Quand les ministres africains des Finances se retrouvent à Tanger, l’enjeu dépasse les discours diplomatiques : il touche au cœur de la souveraineté économique des nations. Ce dialogue politique de haut niveau autour de la mobilisation des ressources domestiques c’est‑à‑dire les recettes publiques générées à l’intérieur des pays s’est tenu mercredi à l’initiative du ministère de l’Économie et des Finances marocain et de la CEA des Nations Unies. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la COM 2026, un grand rendez‑vous continental des décideurs publics pour définir des stratégies économiques robustes.
Selon les organisateurs, l’ambition n’est pas simplement de partager des idées abstraites, mais de créer des mécanismes de coordination opérationnelle, renforcer la coopération Sud‑Sud et encourager l’échange d’expériences concrètes entre États africains. Dans un contexte mondial marqué par la succession de crises entre instabilité des marchés, chocs géopolitiques et ralentissement de l’aide publique au développement, la question n’est plus théorique.
Dans son intervention, la ministre Nadia Fettah a insisté sur le fait que la mobilisation des ressources domestiques constitue un outil stratégique pour préserver la stabilité macroéconomique, financer les réformes nationales et réduire la dépendance aux financements monétaires qui fragilisent souvent les économies. Elle a rappelé que de nombreux pays africains font face à des marges budgétaires étroites et à une dette publique qui pèse lourdement sur leurs capacités d’investissement, d’où la nécessité de renforcer leurs recettes internes.
Cette dynamique gagne d’autant plus en pertinence que plusieurs partenaires internationaux institutions financières, agences de développement multilatérales alertent sur une baisse tendancielle des flux traditionnels de financement, notamment l’aide extérieure. Dans ce contexte, les recettes fiscales, l’épargne nationale et les investissements privés deviennent des leviers cruciaux pour le financement des politiques sociales et économiques.
Un des temps forts de la réunion a été la mise en avant de l’expérience marocaine en la matière. Selon la CEA, le Royaume figure parmi les pays du continent affichant les plus hauts ratios recettes fiscales/PIB, ce qui en fait un modèle inspirant pour d’autres nations africaines désireuses de renforcer leurs systèmes de mobilisation interne.
Les discussions ont également mis l’accent sur des stratégies pratiques déjà adoptées par certains États : la digitalisation des procédures fiscales, l’amélioration de la gouvernance budgétaire, l’innovation dans les mécanismes de financement et une meilleure intégration du secteur privé dans l’effort de développement. Ces approches visent notamment à élargir l’assiette fiscale, accroître l’efficacité de la collecte de recettes et stimuler l’investissement national.
À l’issue des travaux, une Déclaration ministérielle commune a été adoptée. Elle repose sur quatre axes principaux :
- dresser un diagnostic partagé du contexte et des enjeux liés à la mobilisation des ressources domestiques, notamment la pression croissante sur les finances publiques et la réduction de l’aide internationale ;
- définir des objectifs et engagements concrets pour renforcer la capacité des pays africains à accroître leurs recettes internes à travers des réformes fiscales et institutionnelles ;
- encourager une coopération renforcée avec les partenaires internationaux pour accompagner la mise en œuvre de ces engagements ;
- promouvoir une gouvernance régionale structurée, notamment via un groupe de travail interafricain chargé du suivi des engagements convenus.
Pour des décideurs comme pour la nouvelle génération d’entrepreneurs et de techniciens de la finance publique africaine, ces conclusions offrent une feuille de route claire : ni dépendance exclusive à l’aide extérieure, ni solutions miracles, mais une confiance accrue dans les capacités internes des pays à générer leurs propres ressources.
À Tanger, le message est passé avec force : l’Afrique ne peut plus attendre que les financements externes résolvent ses défis. En mettant la mobilisation des ressources domestiques au centre de l’agenda économique, les pays africains jettent les bases d’une croissance plus résiliente, plus autonome et plus inclusive un pari exigeant, certes, mais essentiel pour l’avenir du continent.












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