réalité historique. Mme Bahija Simou a enclenché le processus, exactement à ce moment où la France tangue entre ses démons algériens et son réalisme géopolitique qui passe par le Maroc.

Quant aux petites phrases prononcées ici et à Paris sur le rôle de la France, passé et futur, et sur sa position concernant le Sahara, et tant que le déni historique perdure, elles ne font que compliquer une situation bilatérale qui l’est déjà.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost



Lundi 25 Mars 2024

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