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​Tout va très bien, surtout ce qui ne va pas…


Savez-vous ce qu’est un trou noir en astronomie ? Selon le Larousse, il s’agit d’une région de l'espace dotée d'un champ gravitationnel si intense qu'aucun rayonnement n'en peut sortir. Si on l’applique à chez nous, cela donne « un pays doté d’un champ institutionnel avec tellement de non-sens qu’aucun rayonnement ne peut plus en sortir »… Le rayonnement, peut-être pas, mais les jeunes oui, ils en sortent, ou au moins aspirent ou œuvrent à en sortir. Que se passe-t-il, que s’est-il passé pour que nous en soyons arrivés, avec tant de choses qui se produisent, ou pas, à ce que le rayonnement auquel on avait commencé à croire et à s’habituer s’estompe !



Plusieurs grands événements se sont produits, qui interrogent par leur faits mêmes ou par leurs effets.

1/ La grande évasion. On ne le sait que trop bien désormais… 40.000, 50.000, 60.000, 70.000 personnes (selon les versions et les objectifs) se sont lancées en moins de 48 heures vers la ville occupée de Sebta, franchissant illégalement et maritimement la barrière de séparation, physique ou théorique. Quand 1 à 2 ‰ de notre population s’en va, en groupes, en grappes, dans le désordre, c’est suffisant pour considérer que quelque chose de grave se passe sous nos yeux.

2/ Le grand silence. Le monde entier parle de cette honte nationale. Tout le monde ? Non, une contrée résiste encore et toujours à la communication. C’est le Maroc. Le ministère de l’Intérieur s’est exprimé, mais il resté dans son champ de compétence, la sécurisation de la barrière et la coopération avec les Espagnols. Mais que s’est-il passé ? Le chef du gouvernement ne s’exprime pas, pour expliquer, exposer et éventuellement s’excuser… le chef de la diplomatie ne s’exprime pas, pour expliquer le sort de notre relation avec l’Espagne et l’Europe… le ministre de la Jeunesse ne s’exprime pas sur cette jeunesse désespérée, préférant organiser des activités ludiques, musicales ou partisanes pour jeunes. Près de deux semaines sont passées et nous en sommes toujours là ! Tout au plus, « une source gouvernementale », voire une « source bien informée » tout court...

On fait tout pour arriver au gouvernement, et après, on s’y terre et on s’y tait. Triste

3/ Le grand n’importe quoi. On apprend, nous autres Marocains, et les Espagnols avec nous, que le Maroc persiste à réclamer la récupération de ses deux villes occupées. C’est heureux et nous en sommes fort aise. Sauf que la déclaration a été formulée par le ministre de … la Justice, Abdellatif Ouahbi. Il a de ce fait et par ce propos créé une crise dans la crise, et il a même pris son air des mauvais jours pour paraître un peu plus sérieux qu’à ce qu’il nous a habitués. A relever tout de même le silence de son collègue aux Affaires étrangères, que l’on sait pourtant extrêmement jaloux de ses prérogatives, et c’est une surprise. Mais en fait, non… M. Bourita est un habitué des abris en temps de crise.

4/ Le grand cafouillage. Une loi sur les avocats est examinée au parlement, elle fait polémique et les avocats la contestent. Son concepteur, le ministre de la Justice, lui-même avocat, est aussi ancien chef d’un parti formant la majorité. La loi franchit tout le parcours législatif et est finalement adoptée. Et c’est là qu’un autre chef de la majorité, par ailleurs président de la Chambre des représentants, saisit la Cour constitutionnelle… laquelle met un mois à répondre qu’il manque un document dans la saisine institutionnelle du président de la Chambre. Celui-ci a-t-il omis ou oublié ou occulté d’adjoindre le document dans l’envoi ? La Cour a-t-elle omis, oublié ou occulté toute vérification de forme, un mois durant. Dans les deux cas, c’est du grand n’importe quoi ! Et dire que l’affaire porte sur une loi pour les avocats !...

5/ La grande bagarre.  Elle met aux prises le chef d’un grand parti et le président d’une grande association d’éditeurs. Ils sont plus de quatre mille journalistes, et on ne voit qu’eux deux, les gladiateurs de la vertu, chacun disant qu’il est le plus vertueux. Mais quand le chef du parti accuse indirectement le chef des éditeurs de pédophilie, là, ça grince et ça coince. Ne rien faire implique qu’il l’est et que les autres éditeurs le couvrent, donc sont ses complices taiseux. Le chef des éditeurs a saisi la justice, et la justice dira son mot. On attend avec impatience et fébrilité, mais il semble que le chef du parti, Mohamed Ouzzine de son nom, se soit un peu oublié dans ses accusations contre le chef éditorialiste, nommé Driss Chahtane, et il devra sans doute en payer le prix. Ou pas, puisque nous sommes au Maroc.

6/ Le grand déni. Ils sont trois, trois partis à avoir dirigé l’exécutif ces cinq dernières années. Ils ont certainement fait du job et du bon job mais, comme on dit chez nous, « lehssab 3la llekher ». Or, en moins d’un an, deux gros gros mouvements de jeunes montrent l’avis général sur la prestation gouvernementale et sa majorité. Mais les trois partis, leurs chefs et leurs troupes pérorent en sillonnant le pays que tout va bien ; le RNI insiste sur les réalisations, occultant les revers, l’Istiqlal promet qu’il fera les cinq prochaines années ce qu’il n’a pas fait les cinq dernières, et le PAM mise tout sur sa cheffe bénie, son joker inattendu, et une sorte de baraka attendue qui écarterait un Baraka de plus en plus tendu.

7/ La grande question. Droite dans ses bottes, l’association Transparency Maroc pose aux trois partis ci-haut les questions de savoir ce qu’ils feront pour la moralisation de la vie publique, sérieusement empêchée par les articles 3 et 7 du code de procédure pénale récemment adopté, pour la lutte contre l’enrichissement illicite et contre le conflit d’intérêt. Durant ces cind dernières années, le ministre de la Justice a sans doute oublié d’introduire des textes dans ce sens et, pour le Code de procédure pénale, il s’est tout simplement oublié.

8/ Le grand cumul. On apprend que Fouzi Lekjaâ, le joker inattendu du PAM, en sa qualité de ministre délégué du Budget, sera dorénavant, « à titre temporaire » mais sans limite de temps, ordonnateur du Fonds du développement territorial intégré, et il pourra nommer des walis ou gouverneurs ordonnateurs adjoints. Très bien, mais à quoi servent les élus ? A rien, semble-t-il, les grandes séances d’écoute ayant déjà été confiées aux walis et gouverneurs. Mais… n’y a-t-il donc personne dans ce pays à faire un peu du travail confié à M. Lekjaâ ? Histoire de le soulager un peu… Il cumule, cumultiplie même les fonctions : ministre, président de fédération, président de la Fondation Maroc 2030, membre du Conseil de la Fifa et 1er vice-président de la CAF… et daba, en plus, ordonnateur du Fonds pour le développement intégré et membre du PAM ! N’y a-t-il pas un poste vacant de sous-directeur d’un CHU, ou de directeur d’un port ou alors d’une ambassade sans ambassadeur à lui confier pour les minutes qui lui restent dans la journée ?

9/ La grande désillusion... le grand malaise ? Ce serait alors la somme et le cumul des « grandes » choses exprimées plus haut.

 
Tout cela est bien dommage pour le rayonnement mentionné en début de billet. Et c’est d’autant plus regrettable que nous nous y sommes accoutumés et que nous commencions même à y croire. Las… 



Aziz Boucetta



Samedi 15 Août 2026

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