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Absence de malice


Par Rachid Boufous

Les sanctions sont tombées. Elles ont été commentées, disséquées, comparées. Elles ont surtout révélé une vérité plus profonde que le quantum des amendes ou la durée des suspensions : dans cette CAN, le Maroc n’a pas perdu un match, il a perdu une bataille de récit. Une bataille silencieuse, décisive, souvent ignorée par ceux qui croient encore que le football africain se joue uniquement sur la pelouse.



La décision de la Confédération africaine de football a été perçue comme plus clémente à l’égard du Sénégal et plus sévère envers le Maroc.

Mais s’arrêter à ce ressenti serait une erreur d’analyse. Car ce que ces sanctions disent, en creux, ce n’est pas seulement comment la CAF juge les faits, c’est comment elle lit les rapports de force, comment elle arbitre les récits concurrents, comment elle hiérarchise les symboles. Et dans cette lecture-là, le Maroc a manqué de malice.
 
Non pas la malice mesquine. Pas la ruse basse. Mais la malice stratégique : celle qui consiste à comprendre que, dans les grandes compétitions, le réel ne suffit pas, il faut aussi en imposer la lecture. Le Maroc a tout montré, sauf ce qu’il est devenu…
 
Nous avons parlé stades, pelouses, organisation, logistique, hospitalité. Nous avons offert au continent une démonstration d’efficacité technique irréprochable.

Mais nous avons laissé s’installer un narratif appauvri : celui d’un pays hôte appliqué, presque reconnaissant d’accueillir, soucieux de bien faire, cherchant l’approbation plus que l’affirmation. Or ce narratif est en décalage complet avec la réalité marocaine contemporaine.
 
Car le Maroc n’est plus un pays qui “réussit des événements”. Le Maroc est un pays qui a construit une trajectoire.

Une trajectoire économique, industrielle, géopolitique, africaine. Un pays qui structure des flux, qui investit, qui exporte, qui attire, qui sécurise, qui planifie. Un pays qui ne se contente plus d’être performant, mais qui est devenu structurant. Et pourtant, cette réalité-là est restée hors champ…

Face à une séquence de crise, face à un match interrompu, face à une contestation ouverte de l’autorité arbitrale, le Maroc n’a opposé qu’un discours de bonne foi, presque scolaire : rappeler les règles, souligner l’effort organisationnel, appeler au calme.

Pendant ce temps, l’autre camp a occupé le terrain symbolique : celui de l’émotion, de la contestation, de la dramatisation, du soupçon. Et comme souvent, celui qui impose l’émotion impose ensuite la lecture des faits.
 
La CAF ne sanctionne pas seulement des actes ; elle sanctionne ce qui est visible, ce qui est filmable, ce qui est immédiatement qualifiable. Un laser, un attroupement, une pression autour de la VAR : voilà des images simples, exploitables, administrativement solides.

En face, la gravité politique d’un ordre donné aux joueurs de quitter le terrain se dissout dès lors qu’elle n’est pas portée par un récit fort, martelé, assumé comme une ligne rouge absolue.
 
C’est ici que l’absence de malice devient criante.
 
Le Maroc a confondu hospitalité et effacement. Il a cru que la dignité suffisait. Il a pensé que la justesse des faits parlerait d’elle-même. Or, dans le football africain comme dans la géopolitique, le silence n’est jamais neutre : il est toujours interprété au bénéfice de celui qui parle le plus fort.
 
Nous aurions pu, nous aurions dû, porter un autre narratif. Un narratif plus poignant, plus structurant, plus dissuasif.

Un narratif qui aurait dit clairement : ici, ce n’est pas seulement un match qui a été perturbé, c’est un principe qui a été violé.

Quitter le terrain pour contester une décision arbitrale, ce n’est pas un incident émotionnel, c’est une remise en cause de l’ordre sportif.

Un narratif qui aurait inscrit l’événement dans une perspective plus large : celle d’un continent qui cherche à crédibiliser ses compétitions, à sécuriser ses institutions, à se projeter à l’échelle mondiale.
 
Un narratif qui aurait rappelé que le Maroc n’est pas un simple organisateur, mais un futur co-hôte de la Coupe du monde, un pilier de stabilité régionale, un acteur économique majeur en Afrique du Nord et de l’Ouest. Que l’autorité sportive bafouée sur son sol n’est pas une affaire locale, mais un signal envoyé à l’ensemble du football africain.
 
Au lieu de cela, nous avons laissé prospérer un discours implicite : “merci d’être venus, regardez comme tout est bien organisé”. Comme si nous demandions encore la validation de notre réussite.
Or la réussite marocaine n’est plus à valider. Elle est là. Elle est mesurable. Elle est structurelle.
 
La vraie question que posent ces sanctions n’est donc pas celle de leur sévérité, mais celle de notre posture.
 
- Le Maroc a-t-il pleinement assumé ce qu’il est devenu ?
- A-t-il parlé comme une puissance tranquille ou comme un élève appliqué ?
- A-t-il imposé une ligne ou cherché un consensus ?
 
Pour l’avenir, les pistes sont claires.
 
D’abord, construire une souveraineté narrative assumée. Ne plus réduire notre discours aux infrastructures visibles, mais parler de la méthode marocaine : planification, continuité, investissement, discipline, projection africaine. Faire comprendre que nos stades sont la conséquence d’une vision, pas une fin en soi.
 
Ensuite, fixer des lignes rouges symboliques. Certains gestes doivent être qualifiés immédiatement, publiquement, sans hésitation. Non par agressivité, mais par clarté. Dans toute compétition, ce qui n’est pas nommé est relativisé.
 
Enfin, maîtriser l’image avec une rigueur absolue. Dans un football gouverné par les preuves visuelles, chaque détail devient un argument juridique.
La malice, ici, consiste à ne jamais offrir à l’instance disciplinaire le petit fait qui efface le grand principe.
 
Le Maroc n’a pas échoué dans cette CAN. Il a révélé une faiblesse plus subtile : celle de croire que le réel suffit, sans récit. Or, les nations qui comptent sont celles qui réussissent et qui savent dire ce que signifie leur réussite.
 
La malice qui nous a manqué n’est pas celle de la ruse, mais celle de la conscience de soi. Ne plus demander à être reconnu. S’affirmer. Calmement. Fermement. Définitivement.
 
Parce que le Maroc d’aujourd’hui n’est plus un pays qui organise pour prouver. C’est un pays qui doit imposer le respect de ce qu’il est devenu, mais surtout ne pas se justifier…
Le Maroc est une île, est c’est en cela qu’il est exceptionnel.



Vendredi 30 Janvier 2026


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