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Après Ceuta, le Maroc est vacciné : anticipons maintenant toute ingérence électorale


Campagnes de boycott, manipulation des réseaux sociaux, faux contenus et amplification artificielle : à quelques semaines des législatives, le Maroc ne peut plus se permettre d’être surpris. Mais prévenir l’ingérence ne doit jamais signifier museler le débat démocratique.



Nous sommes désormais vaccinés. Pas immunisés, évidemment.

Mais vaccinés contre une certaine naïveté numérique : celle qui consistait encore à croire qu’un appel lancé sur TikTok, WhatsApp, Facebook ou Telegram resterait forcément enfermé derrière un écran.

Les épisodes récents liés à Ceuta ont rappelé une réalité devenue universelle : quelques vidéos, des comptes fortement mobilisés, une rumeur bien construite, des images émotionnelles et un message suffisamment simple peuvent provoquer des comportements collectifs dans le monde réel.

C’est précisément le point de départ de l’alerte publiée ce 18 août par Actu-Maroc. Le média évoque le risque que les mêmes ressorts numériques puissent être utilisés pour tenter d’influencer les élections législatives, notamment au moyen d’un appel massif au boycott du scrutin.

Il faut prendre cette hypothèse au sérieux. Mais surtout ne pas attendre qu’elle se réalise pour commencer à y réfléchir.

Le prochain virus pourrait être électoral

Une campagne d’influence efficace n’aurait même pas besoin d’être sophistiquée.

Elle pourrait tenir en quelques mots : « Ils sont tous pareils. ». « Ton vote ne sert à rien. ». « Le 23 septembre, reste chez toi. »

Puis quelques vidéos soigneusement montées montrant corruption supposée, injustices réelles ou inventées, extraits sortis de leur contexte, fausses déclarations de candidats, images générées par intelligence artificielle et témoignages impossibles à vérifier.

L’objectif ne serait pas nécessairement de faire gagner un parti. Il pourrait simplement consister à faire perdre confiance dans l’élection elle-même.

C’est là que l’ingérence moderne devient plus subtile. Elle ne cherche pas toujours à convaincre les électeurs de voter A plutôt que B. Elle peut chercher à persuader une fraction de la population que voter ne sert plus à rien.

Or les élections législatives marocaines sont programmées pour le 23 septembre 2026. La HACA a déjà adopté des dispositions spécifiques pour encadrer le pluralisme, la neutralité des médias et certaines formes de communication électorale. Le cadre juridique électoral a également été renforcé concernant plusieurs usages abusifs des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

C’est nécessaire. Ce n’est probablement plus suffisant.

Surveiller les signaux faibles, pas les opinions

Anticiper ne signifie surtout pas surveiller les citoyens parce qu’ils critiquent un gouvernement, un parti ou une élection.

Dire « je ne voterai pas » relève de la liberté politique.
Dire « aucun parti ne me représente » aussi.


Appeler publiquement au boycott peut lui-même relever d’une position politique qu’il faut distinguer d’une opération clandestine de manipulation.

Le véritable enjeu est ailleurs : détecter les comportements artificiels et coordonnés.

Apparition simultanée de centaines de comptes.
Messages identiques publiés en quelques minutes.
Vidéos fabriquées ou volontairement falsifiées.
Achats massifs de visibilité.
Réseaux de comptes automatisés.
Financement opaque de campagnes numériques.
Propagation depuis des infrastructures situées à l’étranger.
Deepfakes visant des candidats ou des institutions.

Voilà ce qu’une démocratie moderne doit apprendre à identifier rapidement.

La différence est fondamentale : surveiller les manipulations, oui ; surveiller les opinions, non.

Créer une cellule électorale de vigilance numérique. Il reste encore plusieurs semaines avant le scrutin.

C’est largement assez pour installer un dispositif transversal réunissant les compétences techniques et institutionnelles nécessaires : cybersécurité, renseignement numérique, autorités électorales, régulation audiovisuelle, plateformes numériques et spécialistes indépendants de la désinformation.

Sa mission ne serait pas de décider ce qui est politiquement vrai ou faux. Elle serait d’observer les anomalies.

Une sorte de radar électoral numérique capable d’identifier une campagne coordonnée avant qu’elle n’atteigne une masse critique.

Le Maroc possède désormais une expérience qu’il faut transformer en doctrine.

Ceuta nous a appris que la frontière entre mobilisation numérique et mouvement physique peut disparaître extrêmement vite. Une élection fonctionne selon la même mécanique psychologique : perception, émotion, contagion sociale puis comportement.

Il faut donc observer non seulement les contenus mais leur vitesse de propagation.
Ne jamais répondre à la manipulation par la censure

Il existe pourtant un danger symétrique.

À force de vouloir protéger une élection contre les ingérences, on pourrait être tenté de qualifier toute critique virale de manipulation.
Ce serait une erreur considérable.

La meilleure réponse à une campagne de boycott authentiquement politique reste politique : convaincre les citoyens d’aller voter.

La réponse à une campagne étrangère clandestine ou artificiellement amplifiée relève en revanche de la cybersécurité, de la transparence et éventuellement de la justice.

Mélanger les deux affaiblirait précisément la démocratie que l’on cherche à protéger. Car aucune technologie ne compensera durablement une défiance politique réelle.

On peut détecter dix mille faux comptes.
On ne peut pas supprimer par algorithme le sentiment d’un citoyen convaincu que son bulletin ne changera rien.

La meilleure défense reste donc la participation

La sécurité numérique constitue seulement la première ligne.
La seconde appartient aux partis.
À eux de convaincre.
À eux d’aller vers les jeunes.
À eux d’expliquer leurs programmes.
À eux de présenter des candidats crédibles.
À eux surtout de rendre le vote utile aux yeux de ceux qui hésitent encore.

Car la meilleure protection contre une campagne de boycott n’est finalement ni un firewall, ni une cellule de cybersécurité, ni une loi.

C’est un électeur qui considère que son vote compte.

Après Ceuta, nous ne pourrons plus dire : « Nous ne savions pas que les réseaux sociaux pouvaient provoquer cela. »

Nous savons.
Nous sommes vaccinés.
Alors anticipons.

Pas pour verrouiller l’élection. Pour empêcher que d’autres tentent de la manipuler.



Mercredi 19 Août 2026

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