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​Reconnaissance au Maroc en 2026 - Épisode 2


Par : Rachid Boufous.



J’arrive chez moi à Goulmima, située à 60km d’Errachidia, la capitale de la Région la plus pauvre du Maroc : Dara-Tafilalet. Mes parents sont originaires de cette ville.

Goulmima est l’une des grandes oasis historiques du Sud-Est marocain, située dans la vallée du Ghéris, entre le Haut Atlas oriental et les portes du désert saharien. Bien avant d’être une petite ville moderne de la province d’Errachidia, Goulmima fut pendant des siècles un espace stratégique, à la fois agricole, caravanier, tribal et militaire. Son histoire résume à elle seule une partie essentielle de l’histoire du Tafilalet et des oasis présahariennes marocaines.

Le nom même de Goulmima viendrait probablement du mot amazigh « Aglmam », qui signifie lac ou étendue d’eau, ce qui rappelle l’importance fondamentale des sources et des systèmes hydrauliques dans cette région aride. L’existence même de l’oasis repose sur les eaux de l’oued Ghéris et surtout sur les sources de Tifounassine, qui ont permis le développement d’une vaste palmeraie organisée autour d’un réseau complexe de seguias, de répartitions communautaires de l’eau et de cultures irriguées.  

Comme dans la plupart des oasis du Tafilalet, l’organisation humaine de Goulmima s’est structurée autour des ksour, villages fortifiés en terre crue appelés « igherman » en amazigh. 

Ces ensembles défensifs n’étaient pas seulement des habitats : ils constituaient de véritables micro-cités organisées selon des logiques tribales, familiales et agricoles. Les hautes murailles, les tours d’angle, les ruelles étroites et labyrinthiques répondaient à une nécessité sécuritaire dans une région longtemps soumise aux rivalités tribales, aux razzias nomades et aux conflits liés à l’eau et aux terres agricoles.  

Le plus ancien noyau de l’oasis serait le ksar d’Igoulmimen, appelé autrefois « Amizar ». 

Des historiens locaux évoquent la présence ancienne d’une communauté juive installée dans le mellah oriental du ksar, témoignant du caractère cosmopolite des oasis caravanes du Sud marocain. 

Comme dans tout le Tafilalet, les communautés juives jouaient un rôle important dans le commerce, l’artisanat, les échanges caravaniers et parfois la gestion financière locale.  

La vallée du Ghéris fut également un territoire profondément marqué par les structures tribales amazighes. 

Les différents ksour correspondaient souvent à des appartenances ethniques et lignagères précises. 

Les équilibres sociaux y étaient complexes, mêlant alliances matrimoniales, solidarités agricoles et rivalités territoriales. Des recherches sociolinguistiques récentes montrent d’ailleurs que les conflits fonciers entre certains ksour ont influencé jusqu’aux usages linguistiques et aux variations dialectales amazighes de la région.  

À partir du XVIe siècle, avec l’affirmation des grandes dynasties marocaines et la consolidation des routes caravanières sahariennes, Goulmima devient un point important entre le Tafilalet, le Dadès, le Todgha et les routes du Sud saharien. Les oasis comme Goulmima vivaient alors du commerce caravanier, de la datte, de l’élevage, du henné, des céréales irriguées et des échanges transsahariens reliant Tombouctou, le Draâ et les villes impériales marocaines. La région formait une interface entre le monde berbère montagnard, les tribus sahariennes et les centres de pouvoir du Makhzen.  

Au début, les Aït Merghad convoitent l’Amdghous dans le haut Ghéris. En s’assurant l’aide des Aït Hdiddou, ils en délogent les Aït Atta. 
La procédure d’implantation est un véritable coup de force : évacuation des vaincus, acceptation de la soumission des groupes maraboutiques et répartition des maisons et biens fonciers par unité domestique taggurt au bénéfice des participants aux opérations. 

Le processus de fixation dans la vallée du Ghéris se poursuivit tout au long du XIXe siècle par l’occupation du moyen et bas Ghéris. Pour certaines fractions, il s’acheva par la prise de Goulmima en 1898. 

Cette date de 1898 est capitale. Elle signifie que l’oasis de Goulmima, longtemps disputée entre Aït Atta et Aït Merghad, bascule définitivement dans l’orbite de ces derniers à la toute fin du XIXe siècle, soit quatorze ans seulement avant l’établissement du Protectorat en 1912.

Quatorze ans avant ce basculement, Charles de Foucauld et son guide Mardochée Aby Serour traversent Goulmima le 30 avril 1884, en pleine période de conflit entre les deux confédérations. Leur voyage, commencé à Oujda en mai 1884, les a conduits à travers le Rif, l’Atlas, le Tafilalet, le Souss et le Tadla. Foucauld note tout : les paysages, les coutumes, les marchés, les dialectes, les hiérarchies locales, les relations de pouvoir. 

Mais l’histoire de Goulmima est surtout marquée par la résistance à la pénétration coloniale française. Dès le début du XXe siècle, les tribus de la vallée du Ghéris participent activement aux combats contre l’armée française dans tout le Sud-Est marocain. Les archives locales rappellent la participation des populations de Goulmima aux batailles de Boudenib à partir de 1907, puis aux affrontements qui culminent avec les campagnes du Haut Atlas oriental dans les années 1930.  

La bataille décisive reste celle du Jbel Baddou en 1933, considérée comme l’un des derniers grands foyers de résistance armée du Maroc face à la colonisation française après Bougafer. Les tribus de la région opposèrent une résistance acharnée malgré l’artillerie lourde, l’aviation et les colonnes motorisées françaises. La chute définitive de la région en août 1933 marque symboliquement la fin de la conquête militaire du Haut Atlas oriental. Cette mémoire de résistance reste encore très présente dans l’imaginaire collectif local.  

Sous le Protectorat, Goulmima connaît une transformation progressive. Les autorités coloniales y développent des infrastructures administratives et scolaires. 

L’école de Tibaqchine, créée dans le ksar de Goulmima dans les années 1940, joue un rôle majeur dans la scolarisation régionale. 
Plusieurs générations d’élèves du Sud-Est marocain y furent formées, souvent dans des conditions très modestes.  

Après l’indépendance, la ville moderne commence à se développer hors des anciens ksour. 

Comme dans beaucoup d’oasis marocaines, les habitants quittent progressivement les villages fortifiés traditionnels pour des constructions modernes plus confortables. 

Cette mutation entraîne cependant un lent abandon du patrimoine architectural en terre, aujourd’hui menacé par l’érosion, le manque d’entretien et les transformations sociales.  

Goulmima connaîtra son lot de souffrances durant les années de plomb, notamment quand des habitants affiliés à la gauche marocaine de l’époque qui était en conflit ouvert avec la monarchie, vinrent à prêter un appui logistique aux desperados infiltrés d’Algerie et menés par un certain Bennouna, lors des événements de Moulay Bouazza en 1973. 

Beaucoup d’entre eux seront emprisonnés et torturés. Après ce furent les poursuites contre les jeunes qui ont écorché des chiens à la porte du Ksar en 1981, ainsi que les militants de la cause amazigh, poursuivis sans pitié par les tenants de la non reconnaissance de l’identité des peuples de la région. 

Goulmima est ainsi connue pour être une ville frondeuse, mais aussi une ville qui a produit de hauts fonctionnaires et commis de l’état, des militaires de haut rang, des dizaines d’ingénieurs des mines ou de génie civil et de médecins. 
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Mais ces jacqueries locales, souvent réprimées sont nées d’un constat des jeunes face au retard de développement de leur ville et de la région en général. Et pour cause : quand on construit des autoroutes, des lignes chemins de fer, des stades ou des universités dans le reste du pays, ici il y’a ZÉRO réalisations de ce genre. 

On commence à peine à se réveiller à rabat en décidant enfin de réaliser un CHU régional à Errachidia. Mais à ce jour, les maladies et interventions banales ne trouvent pas de solution ni de remède localement. Il faut souvent se déplacer à Meknes à Fès, à Marrakech ou à Agadir pour trouver le spécialiste ou le chirurgien adéquat. Pour le traitement du cancer, il faut passer son chemin, cela fait partie du Mektoub sanitaire, qui mine notre pays à un degré honteux. 

On verra peut-être des changements notables  avec le CHU toujours en cours de construction en Mai 2026…

Goulmima reste une très belle oasis pour développer un tourisme en relation avec la nature. 

Sa proximité du désert et des hauts plateaux d’imilchil et de Tinghir, la positionnent favorablement pour devenir une grande halte touristique. Encore faut-il que les décideurs du tourisme national s’y intéressent. Certes localement on vend plus facilement le désert low cost avec Merzoug ou de Zagora, mais la vraie richesse de la région sont ses Oasis, à Goulmima, Tinghir, Agoudal, Taous, Imilchil, Amouguer, Asoul, Waqqa, Tadighoust, Tinjdad, Ait Yahya ou Athmane, Timazguit, Amellagou, Ait Slimane, Touroug ainsi que les oasis d’Erfoud et de Rissani…

Il suffirait de faire une cartographie des midis avec le referencement des dizaines d’auberges où l’accueil demeure magnifique et surtout favorisé le contact avec des marocains qui n’ont pas choisi de se retrouver du mauvais versant de l’Atlas…



Dimanche 31 Mai 2026

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