L'ODJ Média

lodj






Affaire Betty Lachgar … une fois l’émotion passée, réfléchir est une option




Par Aziz Boucetta

Et voilà une affaire rondement menée… Ibtissam « Betty » Lachgar, 50 ans, vient d’être condamnée par un tribunal de Rabat à une peine de deux ans et demi d’emprisonnement assortie d’une amende de 50.000 DH. L’affaire est très médiatisée en raison du chef d’inculpation portant globalement sur une offense à Dieu et à la religion. Voilà donc, le verdict est tombé, mais personne n’est satisfait ; les soutiens de Mme Lachgar sont ulcérés par la sévérité de la sentence, et ses contempteurs sont atterrés par la « clémence » des juges. Maintenant, reprenons calmement…

Oui certes, une décision de justice ne se commente pas dit-on, mais il n’est pas interdit de réfléchir autour. Que reproche-ton au juste à Mme Lachgar ? D’avoir porté un t-shirt portant une mention offensante à l’égard de Dieu. Fort bien. C’est interdit, c’est blasphématoire, c’est condamnable ; elle a blasphémé en bravant l’interdit, et elle a donc été condamnée. C’est ce que pensent les juges du tribunal de première instance. Première instance, donc… On verra ce que dira la juridiction supérieure, la cour d’appel. Car, en effet, il y a à dire…

Qui est Ibtissam Lachgar ? Une militante. Une militante franche et massive, connue pour ses positions intransigeantes au sujet de la liberté de conscience et reconnue pour sa défense acharnée des libertés individuelles. Elle a co-fondé et animé le groupe MALI (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles), elle a bousculé bien des habitudes et introduit bien des débats, souvent à ses risques et périls.

Elle est par ailleurs psychologue, c’est-à-dire qu’elle sait ce qu’elle fait et ce qu’elle risque. Certains pourraient la condamner pour cela, mais c’est au contraire son mérite : « Betty » Lachgar coche toutes les cases du militantisme engagé. Ce pays en a besoin, même si elle dérange… surtout quand elle dérange.

Une fois la photo incriminée publiée, en plein milieu de la chaleur estivale, les uns et les autres ont brusquement émergé de leur torpeur caniculaire. Me el Mostafa est entré dans une de ses célèbres colères, Me Abderrahim Jamaï lui a emboîté le pas, le taclant, lui aussi à son habitude, et les réseaux sociaux ont pris la suite, dans leurs excès connus.

Puis le parquet a fait son office en l’interpellant, puis en la plaçant en garde à vue, et dans la foulée le juge a décidé son incarcération dans l’attente de son procès ; une fois ce procès tenu, la voilà condamnée. Tout cela est logique et parfaitement légal. On ne commentera pas la décision mais on peut réfléchir à ce que serait la démarche de la cour d’appel.

Sachant que la photo par laquelle le « scandale » est arrivé est ancienne, qu’elle n’a pas été prise au Maroc, et que des doutes subsistent sur l’identité de la personne qui l’a postée sur X, on peut relativiser la responsabilité pénale de « Betty » Lachgar. Et c’est d’autant plus important que cette dame est malade et que son état de santé nécessite une surveillance étroite, et peut-être même une intervention chirurgicale.

Il est bien possible que ces derniers arguments ne soient qu’arguties voire boniments de la défense et des partisans et amis de Mme Lachgar pour la disculper, mais c’est facile à prouver, et si c’est prouvé, pourquoi embastiller une dame qui ne présente aucun danger pour la société, qui ne met en péril que sa propre personne, et qui gagnerait à bénéficier de la clémence des juges d’appel, et si ce n’est pas le cas, de se voir appliquer une peine alternative ?

Pourquoi instaurer des peines alternatives pour au final incarcérer une personne comme Mme Lachgar ? Notre justice n’est pas un instrument de vengeance ou un outil  de répression de la libre expression, même quand celle-ci peut être outrancière.

Outrancière, elle l’aurait vraiment été avec l’intention. Or, la photo a été prise en dehors du Maroc, dans d’autres circonstances, même si l’intéressée l’assume. Alors, notre justice qui vient d’avoir entre les mains un instrument nouveau pour aménager les peines ne devrait-elle pas, dans une juridiction supérieure, prendre en compte tout cela ? Une fois l’émotion et l’énervement conséquent passés, réfléchir sereinement serait une option utile.

N'étant ni terroriste ni récidiviste, condamnée à moins de cinq ans de prison, « Betty » Lachgar remplit les conditions de la peine alternative ; elle ne présente un danger pour personne sinon pour elle-même. L’incarcérer ne serait pas injuste, car la loi est la loi, mais excessif ; aménager sa peine ne serait pas laxisme, car l’esprit de la loi est là, mais humain.

Si c’est elle qui a posté cette photo d’elle, on peut comprendre que la justice veuille calmer la colère des croyants les plus énervés en la condamnant, mais pas en l’incarcérant, et c’est exactement pour cela que le principe des peines alternatives a été adopté.

Notre justice sera-t-elle aussi « compréhensive » et magnanime que le fut le parquet dans une autre récente affaire très médiatisée, celle de Mme Ghita Asfour ? Et, au-delà, notre justice ne devrait-elle pas se montrer plus clémente sur les peines de prison qui pourraient être évitées… ne devrait-elle pas être aussi clémente et miséricordieuse que le divin qui a été offensé, aussi clémente et miséricordieuse que peut l’être la patrie, aussi clémente que le fut le roi quand il avait accordé fin juillet sa grâce à une vingtaine de milliers de personnes en un seul bloc ? Dieu, la patrie, le roi sont cléments et miséricordieux, il reste sans doute à la justice de faire sienne cette clémence.

Le Maroc a besoin de tous ses enfants, même ceux qui se placent à la marge et bousculent les habitudes, car c’est ainsi que l’on avance, et non dans le consensus tantôt craintif tantôt vindicatif.

La réponse viendra des tribunaux.




Samedi 6 Septembre 2025

La rédaction

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo