À Rabat, lors du dernier Conseil d’administration de l’ANP présidé par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, le ton était clair : les ports marocains doivent changer d’échelle. Le directeur général de l’Agence, Mustapha Fares, a présenté un programme d’investissement triennal dépassant 350 millions d’euros, soit 3,8 milliards de dirhams, dont 1,4 milliard de dirhams dès 2026. Un effort financier conséquent, pensé comme un levier de compétitivité et non comme une simple mise à niveau technique.
Ce plan s’inscrit dans une logique de continuité, mais aussi de correction. Continuité, car il prolonge les chantiers engagés ces dernières années pour fluidifier le trafic portuaire et moderniser les équipements. Correction, car il met davantage l’accent sur la gouvernance, la régulation et l’accompagnement des opérateurs privés, souvent confrontés à des contraintes opérationnelles et administratives sur le terrain.
La stratégie 2026-2028 repose sur plusieurs axes structurants. Le premier concerne le renforcement de la bonne gouvernance et de l’efficacité opérationnelle. Il s’agit d’optimiser la gestion des ports, d’améliorer la coordination entre les acteurs de l’écosystème portuaire et de renforcer le cadre régulatoire. L’ANP entend ainsi accompagner les opérateurs dans la réalisation de leurs projets d’investissement et promouvoir des régimes d’exercice plus clairs et plus attractifs pour les activités portuaires.
Le deuxième axe est celui de la transition verte et numérique. Derrière cette formule désormais familière, se cache un enjeu bien concret : réduire l’empreinte environnementale des ports tout en accélérant la digitalisation des procédures. Automatisation, systèmes d’information intégrés, dématérialisation des échanges : autant de leviers destinés à améliorer la fluidité des opérations et à réduire les coûts logistiques, dans un contexte de concurrence régionale de plus en plus vive.
Sur le plan financier, l’ANP affiche des indicateurs solides. La période 2026-2028 devrait consolider la dynamique positive enregistrée ces dernières années, avec un chiffre d’affaires qui continuera de dépasser 2,8 milliards de dirhams dès 2026. Cette performance s’appuie sur une activité portuaire en croissance et sur une diversification progressive des sources de revenus, notamment à travers le développement de nouveaux services et infrastructures.
Pour le ministre Nizar Baraka, ces investissements doivent s’inscrire pleinement dans la dynamique socio-économique du Royaume, conformément aux hautes orientations royales visant la modernisation du secteur portuaire et son affirmation comme acteur central du commerce extérieur du Maroc. L’objectif est clair : faire des ports marocains des plateformes capables de connecter efficacement le pays aux marchés africains, européens et internationaux.
Sur le terrain, cette ambition trouve un écho réel. Un opérateur logistique basé à Casablanca confiait récemment : « Quand les délais se réduisent et que les procédures se simplifient, c’est toute la chaîne économique qui respire. Les investissements portuaires, on les ressent très vite dans l’activité quotidienne. » Ce type de retour rappelle que derrière les milliards annoncés se jouent des enjeux concrets d’emploi, de compétitivité et de création de valeur.
Avec 3,8 milliards de dirhams engagés sur trois ans, l’ANP ne se contente pas d’investir : elle parie sur une transformation structurelle des ports marocains. Reste désormais le défi de l’exécution. Car c’est à l’épreuve du terrain, de la gouvernance et de la cohérence des actions que ce programme triennal sera réellement jugé, par les opérateurs comme par l’économie nationale.












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