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​L’Istiqlal 2026 : le choix d’un État protecteur, stratège et souverain


Le programme électoral présenté par le Parti de l’Istiqlal pour les élections législatives de septembre 2026 mérite d’être analysé au-delà de l’énumération de ses quelque cent mesures, car son intérêt principal réside moins dans chacune de ses propositions prises isolément que dans la conception générale de l’État, de l’économie et de la société marocaine qu’il cherche à dessiner.



Par Rachid Boufous

Organisé autour de cinq grands engagements — la famille et les valeurs, la lutte contre la corruption et les rentes, le pouvoir d’achat et la classe moyenne, le renforcement du service public et la souveraineté stratégique — le programme propose en réalité une synthèse entre l’héritage historique de l’Istiqlal et plusieurs préoccupations apparues au cours de la dernière décennie.

Son point de départ est essentiellement politique : le monde devient plus instable et les États doivent retrouver une capacité de protection qu’une longue période de mondialisation avait parfois reléguée au second plan. L’Istiqlal identifie ainsi plusieurs certitudes désormais fragilisées : la disponibilité permanente des importations, une énergie accessible, la sécurité hydrique et alimentaire, la capacité automatique de la technologie à créer des emplois et la stabilité des relations internationales. De ce diagnostic découle une idée structurante : dans le nouvel environnement mondial, la souveraineté ne se réduit plus à l’indépendance politique ou territoriale, mais concerne également l’eau, l’alimentation, l’énergie, les technologies, les médicaments, les données et les chaînes d’approvisionnement.

Cette évolution est importante dans le positionnement doctrinal de l’Istiqlal. Le parti ne propose ni un retour à un État administrant directement toute l’économie, ni une confiance absolue dans les seuls mécanismes du marché. Il défend plutôt un État stratège chargé d’identifier les dépendances du pays, de sécuriser ses ressources essentielles, d’orienter certaines politiques industrielles et d’utiliser la commande publique, la réglementation et l’investissement comme instruments de développement national.

Le cinquième axe, consacré à la souveraineté stratégique, constitue ainsi la partie la plus structurante du programme. L’Istiqlal propose notamment la création d’une « boussole souveraine nationale » destinée à identifier et réduire les dépendances, un cadre législatif pour le stockage stratégique, une politique plaçant la sécurité hydrique au premier rang des priorités, un accroissement du contenu local dans les investissements énergétiques et une meilleure prise en compte de la valeur effectivement produite au Maroc dans les marchés publics. Le programme envisage également une montée en gamme des chaînes de valeur automobiles, aéronautiques et minières, le développement d’une industrie de défense, une chaîne nationale de l’intelligence artificielle, le renforcement de la cybersécurité et le développement de capacités nationales dans les médicaments, les vaccins et les semences.

Cette conception économique rejoint une autre dimension traditionnelle de l’Istiqlal : la recherche d’une forme de nationalisme économique compatible avec l’ouverture internationale. Le Maroc doit, selon cette logique, continuer à attirer les investissements et à s’intégrer aux échanges mondiaux tout en captant une part croissante de la valeur ajoutée, de la technologie, de la recherche et de la propriété intellectuelle produites par les activités implantées sur son territoire.

Le deuxième pilier important du programme est social. La famille y est présentée non seulement comme une institution culturelle, mais comme une structure de solidarité qui doit être soutenue par les politiques publiques. Le programme évoque ainsi les crèches, l’accompagnement des personnes âgées, la médiation familiale, les aides destinées aux jeunes ménages, la protection de l’enfance et le soutien aux familles prenant en charge des personnes âgées ou handicapées. Il accorde également une place significative à deux questions longtemps insuffisamment intégrées dans les politiques publiques : la santé mentale et les addictions. La reconnaissance de l’addiction comme maladie chronique, le développement de centres régionaux de santé mentale et l’intégration des consultations psychologiques dans la couverture médicale témoignent d’une approche sociale plus large que la conception classique de l’assistance.

Cette logique de protection se retrouve dans le volet consacré au pouvoir d’achat.

L’Istiqlal souhaite intervenir sur les circuits de commercialisation et de distribution des produits agricoles, améliorer la transparence sur les marges, accompagner progressivement les revenus et les pensions, renforcer la classe moyenne et faciliter l’accès au logement.

Sur ce dernier point, la mobilisation du foncier public, le développement d’une nouvelle offre de logements accessibles et surtout l’idée d’une législation spécifique pour l’urbanisme et la construction dans le monde rural montrent la volonté de territorialiser davantage les politiques publiques.

Le quatrième axe poursuit la même orientation à travers la défense du service public. L’école et l’hôpital apparaissent clairement comme des instruments de cohésion nationale. Le programme insiste sur l’égalité territoriale d’accès à l’enseignement, la formation des enseignants, la lutte contre le décrochage scolaire, le préscolaire, les langues, les compétences numériques et l’évaluation de la qualité des établissements. Dans la santé, il privilégie la médecine de proximité, l’amélioration de la gouvernance hospitalière, l’organisation des parcours de soins et une réforme des urgences médicales.

La jeunesse occupe également une place particulière. Première expérience professionnelle, formation adaptée aux besoins économiques régionaux, mobilité, compétences numériques et engagement civique constituent les principaux instruments proposés. Le programme cherche ainsi à déplacer progressivement la politique de la jeunesse d’une logique d’assistance vers une logique d’insertion économique et sociale.

Enfin, le volet consacré à la corruption et aux conflits d’intérêts complète cette architecture par une réflexion institutionnelle. Déclarations de patrimoine et d’intérêts, réglementation des conflits d’intérêts, renforcement des institutions de contrôle, protection des lanceurs d’alerte, numérisation des procédures et réduction du pouvoir discrétionnaire de l’administration composent un ensemble dont l’objectif politique est clairement identifié : rétablir la confiance entre le citoyen et les institutions.

Pris dans son ensemble, le programme de l’Istiqlal apparaît donc comme la recherche d’un nouvel équilibre entre trois fonctions de l’État : protéger, produire de la cohésion et anticiper les vulnérabilités stratégiques. Sa cohérence politique réside précisément dans cette articulation entre l’État social et l’État souverain.

La prochaine étape sera celle de la traduction opérationnelle de cette vision : hiérarchisation des priorités, calendrier, financement et indicateurs permettant de mesurer les résultats. Mais sur le plan strictement politique, le choix est désormais lisible.

L’Istiqlal cherche à repositionner son projet autour d’un patriotisme économique et social adapté aux incertitudes du XXIᵉ siècle, dans lequel la souveraineté nationale ne se mesure plus seulement à ce que le Maroc possède, mais également à ce qu’il est capable de produire, de protéger, de maîtriser et de transmettre.



Lundi 31 Août 2026

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