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Akhannouch au parlement : un bilan en demi-feinte


Par Aziz Boucetta.

C’était le grand jour, hier 15 avril au parlement… Face aux deux Chambres réunies, le chef du gouvernement a présenté le bilan de son gouvernement, à cinq mois des élections législatives.

Aziz Akhannouch n’a pas dérogé à sa règle et à sa personnalité, aligner des chiffres et dérouler des réalisations, sans âme ni état d’âme. L’approche nuit à l’ensemble car si avancées il y a eu et succès aussi, M. Akhannouch ne restera pas dans le souvenir des Marocains comme un grand chef du gouvernement.



Entendons-nous bien, le système électoral au Maroc ne permettant pas qu’un parti puisse enlever la majorité absolue, tous les gouvernements se déclinent en coalitions de partis, souvent antinomiques, parfois étranges (PPS-PJD en 2011-2016, RNI-PJD en 2016-2021, PI-RNI/PAM en 2021-2026).

Cette réalité ôte son sens à toute entreprise ou volonté de bilan assumé par un camp politique et critiqué par l’autre.

De fait, en septembre, chaque parti fera sa campagne, déroulera ses critiques, exposera ses ambitions et les deux autres partis complétant la majorité du RNI (PAM et PI) œuvreront à créer une distance avec le parti du chef du gouvernement et la personne même de ce dernier. Venons-en au bilan, tel que décrit hier par Aziz Akhannouch.

Sauf à être d’une inégalable mauvaise foi, on ne peut décemment soutenir l’idée que « rien » n’ait été fait depuis octobre 2021.

Qu’on en juge : 140 projets de loi ont été adoptés et 16 lois d’initiative parlementaire, la Charte d’investissement, les aides directes, réforme des impôts, législation sur le droit de grève, code de procédure pénale, réforme de l’éducation et renforcement du budget santé…

Globalement, bien des choses ont été réalisées et encore plus de textes adoptés. Il faut le dire et le souligner.

Mais, pour autant, ne manque-t-il pas quelque chose, dans la forme, à ce bilan présenté par le chef du gouvernement, au nom du gouvernement ?

Akhannouch au parlement : un bilan en demi-feinte
Peut-être une dose d’humilité, sans doute une honnête mention de ce qui n’a pas réussi, de ce qui n’a pas abouti, de ce qui n’a pas été entamé.

Evoquer des revers aurait apporté plus de crédibilité au long soliloque béat et satisfait de M. Akhannouch. Sachant, à sa décharge, qu’il a eu une mandature commencée par une sortie Covid, par une guerre en Europe, par d’immenses bouleversements au Moyen-Orient (génocide, perturbations des circuits commerciaux et des chaînes d’approvisionnement, …), et par une sécheresse insistante.

Et pourtant… un sentiment de malaise se dégage en regardant et en écoutant Aziz Akhannouch égrainer ses succès et ses réussites.

Et ce sentiment consiste dans le non-réalisme des chiffres et la disproportion entre ce qui a été annoncé à coups de centaines de milliers d’emplois créés, de dizaines de milliards investis dans les infrastructures et de centaines de milliards attendus dans les divers et différents secteurs productifs et la réalité et la perception citoyennes.

Le bilan présenté par le chef du gouvernement ne sera véritablement opposable que quand il sera opposé, débattu, décortiqué dans des débats contradictoires.

Pour l’opposition, en effet et par exemple, très peu d’investissements ont été réellement engagés sur les 500 milliards annoncés du fait de la Charte d’investissement… autre exemple : qui croira que 850.000 emplois ont été créés depuis 2021, ainsi que l’a dit le chef du gouvernement au parlement ?

Où sont réellement passés ces milliards et dizaines de milliards annoncés alors que le chômage est à 13% (chiffre lui-même sous-évalué au regard de la réalité sociale du pays) ?

Pourquoi Aziz Akhannouch parle-t-il de mesures sociales comme s’il s’agissait de faveurs accordées au « bon peuple », alors que c’est son argent ?

En un mot, en dix ou en cent, il existe un très fort décalage entre les annonces embellies des uns, le gouvernement, et la perception réelle des autres, de tous les autres.

Tout cela gagnerait donc à être discuté entre économistes des deux camps.

Et ce ne sont pas les sorties médiatiques programmées de ministres répétant ad nauseam leur autosatisfaction qui convaincront les populations et les investisseurs… qui leur feront oublier ce terrible constat établi par le roi lui-même sur le Maroc à deux vitesses.

Le bilan présenté donc hier par le chef du gouvernement est en demi-teinte, voire en demi-feinte quand M. Akhannouch embellit ses réalisations en en taisant les revers, les manquements et les dessous.

Il reste aussi deux champs qui ont été largement ignorés par cette majorité, ce gouvernement, ce chef du gouvernement.

En premier, l’aspect éthique…

Pas de loi sur l’enrichissement illicite malgré les contraintes onusiennes et, plus grave, le projet de législation en la matière que le gouvernement a trouvé sur la table en arrivant a été escamoté, puis oublié… pas de loi sur le conflit d’intérêt alors même que la question du dessalement de l’eau de mer pour Casablanca a fait couler tellement d’encre et de sueurs froides, ou encore l’affaire de la mission d’information sur les viandes, ouverte, lancée, et oubliée… pas de véritable effort consenti sur le problème de la corruption, des ordres professionnels en désordre, des intrigues potentiellement judiciaires impliquant des membres du gouvernement (Abdellatif Ouahbi et sa fameuse donation, soupçons sur des « hauts gradés » de la majorité, …).

Non, sur le plan de l’éthique, le bilan n’est pas seulement médiocre, il est cataclysmique.

En second, la pratique politique…

Selon l’avis de plusieurs commentateurs, dont l’auteur de ces lignes, la présidence RNI du gouvernement aura « tué » la politique. La personnalité et la puissance du chef du gouvernement ont occulté les autres chefs de la majorité, parfois même les ont effacé !

Le constat déplaira aux concernés mais que n’ont-ils laissé passer de turpitudes aux noms sacrosaints de la solidarité gouvernementale, de la responsabilité politique et de la stabilité institutionnelle !

Tous ces concepts sont certainement utiles, mais avec le temps, leur coût aura été presque fatal à la bonne tenue de la politique dans notre pays.

Comment le PAM et l’Istiqlal pourront-ils justifier « leurs différences » avec le RNI, le moment venu, ce moment approchant très vite ? Comment ont-ils pu commettre cette fatale erreur de laisser Aziz Akhannouch présenter « son » bilan, en leur nom, à cinq mois des élections, avant de disparaître ?!

Dernier point… Aziz Akhannouch n’est plus président du RNI et on le voit de moins en moins… quand la campagne électorale commencera, ce n’est pas lui qui ira devant les électeurs, mais son successeur Mohamed Chaouki.

Pense-t-il, M. Akhannouch… espère-t-il, M. Akhannouch, qu’il n’y aura pas de reddition des comptes sur les travers enregistrés de sa présidence du gouvernement ?

Avoir réalisé des choses, comme lui et ses partisans le rétorquent avec force, est seulement la norme, mais si des écarts ou des turpitudes sont enregistrés, aucun de ces succès ne pourra éviter une reddition des comptes ! ou au moins ne devra éviter…

C’est la règle, et le prix, de la démocratie qui, on le sait, chez nous est en éternelle transition. Avec ce gouvernement, elle l’aura été plus que jamais !

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Vendredi 17 Avril 2026

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