Rachid Essedik : Président du Centre Marocain pour la Citoyenneté -- SG de l'Association Marocaine de l’Évaluation -- Membre du CA de l'Association Africaine de l’Évaluation
Le Maroc change vite. Il s’urbanise, se modernise, construit des infrastructures, accueille de grands événements, investit dans les transports, la digitalisation, l’environnement, le tourisme et l’image internationale. Mais une question demeure : peut-on bâtir un pays moderne avec des comportements collectifs encore trop souvent marqués par le désordre, l’individualisme défensif et le faible respect du bien commun ?
Le problème n’est pas de dire que « les Marocains » seraient inciviques. Cette généralisation serait injuste, paresseuse et dangereuse. Le problème est plus subtil. Dans beaucoup de situations, le citoyen se comporte comme s’il ne croyait pas vraiment à l’existence d’un espace commun. La rue devient l’affaire de personne. La file devient un obstacle à contourner. La règle devient négociable. Le voisinage devient une contrainte. Le domaine public devient une zone grise où chacun tente de prendre sa petite revanche sur le système.
Files d’attente, déchets, incivilités : le vrai test du vivre-ensemble
Il faut éviter deux erreurs. La première consiste à tout expliquer par le manque d’éducation. C’est trop simple. Des personnes diplômées peuvent avoir des comportements profondément inciviques. La seconde consiste à tout réduire à la pauvreté ou à l’origine sociale. Là encore, c’est faux. L’incivisme traverse les catégories sociales. Il peut prendre la forme d’un papier jeté par terre, d’un klaxon agressif, d’un passe-droit, d’un mépris de l’autre, ou d’une façon d’occuper l’espace public comme s’il appartenait à celui qui crie le plus fort.
C’est pourquoi les stéréotypes sont un poison. Employer des mots péjoratifs pour désigner certains comportements, comme s’ils appartenaient à un groupe, une région, une origine ou une classe sociale, ne règle rien. Au contraire, cela fabrique de l’exclusion et détourne le débat de son vrai objet. Le civisme n’est pas une affaire de citadins contre ruraux, de riches contre pauvres, de jeunes contre anciens. C’est un contrat collectif qui doit concerner tout le monde. Le document de référence insiste justement sur la nécessité de comprendre les comportements négatifs sans stigmatisation, en s’appuyant sur des études, des observations de terrain et une approche plus nuancée.
Civisme au Maroc : le développement commence aussi dans la rue
La vraie question est donc celle-ci : comment transforme-t-on les comportements ? Certainement pas uniquement par la répression. La sanction est parfois nécessaire, mais elle ne suffit pas. Il faut d’abord rendre la règle visible, compréhensible et équitable. Quand les citoyens voient que les règles s’appliquent à tous, ils les respectent davantage. Quand ils constatent que certains peuvent tout contourner, ils finissent par considérer le civisme comme une naïveté.
Ensuite, il faut faire du civisme un apprentissage continu. À l’école, dans les médias, dans les quartiers, dans les transports, dans les administrations, dans les entreprises. On ne naît pas citoyen responsable ; on le devient par l’exemple, la répétition, l’environnement et la confiance. Une ville propre éduque. Un bus respecté éduque. Une administration polie éduque. Un policier juste éduque. Un élu exemplaire éduque. À l’inverse, le désordre reproduit le désordre.
Le civisme doit aussi être pensé comme une compétence sociale. Savoir attendre son tour, parler sans humilier, respecter le silence, préserver la propreté, conduire sans agressivité, accepter la priorité de l’autre, ne pas confondre espace public et espace privé : tout cela construit une société plus respirable. Ce ne sont pas de petites choses. Ce sont les bases concrètes du vivre-ensemble.
Le Maroc a besoin d’une grande politique du comportement collectif. Pas une campagne de slogans de plus. Une politique sérieuse, mesurable, locale, progressive, portée par l’école, les communes, les médias, les associations, les entreprises et les familles. Il ne s’agit pas de culpabiliser les citoyens. Il s’agit de leur redonner confiance dans la règle commune.
Car au fond, le civisme commence quand chacun comprend que le respect de l’autre n’est pas une perte de liberté, mais la condition même d’une société digne. Le développement ne se mesure pas seulement aux routes, aux gares, aux stades et aux tours. Il se mesure aussi à ce que chacun fait quand personne ne le regarde.
Le problème n’est pas de dire que « les Marocains » seraient inciviques. Cette généralisation serait injuste, paresseuse et dangereuse. Le problème est plus subtil. Dans beaucoup de situations, le citoyen se comporte comme s’il ne croyait pas vraiment à l’existence d’un espace commun. La rue devient l’affaire de personne. La file devient un obstacle à contourner. La règle devient négociable. Le voisinage devient une contrainte. Le domaine public devient une zone grise où chacun tente de prendre sa petite revanche sur le système.
Files d’attente, déchets, incivilités : le vrai test du vivre-ensemble
Il faut éviter deux erreurs. La première consiste à tout expliquer par le manque d’éducation. C’est trop simple. Des personnes diplômées peuvent avoir des comportements profondément inciviques. La seconde consiste à tout réduire à la pauvreté ou à l’origine sociale. Là encore, c’est faux. L’incivisme traverse les catégories sociales. Il peut prendre la forme d’un papier jeté par terre, d’un klaxon agressif, d’un passe-droit, d’un mépris de l’autre, ou d’une façon d’occuper l’espace public comme s’il appartenait à celui qui crie le plus fort.
C’est pourquoi les stéréotypes sont un poison. Employer des mots péjoratifs pour désigner certains comportements, comme s’ils appartenaient à un groupe, une région, une origine ou une classe sociale, ne règle rien. Au contraire, cela fabrique de l’exclusion et détourne le débat de son vrai objet. Le civisme n’est pas une affaire de citadins contre ruraux, de riches contre pauvres, de jeunes contre anciens. C’est un contrat collectif qui doit concerner tout le monde. Le document de référence insiste justement sur la nécessité de comprendre les comportements négatifs sans stigmatisation, en s’appuyant sur des études, des observations de terrain et une approche plus nuancée.
Civisme au Maroc : le développement commence aussi dans la rue
La vraie question est donc celle-ci : comment transforme-t-on les comportements ? Certainement pas uniquement par la répression. La sanction est parfois nécessaire, mais elle ne suffit pas. Il faut d’abord rendre la règle visible, compréhensible et équitable. Quand les citoyens voient que les règles s’appliquent à tous, ils les respectent davantage. Quand ils constatent que certains peuvent tout contourner, ils finissent par considérer le civisme comme une naïveté.
Ensuite, il faut faire du civisme un apprentissage continu. À l’école, dans les médias, dans les quartiers, dans les transports, dans les administrations, dans les entreprises. On ne naît pas citoyen responsable ; on le devient par l’exemple, la répétition, l’environnement et la confiance. Une ville propre éduque. Un bus respecté éduque. Une administration polie éduque. Un policier juste éduque. Un élu exemplaire éduque. À l’inverse, le désordre reproduit le désordre.
Le civisme doit aussi être pensé comme une compétence sociale. Savoir attendre son tour, parler sans humilier, respecter le silence, préserver la propreté, conduire sans agressivité, accepter la priorité de l’autre, ne pas confondre espace public et espace privé : tout cela construit une société plus respirable. Ce ne sont pas de petites choses. Ce sont les bases concrètes du vivre-ensemble.
Le Maroc a besoin d’une grande politique du comportement collectif. Pas une campagne de slogans de plus. Une politique sérieuse, mesurable, locale, progressive, portée par l’école, les communes, les médias, les associations, les entreprises et les familles. Il ne s’agit pas de culpabiliser les citoyens. Il s’agit de leur redonner confiance dans la règle commune.
Car au fond, le civisme commence quand chacun comprend que le respect de l’autre n’est pas une perte de liberté, mais la condition même d’une société digne. Le développement ne se mesure pas seulement aux routes, aux gares, aux stades et aux tours. Il se mesure aussi à ce que chacun fait quand personne ne le regarde.












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