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​Aujourd’hui, je suis Jeune Amazigh Istiqlalien et fier de l’être !


Il y a des évolutions politiques qui se décrètent, et d’autres qui se vivent. Celle que traverse aujourd’hui le Parti de l’Istiqlal appartient clairement à la seconde catégorie. Elle n’est ni instantanée ni cosmétique. Elle est le produit d’un long déplacement intérieur, parfois inconfortable, souvent silencieux, mais désormais visible. Dire aujourd’hui, sans détour, « je suis Amazigh istiqlalien et fier de l’être » n’aurait pas été une évidence il y a encore quelques années. Pour certains, cela aurait même relevé de la provocation. Pour d’autres, d’une contradiction. Et pourtant, c’est précisément cette phrase qui résume le mieux la transition historique que vit ce parti centenaire.



Quand l’Istiqlal change de peau et ouvre enfin grand ses portes

Pendant longtemps, l’étiquette collée à l’Istiqlal était lourde : centraliste, conservatrice, peu sensible à la pluralité identitaire, voire hostile à la reconnaissance amazighe. Cette image, qu’elle soit totalement juste ou partiellement caricaturale, a profondément marqué des générations entières, notamment parmi les Amazighs, qui se sont souvent sentis à distance, sinon exclus, de ce grand récit national porté par le parti. On peut le dire aujourd’hui avec lucidité : cette distance a existé, et elle a laissé des traces. Les nier serait une erreur politique et morale.

Un parti politique n’est jamais un bloc figé : il est traversé par des générations successives, des contextes mouvants, des ruptures parfois inconfortables et des remises en question nécessaires. Ce que vit aujourd’hui le Parti de l’Istiqlal relève précisément de cette relecture lucide de lui-même, non comme un reniement de son histoire, mais comme une réinterprétation assumée de ses fondements et un élargissement conscient de son horizon.

Ce constat ne procède pas d’un regard idéologique ou lointain, mais s’est imposé à moi à la lumière de mon expérience professionnelle, au contact direct du parti, de ses dirigeants, de ses cadres, de ses militants, et surtout en couvrant ses événements, ses débats internes, ses moments de doute comme ses temps forts. À force de côtoyer ses pivots, d’observer ses mécanismes de décision et d’écouter ses nouvelles générations sans filtre, une évidence s’est imposée : la transformation est réelle, profonde et structurante. On peut ne pas tout partager, critiquer certains choix ou rythmes, mais on ne peut nier la dynamique à l’œuvre, celle qui réconcilie mémoire et projection, anciens et nouveaux visages, identité historique et pluralité contemporaine, et qui ouvre désormais la voie à un avenir politique plus crédible, inclusif et prometteur.

La décision royale de consacrer le Jour de l’An amazigh comme jour férié national a agi comme un révélateur. Le communiqué du comité exécutif de l’Istiqlal l'an dernier, exprimant sa fierté et sa satisfaction, n’était pas un simple alignement institutionnel. Il marquait une prise de position claire : l’amazighité n’est pas une concession, encore moins une menace, mais un patrimoine commun à tous les Marocains. En assumant cette lecture, le parti reconnaît enfin que l’unité nationale ne se construit pas par l’effacement des différences, mais par leur reconnaissance et leur mise en valeur dans un récit partagé.

Cette évolution n’est pas uniquement culturelle ou symbolique. Elle est profondément politique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un parti qui a compris que le Maroc d’aujourd’hui ne se gouverne plus avec les réflexes d’hier. La jeunesse, notamment, a changé la donne. Elle est multiple, plurielle, connectée, exigeante. Elle ne se reconnaît plus dans les partis qui parlent à sa place, mais dans ceux qui acceptent de l’écouter, parfois même de se laisser bousculer par elle.

C’est dans ce contexte que le 11 janvier a cessé d’être seulement une date de mémoire pour redevenir une date de projet. En liant l’héritage du Manifeste de l’Indépendance à la Charte Gen Z – Mithaq Chabab –, l’Istiqlal a envoyé un signal fort : la légitimité historique ne vaut rien si elle ne se traduit pas en légitimité sociale et générationnelle. Faire confiance aux jeunes, comme aux anciens militants, ce n’est pas juxtaposer les âges, c’est organiser leur dialogue, parfois leur confrontation, mais surtout leur complémentarité.

Être Amazigh et istiqlalien : ce qui relevait de l’impossible devient politique

Aujourd’hui, être Amazigh istiqlalien, ce n’est plus vivre une tension identitaire. C’est au contraire incarner une synthèse marocaine assumée : amazighité, arabité, islam, ouverture africaine et méditerranéenne. Un parti qui accueille toutes les couleurs n’efface pas son identité ; il l’enrichit. Un parti qui fait confiance à ses jeunes sans marginaliser ses anciens ne se fragilise pas ; il se régénère. Un parti en transformation permanente est un parti vivant.

Bien sûr, tout n’est pas acquis. Les symboles doivent encore se traduire en politiques publiques cohérentes, en pratiques internes irréprochables et en renouvellement réel des élites. Surtout, la transformation engagée ne prendra tout son sens que si le Parti de l’Istiqlal assume pleinement, lors des prochaines élections parlementaires et communales, un retour structuré et durable vers le monde rural, longtemps resté une zone d’ombre dans l’action politique malgré son poids social, historique et culturel.

Ce monde rural, profondément amazigh dans nombre de territoires, n’attend plus des slogans mais des réponses concrètes en matière d’éducation, de santé, de désenclavement, d’emploi local et de reconnaissance. Le mouvement est enclenché et mérite d’être reconnu, mais il devra être confirmé sur le terrain, là où se joue désormais la crédibilité réelle d’un parti qui se veut inclusif, moderne et fidèle à l’ensemble de ses racines.

Car au fond, cette transition n’est pas seulement celle d’un parti. Elle raconte quelque chose de plus large : un Maroc qui apprend, lentement mais sûrement, à se regarder tel qu’il est vraiment. Multiple. Complexe. Et enfin réconcilié avec toutes ses racines.



Mercredi 14 Janvier 2026


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