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Vrais contrôleurs ou simples... contrâleurs ?




Article à écouter en podcast

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Si on lit la constitution 2011, on relève quatre fois l’expression « reddition des comptes », et dès l’article 1er, qui introduit même le lien, et dès le départ entre l’exercice de responsabilités et cette fameuse reddition des comptes. Voilà pour la théorie ; dans la pratique, il en va autrement… Moult instances de supervision, de comptes, de reddition de comptes et de contrôles… qui finissent bien souvent en râles.

A tout seigneur, tout honneur… l’organisme chargé du contrôle de la gestion publique, la Cour des Comptes, semble ne devoir compter que sur elle-même. Son président Driss Jettou, a laissé éclater son amertume, un jour d’été de 2020, devant des parlementaires médusés : « Je tiens à souligner que la plupart du temps, les informations ne sont pas disponibles au sein des administrations concernées (…). Personne ne travaille sur [les 40 à 50 rapports produits annuellement] et les problématiques qu’ils dévoilent, ni au Parlement ni au sein de votre honorable commission. Personne n’y prête attention” ! Et l’ancien premier ministre insiste : « Lorsque nous constatons des dysfonctionnements, nous le relevons dans nos rapports qui sont ensuite envoyés au chef du gouvernement et à vous, parlementaires. Mais nous remarquons qu’il n’y a pas de suite ». Voilà une bonne piste de réflexion sur les maux du Maroc, que devrait méditer M. Driss Jettou, ce membre éminent de la non moins éminente Commission sur le modèle de développement. Pourquoi classe-t-on les rapports de la Cour des Comptes aussi régulièrement que cette dernière en produit ?

Et puis, récemment, un député PAM répondant au nom de Hicham el Mjahri se lance dans une diatribe au parlement, face au très flegmatique ministre de la Santé Khalid Aït Taleb. Il lui dit, en substance, que « vous venez de lancer un marché pour l’acquisition de médicaments, mais on constate que les décalages entre les estimations de coût des médicaments établies par une direction de votre ministère et le prix public fixé par une autre direction sont de 400, 1000 ou même 2000% ». Le pauvre député prend bien soin de se protéger en affirmant que « dans le royaume de Mohammed VI, on peut dire ce qu’on veut », avant de finir sur ce constat fort amer : « Cette affaire nous dépasse, vous et moi ! ». Voilà donc le député du 2nd parti du pays, législateur supposé être contrôleur de l’action publique, qui avoue son impuissance devant l’enrichissement aussi illicite qu’explicite de grandes boîtes… Peut-être pourrions-nous utilement en pleurer !

Et quid de la question des hydrocarbures, autour de laquelle le parlement a mené une longue enquête… pour rien. Puis le Conseil de la Concurrence, sortant d’une longue et étrange léthargie, a pris la relève, émis des conclusions et soumis les compagnies incriminées (les plus grandes) à de très fortes amendes… avant que ses membres s’étripent en une semaine pour cette affaire de gros sous, et qu’ils ne poussent l’outrecuidance, doublée d’insouciance, jusqu’à saisir le roi, qui a demandé une enquête de « clarification de la situation »… dont on attend toujours les conclusions sur une reddition des comptes qui ressemble chouiya à un réglement de comptes.

Face à ces affaires, que faire ? S’étonner de la retenue du parlement qui peut sévir ? S’étrangler devant l’indifférence du gouvernement, qui refuse de saisir la justice qui peut elle-même s’autosaisir ? Rien ni personne n’est saisi (ou si peu), sauf nous, citoyens… de stupeur. Mais on peut poser une question : Si aucune suite n’est donnée à ces affaires qui font intervenir les organes les plus puissants de l’Etat, que signifie encore la reddition de comptes, et qu’attendre de bon, de beau ou de bien de la suite des événements ?

En gros, la mission de la Commission Benmoussa devra simplement trouver une réponse à cette question : Démocratie ou ploutocratie ? Enfin, passons…
 

Publié par Aziz Boucetta le 22 septembre 2020 sur www.panorapost.com  






Rédigé par le Vendredi 11 Décembre 2020
Rokia Dhibat
Jeune journaliste, lauréate de l'ISIC. En savoir plus sur cet auteur

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