L'ODJ Média

lodj






​Mission stratégique du prochain gouvernement post-élection 2026 : oser enfin pivoter de modèle

Sa mission devra être plus exigeante : organiser la sortie d’un modèle fondé principalement sur l’imitation, la sous-traitance et la dépendance technologique en évitant le piège d’une modernisation brutale, socialement aveugle


À l’approche de l’après-2026, la vraie question politique n’est peut-être pas de savoir qui gouvernera, mais pour quoi faire. Le prochain gouvernement héritera d’un Maroc plus équipé, plus industrialisé, plus visible sur la carte des investissements, mais encore empêché de franchir le cap décisif : passer d’une économie de rattrapage à une économie de création. C’est là, au fond, sa mission stratégique centrale. Non plus seulement gérer, corriger, arbitrer ou distribuer. Mais refonder. Car le pays est arrivé à ce moment délicat où les recettes d’hier continuent de produire des résultats, sans pourtant ouvrir pleinement les horizons de demain.



Le pays n’a plus seulement besoin d’un gouvernement de gestion. Il a besoin d’un gouvernement de passage

Depuis des années, le Maroc a bâti une trajectoire cohérente. Il a investi dans les infrastructures, structuré des filières, attiré des industriels, développé ses zones d’accélération, consolidé son attractivité. Cette politique de l’offre a eu ses mérites. Elle a permis des avancées tangibles, notamment dans l’automobile, l’aéronautique, la logistique ou encore certaines chaînes exportatrices. Mais cette réussite partielle cache aussi une fragilité stratégique : le pays produit souvent avec les technologies des autres, exporte davantage qu’il n’invente, assemble plus qu’il ne conçoit. En clair, il s’intègre au monde sans encore peser suffisamment sur sa transformation.

C’est pourquoi le prochain gouvernement ne pourra pas se contenter d’un programme de continuité habillé de nouveaux slogans. Sa mission devra être plus exigeante : organiser la sortie d’un modèle fondé principalement sur l’imitation, la sous-traitance et la dépendance technologique. Il lui faudra faire émerger un État moins obsédé par le visible et davantage tourné vers l’essentiel : le savoir, la recherche, la créativité, l’innovation, le capital humain. Autrement dit, un État stratège au sens fort, capable d’investir dans l’intelligence nationale comme on a investi hier dans les ports, les routes ou les zones industrielles.

Mais cette mission économique est aussi, et peut-être d’abord, une mission politique. Car ce qui freine le Maroc n’est pas seulement un déficit d’innovation ; c’est aussi une difficulté à accepter la rupture. Le pays parle volontiers de modernisation, mais supporte mal la remise en cause des rentes, des équilibres installés, des positions acquises. Il veut le changement, à condition qu’il n’abîme aucun confort établi. Il célèbre l’innovation, mais la subordonne souvent à des hiérarchies anciennes. Or aucune grande mutation ne se fait sans frottement. Il n’y a pas de nouveauté réelle sans déplacement d’intérêts, sans disparition de certains privilèges, sans réforme de bureaucraties devenues contre-productives. Le prochain gouvernement devra donc avoir une colonne vertébrale politique claire : réformer pour libérer, non pour habiller l’immobilisme.

C’est là qu’intervient la notion décisive de destruction créatrice. Trop souvent perçue comme un concept d’économistes, elle dit pourtant quelque chose de profondément politique : un pays n’avance vraiment que lorsqu’il accepte de laisser mourir ce qui l’empêche de naître autrement. Le Maroc post-2026 devra choisir.

Veut-il prolonger un modèle honorable mais déjà plafonnant ? Ou veut-il entrer dans une phase plus risquée, plus nerveuse, mais potentiellement plus féconde ? Le prochain gouvernement sera jugé sur cette réponse. Non sur sa capacité à produire des discours sur l’émergence, mais sur son courage à organiser le passage vers une économie qui invente, brevète, conçoit, expérimente et ose.

Encore faut-il éviter le piège d’une modernisation brutale, socialement aveugle. Toute transformation crée des gagnants et des perdants. Là encore, la mission du futur exécutif sera d’ordre stratégique : faire en sorte que la réforme ne soit pas vécue comme une punition par ceux qui se sentent déjà fragiles. Le vrai test sera social. Former tout au long de la vie, faciliter les reconversions, soutenir la mobilité, requalifier les compétences, protéger sans figer : voilà l’architecture d’un pacte nouveau. Le Maroc n’a pas besoin d’un État qui amortit éternellement les inefficacités ; il a besoin d’un État qui sécurise le mouvement. La productivité, dans cette logique, ne doit plus être perçue comme une menace pour les plus faibles, mais comme une promesse de dignité partagée.

Le prochain gouvernement disposera pourtant d’atouts rares. Le Maroc a une jeunesse instruite, connectée, ambitieuse, parfois frustrée mais loin d’être résignée. Il bénéficie d’infrastructures solides, d’une stabilité politique précieuse, d’un positionnement exceptionnel entre l’Europe et l’Afrique. Ce capital existe. La vision Royale existe. Le projet du nouveau modéle de développement reste valable.Ce qui manque encore, c’est une orchestration au niveau de la primature. Une alliance cohérente entre l’État, l’université, l’entreprise et la société. Une vision capable de transformer l’énergie dispersée en puissance collective. La mission stratégique du gouvernement post-élection 2026 sera précisément de fabriquer cette cohérence, de relier les pièces du puzzle national au lieu de les juxtaposer.

Au fond, la grande bataille politique de 2026 ne devrait pas opposer seulement des partis, des bilans ou des promesses. Elle devrait opposer deux imaginaires du Maroc. Le premier veut continuer à avancer sans trop déranger, améliorer sans rompre, moderniser sans déplacer les lignes de pouvoir. Le second assume qu’un nouveau cycle exige davantage qu’une gestion prudente : il suppose une réinvention. C’est ce second imaginaire qui devrait inspirer le prochain gouvernement. Non par goût du choc, mais par lucidité. Car la plus grande imprudence, aujourd’hui, serait peut-être de croire qu’on peut entrer dans le futur avec les protections mentales du passé.

La mission stratégique du prochain gouvernement est donc simple à formuler, mais difficile à conduire : aider le Maroc à sortir du réflexe de rattrapage pour entrer dans la culture de création. Cela suppose du courage politique, une pédagogie sociale, une vision industrielle renouvelée et un vrai pari sur l’intelligence marocaine.

Le pays n’a plus seulement besoin d’un gouvernement de gestion. Il a besoin d’un gouvernement de passage. Un gouvernement capable d’assumer la fin d’un modèle, pour permettre enfin la naissance du suivant. Et dans un monde qui récompense les nations audacieuses plus que les nations prudentes, cette mission n’a rien d’abstrait. Elle s’appelle tout simplement : préparer le Maroc à inventer son propre avenir.



Mercredi 15 Octobre 2025

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux

Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)



Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 


Par ordre alphabétique : 

Abdallah Benzekri  (Fr)
Abdelaziz Koukas (Fr) & Abdelaziz Koukas  (Ar)
Abdelfettah Essadiki (Ar)
Abdelghani El Arrasse  (Fr)
Abdeslam Seddiki  (Fr) & Abdeslam Seddiki (Ar)
Abdessamad Alhyan  (Fr) & Abdessamad Alhyan (Ar) 
Adel Ghallab  (Fr) 
Adil Benhamza   (Fr) & Adil Benhamza (Ar) 
Adnan Debbarh (Fr) 
Ali Bouallou (Fr) & Ali Bouallou (Ar) 
Ali Tounsi (Ar)
Anissa Mekouar Senhadji (Fr) 
Ayoub Mechmoum (Ar)
Aziz Boucetta (Fr) & Aziz Boucetta (Ar)
Aziz Daouda (Fr) & Aziz Daouda (Ar) 
Aziz Rabbah (Fr) & Aziz Rabbah (Ar)
Aziza Benkirane (Fr) & Aziza Benkirane (Ar)
Badr Ben Allach (Ar)
Bargach Larbi (Fr)
Badreddine Aitlekhoui (Ar) 
Dr Anwar Cherkaoui (Fr) & Dr Anwar Cherkaoui (Ar) 
Dr Az-Eddine Bennani (Fr) 
Dr Hassan Bennani (Fr) 
Dr Idriss Qorich (Ar)
Dr Khalid Fathi (Fr) & ​ Dr Khalid Fathi (Ar)
Dr Mustapha Belaouni (Ar)
Dr Zakaria Benomar Farès (Fr) 
El Montacir Bensaid (Fr) & El Montacir Bensaid (Ar)
Fawzia Talout Meknassi (Fr) 
Hassan Abdelkhalek (Fr) & Hassan Abdelkhalek (Ar) 
Hicham El Aadnani (Fr) & Hicham El Aadnani (Ar)
Lahcen Haddad (Fr) & Lahcen Haddad (Ar) 
Marwane El Bouzdaini (Fr) 
Mohamed El Ouardi (Fr) & Mohamed El Ouardi (Ar)
Mohamed Yasser Mouline (Fr) & Mohamed Yasser Mouline (Ar)
Mustapha Sehimi  (Fr) & Mustapha Sehimi (Ar)
Naïm Kamal (Fr) & Naïm Kamal (Ar) 
Najib Mikou (Fr) & Najib Mikou (Ar)
Omar Hasnaoui (Fr) 
Saâd Faouzi (Fr) 
Rachid Boufous (Fr) & Rachid Boufous (Ar) 
Saïd Temsamani (Fr) & Saïd Temsamani  (Ar)
Souad Mekkaoui (Fr) 
Taoufiq Boudchiche (Fr) & Taoufiq Boudchiche (Ar)
Yasser Derkouli (Fr) 
Younes Amimi (Ar)
Zakaria Berala  (Fr)






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo