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Walkyrie en Algérie, ou le coup d’Etat permanent


La situation politique, économique et donc sociale en Algérie est très compliquée. L’état-major de l’armée contrôle l’Etat tout court, l’économie est très dépendante de la manne énergétique qui se tarit et, sur le plan social, rien ne va plus entre une population qui revendique un Etat civil et une armée qui se refuse à entrer dans ses casernes et de huiler ses armes. Aujourd’hui, c’est au sein même de cette armée que la révolte gronde.



Par Aziz boucetta

walkyrie_en_algerie,_ou_le_coup_d_etat_permanent.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (4.69 Mo)

La situation politique, économique et donc sociale en Algérie est très compliquée. L’état-major de l’armée contrôle l’Etat tout court, l’économie est très dépendante de la manne énergétique qui se tarit et, sur le plan social, rien ne va plus entre une population qui revendique un Etat civil et une armée qui se refuse à entrer dans ses casernes et de huiler ses armes. Aujourd’hui, c’est au sein même de cette armée que la révolte gronde.

Nul ne sait ce qui se passe en Algérie, mais tout le monde s’accorde à dire que ça va mal, et ça va mal depuis bien plus longtemps que l’on pourrait le penser. Le pays part à vau-l’eau depuis 2013 et le fameux accident vasculaire de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, entretemps destitué, puis décédé. Son tombeur était le général Ahmed Gaïd Salah, lui aussi mort, quelques jours après l’investiture de l’ancien premier ministre Abdelmajid Tebboune comme chef de l’Etat.

On savait que Bouteflika était sévèrement encadré par l’armée, mais son passé « historique », son long règne sur la diplomatie de son pays et sa connaissance de l’appareil militaire avaient su masquer les inévitables dissensions qui régnaient au sommet de la pyramide de l’Etat. Preuve du malaise politique en Algérie et d’une absence totale de renouvellement des élites, cette volonté de maintenir à la présidence un homme cloué sur son fauteuil, s’exprimant à peine et, quand il le faisait, avec peine.

Fin 2019, après plusieurs doutes et incertitudes, de report en report, Abdelmajid Tebboune est élu, très mal élu pour tout dire, avec le peuple dans les rues et une participation confidentielle, malgré le taux annoncé de 39,88%... La mort mystérieuse car brutale, donc suspecte, du général Gaïd Salah ouvre la voie à Saïd Chengriha pour lui succéder et depuis, les problèmes, complots, coups bas, non-dits et luttes de clans rythment ce qui reste de vie politique dans ce pays qui n’en a jamais vraiment eu mais qui a à l’inverse fonctionné dans une sorte de coup d’Etat permanent, alimenté par les incessantes rivalités des différents clans se disputant le pouvoir et les richesses. Le tandem Tebboune-Chengriha solde les années Bouteflika et Gaïd Salah et libère nombre de prisonniers, dont le mythique et inquiétant général Mediène, dit « Toufik », l’homme qui a dirigé 25 années durant les services de renseignement, embastillé par Gaïd Salah.

Mais acculés par la pandémie, étranglés par une économie exsangue, mis au pied du mur par une population lasse et énervée contre une junte aux allures civiles, les dirigeants algériens ont recours à la méthode classique de l’ennemi extérieur, tour à tour la France et le Maroc. Le royaume est accusé de pratiquement tous les problèmes algériens, et au besoin, on en crée pour les lui imputer : incendies en Kabylie, espionnage électronique, isolement dans les aréopages internationaux, terrain de foot mal entretenu, rapport de la Banque mondiale… Il ne se passe pas un jour sans que les chefs militaires algériens et le « président » n’évoquent le Maroc et ne l’accusent de tous les maux, ne s’embarrassant pas d’user de mots orduriers.

Puis, fin novembre, suite aux menaces proférées par l’état-major contre le Maroc, le général Kaidi, chef du très sensible département Emploi-Préparation de l’armée, est brutalement limogé. Et comme tout haut responsable militaire algérien, l’homme a son clan, qui commence à fomenter une action contre le pouvoir en place.

Et c’est là qu’intervient l’ex-adjudant-chef Guermat Bounouira, qui occupa la très importante fonction de secrétaire particulier de Gaïd Salah, aujourd’hui en prison pour de lourds chefs d’inculpation pouvant le conduire à la peine capitale. Voici quelques jours, une vidéo de Bounouira fuite de la prison de haute sécurité de Blida, dans laquelle l’ancien sous-officier déverse un torrent d’accusasions détaillées contre Chengriha, sur son implication dans le crime organisé international à travers ses accointances avec les trafiquants de drogue et d’arme.

Le général Chengriha est aussi accusé des pires exactions lors de la décennie noire, ayant lui-même directement participé à plusieurs assassinats, et il est aussi suspect d’avoir été en contact avec Mokhtar Belmokhtar, auteur de la prise d’otages et de la tuerie qui s’en était suivie à In Amenas en 2013. Mais l’affaire Bounouira est bien plus grave car elle implique de solides complicités pour enregistrer la vidéo et surtout la faire sortir de la prison militaire; le sujet est aujourd'hui dans tous les esprits, sur toutes les langues et anime toutes les discussions en Algérie, et même ailleurs.

Le général Chengriha est aujourd’hui dans l’œil du cyclone et selon les informations qui viennent d’Algérie, il se pourrait bien qu’une opération Walkyrie le guette, du nom de cette tentative d’assassinat de Hitler par un groupe de généraux en 1944. Dans l’intervalle, l’Algérie coule…

 
Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost



Jeudi 13 Janvier 2022

Coup de cœur | Chroniqueurs invités



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