Le paradoxe des libertés brandies et bridées
Il y a un parfum d’ironie dans cette proposition. Le PPS et d’autres formations d’opposition ont bâti leur légitimité politique sur la défense acharnée des libertés individuelles et collectives, face à un État central accusé de contrôle excessif. Aujourd’hui, les mêmes voix plaident pour transformer le droit de vote en devoir impératif, sanctionné en cas d’abstention. La liberté politique, jadis totem de l’opposition, se retrouve ainsi instrumentalisée : vous êtes libres… mais obligés d’exercer cette liberté. C’est le paradoxe du « démocrate discipliné », où l’on défend l’ouverture tout en serrant le carcan.
Une réponse facile à une crise profonde
Le vote obligatoire apparaît comme une rustine posée sur une fracture plus grave : la perte de confiance entre citoyens et institutions. L’abstention n’est pas un caprice civique, c’est un symptôme. Elle dit la défiance, la lassitude, parfois même la colère. En la traitant par l’obligation, on confond la cause et la conséquence. On remplit les urnes de bulletins contraints, mais on ne remplit pas les cœurs de conviction. À quoi bon faire voter par obligation si l’offre politique ne séduit pas ?
La faisabilité juridique et ses zones grises
D’un point de vue technique, instaurer un vote obligatoire supposerait une révision du Code électoral, mais aussi l’instauration de mécanismes de contrôle et de sanction. Amendes ? Privation de certains droits civiques ? Les pistes sont floues et politiquement explosives. Dans un pays où l’administration peine déjà à gérer les listes électorales, comment contrôler efficacement les millions d’électeurs ? Et surtout, est-il légitime d’introduire une pénalisation de l’abstention dans un contexte où la participation a toujours été présentée comme un acte volontaire de citoyenneté ?
Un effet boomerang pour la crédibilité politique
À vouloir obliger, l’opposition prend le risque de creuser encore plus le fossé qui la sépare de l’opinion. Car les Marocains, loin d’être insensibles à la politique, savent reconnaître quand on tente de maquiller un déficit de légitimité par une mesure coercitive. Le danger est double : vider le vote de son sens en le transformant en formalité administrative, et renforcer le cynisme ambiant — celui qui murmure que « les partis sont tous les mêmes » et que le choix des urnes ne change pas le quotidien.
Convaincre plutôt que contraindre
Loin d’un gadget juridique, la véritable bataille est ailleurs : réinventer l’offre politique, parler vrai, répondre aux angoisses sociales, donner envie de croire à la politique. Convaincre, c’est accepter l’effort patient d’une pédagogie citoyenne. Obliger, c’est avouer sa faillite à inspirer. En proposant le vote obligatoire, l’opposition trahit son propre récit, celui d’un Maroc où la liberté devait primer sur la contrainte.
En guise de conclusion
À un an des législatives, la tentation du raccourci révèle surtout le vide de la réflexion stratégique. Le vote obligatoire pourrait remplir les urnes mais il ne remplirait pas le contrat de confiance. Et sans confiance, la démocratie reste une coquille vide. L’opposition marocaine ferait mieux de raviver la flamme citoyenne par le débat et l’innovation politique, plutôt que de transformer l’acte électoral en obligation administrative. Car à défaut de convaincre, contraindre n’est pas un progrès démocratique : c’est une défaite morale.












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