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Vision IA 2030 : ce que propose Wald Maâlam dans le Tome II


Par Dr Az-Eddine Bennani.

Depuis plusieurs années, j’ai publié plus de 250 tribunes et articles consacrés à l’intelligence artificielle, à la souveraineté numérique et à l’architecture des systèmes d’information au Maroc.

Dans ces textes, j’ai tenté de répondre, point par point, aux interrogations qui entourent aujourd’hui la transformation numérique du pays. L’interview d’Abdellatif Kobbane publiée dans L’Opinion le 10 mars 2026 pose des questions importantes sur la Vision IA 2030 et sur la clarté de son architecture d’exécution. Cette tribune répond, une fois encore, à ces interrogations.



Abdellatif Kobbane souligne que la Vision IA 2030 du Maroc est ambitieuse mais que son architecture d’exécution reste encore floue.

Cette observation mérite d’être examinée avec sérieux, car elle touche au cœur des politiques numériques contemporaines. Les pays ne manquent pas de stratégies, de plans et de feuilles de route.

Ce qui manque le plus souvent, c’est la capacité à transformer ces visions en architectures opérationnelles.

Les interrogations formulées dans cette interview rejoignent plusieurs analyses développées ces dernières années dans différents travaux consacrés à l’intelligence artificielle et à la souveraineté numérique du Maroc.

La première question concerne la maturité de l’écosystème marocain de l’IA. Cet écosystème existe bel et bien.

Les écoles d’ingénieurs, les universités, les startups et certaines institutions publiques produisent des travaux de qualité et forment des compétences reconnues. Mais cet ensemble reste encore fragmenté.

Les talents existent, les initiatives aussi, mais ils ne sont pas toujours reliés par une architecture nationale cohérente.

L’intelligence artificielle repose en réalité sur trois infrastructures fondamentales

Les données, la puissance de calcul et les modèles algorithmiques.

Lorsque ces trois piliers ne sont pas structurés à l’échelle d’un pays, l’écosystème reste dispersé et dépendant de plateformes étrangères. La question n’est donc pas seulement celle de la stratégie, mais celle de l’architecture.

La deuxième interrogation concerne précisément l’exécution. Pourquoi une stratégie peut-elle apparaître claire sur le plan politique mais floue sur le plan opérationnel ?

Parce qu’une stratégie est un cadre d’orientation alors que l’intelligence artificielle exige une architecture technique et organisationnelle très précise.

Toute politique d’IA devrait répondre à quelques questions simples : qui produit les données, où sont-elles stockées, qui entraîne les modèles et qui bénéficie de la valeur créée ? Tant que ces questions ne sont pas clairement structurées, la stratégie reste un document.

Une troisième question soulevée par Abdellatif Kobbane concerne les partenariats internationaux, notamment avec les acteurs qui développent aujourd’hui les grands modèles d’intelligence artificielle.

Ces coopérations peuvent être utiles et nécessaires. Mais elles ne doivent pas se substituer au développement de capacités nationales.

L’enjeu n’est pas seulement d’utiliser des technologies conçues ailleurs. Il est de développer une capacité locale de conception algorithmique.
Il faut ici rappeler un point souvent mal compris dans les débats publics : un algorithme n’est pas un logiciel.

L’algorithme est d’abord une manière de penser un problème, une logique de raisonnement permettant de produire une solution. Le logiciel n’est que la traduction de cette logique dans un langage informatique. La souveraineté numérique commence donc par la capacité à concevoir ses propres manières de penser les problèmes.

Cette question devient encore plus stratégique avec l’émergence des grands modèles de langage, les LLM, qui structurent aujourd’hui l’intelligence artificielle contemporaine.

La majorité de ces modèles sont entraînés sur des corpus dominés par l’anglais et par des références culturelles propres aux grandes puissances technologiques.

Pour un pays comme le Maroc, il devient donc essentiel de développer des modèles capables d’intégrer l’arabe, la darija et l’amazigh, ainsi que les références économiques et institutionnelles nationales.

Un tel modèle constituerait une véritable infrastructure cognitive permettant de produire des applications adaptées à la société marocaine.

Il s’agirait moins d’imiter les grandes plateformes internationales que de construire un écosystème capable de répondre aux besoins locaux.

Enfin, la question de l’architecture d’exécution doit être abordée de manière concrète.

Dans le Tome II de l’ouvrage Wald Maâlam consacré à l’IA frugale et aux infrastructures intelligentes, un exemple simple est proposé pour illustrer cette approche systémique : la valorisation de la chaleur produite par les centres de calcul utilisés pour l’intelligence artificielle.

Cette chaleur pourrait être récupérée pour alimenter des infrastructures collectives comme les hammams. L’exemple peut sembler symbolique, mais il illustre une idée essentielle : l’intelligence artificielle doit s’inscrire dans des systèmes économiques, énergétiques et sociaux concrets.

Vision IA 2030 ouvre une perspective importante pour le Maroc. Le pays dispose d’atouts considérables : une jeunesse talentueuse, des ingénieurs reconnus à l’international, une diaspora scientifique active et une position stratégique entre l’Europe et l’Afrique.

Mais la réussite de cette vision dépendra d’une condition essentielle : la capacité à passer d’une stratégie déclarative à une véritable architecture de l’intelligence.

À l’ère de l’intelligence artificielle, les nations qui réussissent ne sont pas seulement celles qui annoncent des plans ambitieux.

Ce sont celles qui construisent patiemment leurs propres infrastructures de pensée algorithmique.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mercredi 11 Mars 2026

La rédaction

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