Il y a trois mots que notre époque supporte de moins en moins : « je ne sais pas »
Le chercheur qui les prononce paraît hésitant.
L’économiste qui les assume semble manquer de vision.
Le politique qui les utilise est accusé de faiblesse.
Et le citoyen qui refuse de choisir immédiatement son camp passe pour suspect : il n’aurait pas d’opinion, pas de colonne vertébrale, pas de courage.
Nous voulons des réponses rapides à des questions qui exigeraient du temps. Nous voulons des coupables avant même de connaître les faits. Nous voulons des prévisions comme on veut des garanties. Nous voulons surtout être rassurés, quitte à être mal informés.
C’est peut-être là l’un des grands handicaps intellectuels de notre époque : nous avons perdu l’habitude de tolérer l’incertitude.
Attention, il ne s’agit pas de faire l’éloge du brouillard, de l’indécision permanente ou du relativisme mou. Tolérer l’incertitude ne consiste pas à dire que tout se vaut, que rien n’est certain et qu’il serait donc inutile de chercher la vérité. C’est exactement l’inverse. C’est accepter qu’entre le fait établi, l’hypothèse crédible, la prévision probable et la rumeur virale, il existe des frontières. Et qu’une société adulte doit apprendre à les distinguer.
L’incertitude n’est pas l’ignorance. Elle n’est pas non plus l’impuissance. Elle est le nom honnête de ce que nous ne savons pas encore, de ce qui dépend de variables multiples, de ce qui peut évoluer, de ce qui exige une révision.
Or notre époque numérique transforme volontiers la prudence en faiblesse et l’affirmation brutale en compétence.
Le chercheur sommé d’être certain
La science, par nature, est une école du doute. Un chercheur ne travaille pas pour confirmer ce qu’il croit déjà savoir. Il formule des hypothèses, les met à l’épreuve, mesure leurs limites, accepte parfois de corriger ses conclusions. C’est cette fragilité assumée qui fait la force de la connaissance scientifique.
Mais dans l’espace médiatique et numérique, la nuance est une mauvaise vendeuse.
Dire : « les données disponibles suggèrent que… » paraît moins séduisant que proclamer : « la science a tranché ». Expliquer que les résultats dépendent d’un échantillon, d’un contexte, d’une méthode ou d’un horizon temporel demande de l’attention. Or l’attention est devenue une monnaie rare.
Le chercheur est ainsi placé dans une situation paradoxale. On lui demande de parler au grand public, mais on récompense davantage les messages courts, catégoriques, émotionnels. Une étude récente sur la communication scientifique en ligne montre d’ailleurs que les messages exprimant davantage d’incertitude sont moins partagés que les formulations affirmatives. La prudence est moins virale que la certitude.
Voilà le piège : plus un scientifique est honnête sur les limites de son travail, moins il est visible. Et plus quelqu’un parle avec aplomb d’un sujet qu’il maîtrise mal, plus il peut séduire.
À force, nous créons une culture où la connaissance devient spectacle. Où l’expert est tenté de surjouer la sécurité. Où le public soupçonne le doute d’être une manipulation. Et où les marchands de certitudes prospèrent dans l’espace laissé vacant par la rigueur.
L’économiste et le mythe du chiffre magique
Les économistes connaissent bien cette tragédie moderne. Chaque année, on leur demande une prévision de croissance, d’inflation, de chômage, de taux de change, de consommation, d’investissement. Puis, quelques mois plus tard, on leur reproche de s’être trompés.
Comme si une économie pouvait se résumer à une équation fixe.
Or une économie vit avec les aléas climatiques, les guerres, les tensions géopolitiques, les prix de l’énergie, les récoltes, les changements de comportement des ménages, les décisions des banques centrales, les paniques financières et, de plus en plus, les ruptures technologiques.
Dans un pays comme le Maroc, où l’agriculture, l’eau, l’énergie importée, le tourisme, les transferts des MRE et la conjoncture internationale pèsent fortement sur les équilibres, prétendre connaître exactement l’année à venir relève parfois davantage de la mise en scène que de l’analyse.
Le problème n’est pas qu’un économiste se trompe. Le problème serait qu’il cache les conditions de son pronostic. Une prévision sérieuse devrait toujours être accompagnée de trois phrases simples : voici notre scénario central ; voici ce qui pourrait le dégrader ; voici ce qui pourrait l’améliorer.
Autrement dit, il faudrait cesser de vendre des chiffres uniques comme des vérités gravées dans le marbre. Un taux de croissance n’est pas une promesse. C’est une hypothèse conditionnelle. Une inflation projetée n’est pas un verdict. C’est une estimation parmi plusieurs trajectoires possibles.
Les banques centrales commencent d’ailleurs à mieux communiquer de cette manière, en utilisant davantage les scénarios, les risques et les éventails de probabilités. Ce langage paraît moins spectaculaire. Il est pourtant beaucoup plus utile à la décision publique.
Car le citoyen n’a pas besoin qu’on lui vende une illusion de maîtrise. Il a besoin qu’on lui explique les risques qui pèsent sur sa vie quotidienne.
Le politique prisonnier de la certitude
Pour les politiques, l’incertitude est encore plus difficile à assumer. La vie démocratique récompense le slogan. Elle valorise le leader qui tranche, qui promet, qui affirme, qui donne l’impression d’avoir réponse à tout.
Dans une campagne électorale, reconnaître une incertitude peut être interprété comme un aveu d’impréparation. Dire « nous allons évaluer » paraît moins mobilisateur que dire « nous allons régler ». Dire « cela dépendra de plusieurs facteurs » est moins séduisant que d’annoncer une date, un chiffre, un résultat.
Mais un responsable sérieux devrait précisément savoir distinguer la promesse de la méthode.
Il ne peut pas garantir que les prix baisseront à telle date, que la croissance atteindra exactement tel niveau ou que telle réforme produira mécaniquement tel résultat. En revanche, il peut expliquer les instruments qu’il utilisera, les indicateurs qu’il surveillera, les seuils qui déclencheront une correction et les comptes qu’il rendra ensuite.
La politique ne doit pas devenir un concours de devins.
Un pays ne se gouverne pas avec des certitudes artificielles. Il se gouverne avec des choix, des scénarios, des arbitrages et une capacité à reconnaître rapidement une erreur.
Le vrai courage politique n’est pas de répéter « tout est sous contrôle » lorsque rien ne l’est entièrement. Le vrai courage consiste à dire : « voilà ce que nous savons, voilà ce que nous ignorons, voilà ce que nous faisons, et voilà comment nous corrigerons notre trajectoire si les faits changent ».
Cette honnêteté n’affaiblit pas l’autorité. Elle lui donne une base plus solide : la confiance.
L’économiste qui les assume semble manquer de vision.
Le politique qui les utilise est accusé de faiblesse.
Et le citoyen qui refuse de choisir immédiatement son camp passe pour suspect : il n’aurait pas d’opinion, pas de colonne vertébrale, pas de courage.
Nous voulons des réponses rapides à des questions qui exigeraient du temps. Nous voulons des coupables avant même de connaître les faits. Nous voulons des prévisions comme on veut des garanties. Nous voulons surtout être rassurés, quitte à être mal informés.
C’est peut-être là l’un des grands handicaps intellectuels de notre époque : nous avons perdu l’habitude de tolérer l’incertitude.
Attention, il ne s’agit pas de faire l’éloge du brouillard, de l’indécision permanente ou du relativisme mou. Tolérer l’incertitude ne consiste pas à dire que tout se vaut, que rien n’est certain et qu’il serait donc inutile de chercher la vérité. C’est exactement l’inverse. C’est accepter qu’entre le fait établi, l’hypothèse crédible, la prévision probable et la rumeur virale, il existe des frontières. Et qu’une société adulte doit apprendre à les distinguer.
L’incertitude n’est pas l’ignorance. Elle n’est pas non plus l’impuissance. Elle est le nom honnête de ce que nous ne savons pas encore, de ce qui dépend de variables multiples, de ce qui peut évoluer, de ce qui exige une révision.
Or notre époque numérique transforme volontiers la prudence en faiblesse et l’affirmation brutale en compétence.
Le chercheur sommé d’être certain
La science, par nature, est une école du doute. Un chercheur ne travaille pas pour confirmer ce qu’il croit déjà savoir. Il formule des hypothèses, les met à l’épreuve, mesure leurs limites, accepte parfois de corriger ses conclusions. C’est cette fragilité assumée qui fait la force de la connaissance scientifique.
Mais dans l’espace médiatique et numérique, la nuance est une mauvaise vendeuse.
Dire : « les données disponibles suggèrent que… » paraît moins séduisant que proclamer : « la science a tranché ». Expliquer que les résultats dépendent d’un échantillon, d’un contexte, d’une méthode ou d’un horizon temporel demande de l’attention. Or l’attention est devenue une monnaie rare.
Le chercheur est ainsi placé dans une situation paradoxale. On lui demande de parler au grand public, mais on récompense davantage les messages courts, catégoriques, émotionnels. Une étude récente sur la communication scientifique en ligne montre d’ailleurs que les messages exprimant davantage d’incertitude sont moins partagés que les formulations affirmatives. La prudence est moins virale que la certitude.
Voilà le piège : plus un scientifique est honnête sur les limites de son travail, moins il est visible. Et plus quelqu’un parle avec aplomb d’un sujet qu’il maîtrise mal, plus il peut séduire.
À force, nous créons une culture où la connaissance devient spectacle. Où l’expert est tenté de surjouer la sécurité. Où le public soupçonne le doute d’être une manipulation. Et où les marchands de certitudes prospèrent dans l’espace laissé vacant par la rigueur.
L’économiste et le mythe du chiffre magique
Les économistes connaissent bien cette tragédie moderne. Chaque année, on leur demande une prévision de croissance, d’inflation, de chômage, de taux de change, de consommation, d’investissement. Puis, quelques mois plus tard, on leur reproche de s’être trompés.
Comme si une économie pouvait se résumer à une équation fixe.
Or une économie vit avec les aléas climatiques, les guerres, les tensions géopolitiques, les prix de l’énergie, les récoltes, les changements de comportement des ménages, les décisions des banques centrales, les paniques financières et, de plus en plus, les ruptures technologiques.
Dans un pays comme le Maroc, où l’agriculture, l’eau, l’énergie importée, le tourisme, les transferts des MRE et la conjoncture internationale pèsent fortement sur les équilibres, prétendre connaître exactement l’année à venir relève parfois davantage de la mise en scène que de l’analyse.
Le problème n’est pas qu’un économiste se trompe. Le problème serait qu’il cache les conditions de son pronostic. Une prévision sérieuse devrait toujours être accompagnée de trois phrases simples : voici notre scénario central ; voici ce qui pourrait le dégrader ; voici ce qui pourrait l’améliorer.
Autrement dit, il faudrait cesser de vendre des chiffres uniques comme des vérités gravées dans le marbre. Un taux de croissance n’est pas une promesse. C’est une hypothèse conditionnelle. Une inflation projetée n’est pas un verdict. C’est une estimation parmi plusieurs trajectoires possibles.
Les banques centrales commencent d’ailleurs à mieux communiquer de cette manière, en utilisant davantage les scénarios, les risques et les éventails de probabilités. Ce langage paraît moins spectaculaire. Il est pourtant beaucoup plus utile à la décision publique.
Car le citoyen n’a pas besoin qu’on lui vende une illusion de maîtrise. Il a besoin qu’on lui explique les risques qui pèsent sur sa vie quotidienne.
Le politique prisonnier de la certitude
Pour les politiques, l’incertitude est encore plus difficile à assumer. La vie démocratique récompense le slogan. Elle valorise le leader qui tranche, qui promet, qui affirme, qui donne l’impression d’avoir réponse à tout.
Dans une campagne électorale, reconnaître une incertitude peut être interprété comme un aveu d’impréparation. Dire « nous allons évaluer » paraît moins mobilisateur que dire « nous allons régler ». Dire « cela dépendra de plusieurs facteurs » est moins séduisant que d’annoncer une date, un chiffre, un résultat.
Mais un responsable sérieux devrait précisément savoir distinguer la promesse de la méthode.
Il ne peut pas garantir que les prix baisseront à telle date, que la croissance atteindra exactement tel niveau ou que telle réforme produira mécaniquement tel résultat. En revanche, il peut expliquer les instruments qu’il utilisera, les indicateurs qu’il surveillera, les seuils qui déclencheront une correction et les comptes qu’il rendra ensuite.
La politique ne doit pas devenir un concours de devins.
Un pays ne se gouverne pas avec des certitudes artificielles. Il se gouverne avec des choix, des scénarios, des arbitrages et une capacité à reconnaître rapidement une erreur.
Le vrai courage politique n’est pas de répéter « tout est sous contrôle » lorsque rien ne l’est entièrement. Le vrai courage consiste à dire : « voilà ce que nous savons, voilà ce que nous ignorons, voilà ce que nous faisons, et voilà comment nous corrigerons notre trajectoire si les faits changent ».
Cette honnêteté n’affaiblit pas l’autorité. Elle lui donne une base plus solide : la confiance.
Les nouveaux TOC de l’opinion publique !
Il faut ici employer les mots avec précaution. Les troubles obsessionnels compulsifs sont des réalités médicales sérieuses. Il ne s’agit donc pas de diagnostiquer une société ou de médicaliser les désaccords.
Mais comme métaphore, l’idée mérite réflexion : les réseaux sociaux nourrissent parfois une forme de compulsion collective de répétition.
Une information surgit. Elle est reprise. Commentée. Détournée. Filmée. Répétée. Puis elle devient familière. Et, parce qu’elle est familière, elle finit par paraître plausible.
C’est le mécanisme bien documenté de l’« effet de vérité illusoire » : une affirmation répétée peut sembler plus vraie, non parce qu’elle a été démontrée, mais parce que notre cerveau l’a déjà rencontrée plusieurs fois.
Voilà pourquoi une rumeur peut devenir plus puissante qu’un fait. Voilà pourquoi une phrase simpliste, répétée dans des vidéos, des commentaires, des captures d’écran et des messages vocaux, peut finir par s’installer dans les esprits comme une évidence.
On ne débat plus d’une information : on la mastique.
On ne la vérifie plus : on la reconnaît.
On ne cherche plus à savoir si elle est vraie : on constate qu’elle est partout.
Mais « partout » ne veut pas dire « vrai ». Cela veut souvent dire qu’un contenu a trouvé le bon mélange d’indignation, de peur, de colère, d’humiliation ou de flatterie identitaire.
Les réseaux sociaux ne sont évidemment pas les seuls responsables. Ils n’ont pas inventé la rumeur, le conformisme ou le besoin de croire. Mais ils ont industrialisé la vitesse, la répétition et l’émotion. Ils donnent une visibilité disproportionnée aux opinions les plus bruyantes, aux conflits les plus rentables et aux certitudes les plus agressives.
Ils produisent parfois une étrange illusion : celle d’une opinion publique homogène, furieuse, impatiente, unanimement convaincue. Alors qu’il existe souvent, dans la société réelle, beaucoup plus de nuances, de silence, d’hésitations et de positions intermédiaires que ne le laisse croire un fil d’actualité.
Mais comme métaphore, l’idée mérite réflexion : les réseaux sociaux nourrissent parfois une forme de compulsion collective de répétition.
Une information surgit. Elle est reprise. Commentée. Détournée. Filmée. Répétée. Puis elle devient familière. Et, parce qu’elle est familière, elle finit par paraître plausible.
C’est le mécanisme bien documenté de l’« effet de vérité illusoire » : une affirmation répétée peut sembler plus vraie, non parce qu’elle a été démontrée, mais parce que notre cerveau l’a déjà rencontrée plusieurs fois.
Voilà pourquoi une rumeur peut devenir plus puissante qu’un fait. Voilà pourquoi une phrase simpliste, répétée dans des vidéos, des commentaires, des captures d’écran et des messages vocaux, peut finir par s’installer dans les esprits comme une évidence.
On ne débat plus d’une information : on la mastique.
On ne la vérifie plus : on la reconnaît.
On ne cherche plus à savoir si elle est vraie : on constate qu’elle est partout.
Mais « partout » ne veut pas dire « vrai ». Cela veut souvent dire qu’un contenu a trouvé le bon mélange d’indignation, de peur, de colère, d’humiliation ou de flatterie identitaire.
Les réseaux sociaux ne sont évidemment pas les seuls responsables. Ils n’ont pas inventé la rumeur, le conformisme ou le besoin de croire. Mais ils ont industrialisé la vitesse, la répétition et l’émotion. Ils donnent une visibilité disproportionnée aux opinions les plus bruyantes, aux conflits les plus rentables et aux certitudes les plus agressives.
Ils produisent parfois une étrange illusion : celle d’une opinion publique homogène, furieuse, impatiente, unanimement convaincue. Alors qu’il existe souvent, dans la société réelle, beaucoup plus de nuances, de silence, d’hésitations et de positions intermédiaires que ne le laisse croire un fil d’actualité.
Apprendre une hygiène de l’incertitude
Il faudrait peut-être enseigner cette compétence dès l’école. Pas seulement apprendre à chercher une information, mais apprendre à la situer.
Est-ce un fait vérifié ?
Une opinion ?
Une hypothèse ?
Une prédiction ?
Une publicité déguisée ?
Une rumeur ?
Une image sortie de son contexte ?
Une conclusion provisoire ?
Cette éducation devrait concerner tout le monde.
Les universitaires devraient pouvoir dire ce que leurs travaux ne démontrent pas encore. Les économistes devraient parler en scénarios plutôt qu’en prophéties. Les politiques devraient rendre compte de leurs hypothèses, pas seulement de leurs promesses. Les journalistes devraient résister à la pression du verdict instantané. Les citoyens devraient retrouver le droit de suspendre leur jugement.
Ne pas partager immédiatement est parfois un acte civique.
Ne pas se prononcer avant d’avoir lu est parfois une preuve de maturité.
Dire « je ne sais pas encore » est parfois plus intelligent que de répéter ce que tout le monde répète.
Nous avons besoin d’une nouvelle science humaine : la science de l’incertitude tolérée. Une discipline morale, intellectuelle et démocratique. Car une société incapable de vivre avec ses questions devient vulnérable à tous ceux qui prétendent détenir les réponses.
Et, dans ce monde saturé de certitudes instantanées, l’esprit libre sera peut-être celui qui gardera assez de calme pour dire : attendons les faits.
Est-ce un fait vérifié ?
Une opinion ?
Une hypothèse ?
Une prédiction ?
Une publicité déguisée ?
Une rumeur ?
Une image sortie de son contexte ?
Une conclusion provisoire ?
Cette éducation devrait concerner tout le monde.
Les universitaires devraient pouvoir dire ce que leurs travaux ne démontrent pas encore. Les économistes devraient parler en scénarios plutôt qu’en prophéties. Les politiques devraient rendre compte de leurs hypothèses, pas seulement de leurs promesses. Les journalistes devraient résister à la pression du verdict instantané. Les citoyens devraient retrouver le droit de suspendre leur jugement.
Ne pas partager immédiatement est parfois un acte civique.
Ne pas se prononcer avant d’avoir lu est parfois une preuve de maturité.
Dire « je ne sais pas encore » est parfois plus intelligent que de répéter ce que tout le monde répète.
Nous avons besoin d’une nouvelle science humaine : la science de l’incertitude tolérée. Une discipline morale, intellectuelle et démocratique. Car une société incapable de vivre avec ses questions devient vulnérable à tous ceux qui prétendent détenir les réponses.
Et, dans ce monde saturé de certitudes instantanées, l’esprit libre sera peut-être celui qui gardera assez de calme pour dire : attendons les faits.












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