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Au Maroc, une crise multiforme, mais qui ne dit pas son nom


En ce début d’année 2024, la classe politique avance au rythme de la grande question et même des interrogations quant au maintien, ou non, et jusqu’à quand, de la formation gouvernementale actuelle. Les uns parlent de remaniement alors que les autres évoquent l’idée d’une motion de censure. Dans l’un ou l’autre cas, et l’un des deux se produira immanquablement, même avec la très faible chance de succès d’une motion, le gouvernement changera. Et c’est tout indiqué, car la situation du Maroc requiert un rééquilibrage.



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Par Aziz Boucetta

En ce début d’année 2024, la classe politique avance au rythme de la grande question et même des interrogations quant au maintien, ou non, et jusqu’à quand, de la formation gouvernementale actuelle. Les uns parlent de remaniement alors que les autres évoquent l’idée d’une motion de censure. Dans l’un ou l’autre cas, et l’un des deux se produira immanquablement, même avec la très faible chance de succès d’une motion, le gouvernement changera. Et c’est tout indiqué, car la situation du Maroc requiert un rééquilibrage.

Le gouvernement ne dit rien, et quand d’aventure il déclare quelque chose, c’est sur le ton d’un triomphalisme béat. Les milliards de DH pleuvent, les crises sont derrière et de grands chantiers sont devant, l’Etat social avance et le pays avec. Tout va bien, donc, ou presque. Or ça, c’est la méthode Coué du gouvernement (dans sa composante politique) qui ne veut pas voir ou, plus grave, ne sait pas voir les différents problèmes qui s’amoncellent et s’accumulent. En forme de boule de neige…

Et des problèmes, nous n’en manquons pas. Ainsi, selon un responsable politique de premier plan, « ceux qui pensent que le problème des enseignants est de nature uniquement salariale doivent s’occuper d’autre chose que de science politique. La situation est bien plus sérieuse et profonde ». Et notre responsable de citer, pêle-mêle : les effets de la crise Covid et de la situation internationale induisant une paupérisation générale, aggravée par l’inflation qui recule certes, mais pas pour les produits de première nécessité, un manque de confiance dans la classe politique pour sortir le pays de son marasme, des perspectives peu souriantes…

Et c’est ce contexte plus que morose que la décompensation, dont le démarrage est prévu dans quelques semaines, viendra aggraver, s’accumulant sur les prix des carburants montés dans un ascenseur et descendant par les escaliers, sur l’IR qui ne recule pas, sur le côté funeste de la digitalisation qui permet de tracer, puis traquer et enfin matraquer les gens pour leurs dettes ou impôts…

La « classe moyenne », au Maroc, est devenue bien plus un slogan que le fondement des politiques publiques de l’Etat. Et c’est des classes moyennes que viennent les périls, nos décideurs doivent le savoir et, surtout, ne doivent pas l’oublier.

Aujourd’hui, nous avons des problèmes plus spécifiques, comme ce qu’on peut d’ores et déjà commencer à qualifier de catastrophe hydrique, due en grande partie à cette procrastination gouvernementale durant la dernière décennie, et aujourd’hui, on court dans tous les sens à la recherche de quelques gouttes ; déjà, dans des villes du sud-est du pays, on commence à manifester sa mauvaise humeur en manifestant tout court suite aux décisions prises par les autorités.

Ajoutées à cela, les suites du séisme d’al Haouz avec, malgré les efforts publics, ses cohortes de mécontents, et aussi cette question d’AMO et sa valse des chiffres, le ministre disant que tout le monde ou presque est couvert par l’assurance, les experts affirmant le contraire et craignant un jaillissement de mauvaise humeur et de rancœurs face aux...inévitables défaillances que connaît la distribution des aides directes (cette fameuse et funeste phrase de المؤشر طالع).

 

Tout cela se fait dans un assourdissant et oppressant silence gouvernemental. Les ministres régaliens ne disent rien mais font leur part de job, le problème se situant chez les autres membres du gouvernement dont l’écrasante majorité se tait, comme son chef, ou égrène des chiffres mirobolants, traîne une certaine morgue face à la société et promène une autosatisfaction qui ne convainc plus personne.

Rappelons-nous la période 2010-2011, quand le pays était au bord de l’implosion. Abbas el Fassi avait « acheté » la paix sociale, mais le ras-le-bol se manifestait, entraîné par les sociétés arabes. Ce qui avait valu au pays de franchir l’écueil était l’alchimie entre une population soucieuse de sa stabilité politique et sociale, la réactivité du roi qui avait pris sur lui de changer la constitution et de faire évoluer les choses, et des services de sécurité qui avaient su et pu juguler l’activisme débordant alors des radicaux de tous bords.

Dans le marasme actuel, ce sont plus ou moins les mêmes causes qui engendrent un autre ras-le-bol, mais de natures démographique et sociologique différentes. Aujourd’hui, le Maroc n’est plus ce qu’il était à l’aube des années 2010, ayant affiché des ambitions géostratégiques qui ne lui attirent pas que des amis…

On constatera les attaques de plus en plus virulentes, venues d’ailleurs, contre le pays d’une manière générale, mais contre le roi et les services de sécurité de façon plus spécifique et ciblée. Des attaques croisées, soigneusement nourries de rumeurs, simultanées et violentes, et scrupuleusement reprises par l’agence de presse algérienne et d’autres agences ou médias européens.

Il n’est ainsi certainement pas un hasard de voir et d’entendre ici et à les montées aux créneaux contre l’organisation de la CAN 2025 ou du Mondial 2030, dont les coûts prévisionnels sont mis en miroir des besoins actuels des finances publiques.

Il est en revanche certainement utile de constater les timings des attaques avec la réalité difficile du royaume qui, comme les autres pays, est protégé par sa population, ses institutions et ses services mais qui, contrairement aux autres pays, voit ces mêmes institutions et services visés en tirs groupés, personnes comprises.

Aujourd’hui, la situation du Maroc est enviable par certains aspects (position géographique, stabilité politique, maturité sociale, résilience économique) mais critique par plusieurs autres (changement climatique et stress hydrique, paupérisation de la classe moyenne, asséchement des finances publiques, crise des enseignants, chômage des jeunes et explosion des NEETs, faiblesse alarmante des investissements étrangers…).

Encore une fois, il est urgent, important et même crucial que le Maroc et les Marocains aient le sentiment d’avoir un gouvernement qui tient le gouvernail, un vrai gouvernement avec un vrai chef du gouvernement qui prend des risques, explique, s’explique, communique, fait rempart de son corps pour protéger les institutions. Ce serait utile aussi bien en interne, avec sa conjoncture difficile, qu’en externe, avec le contexte explosif que connaît le monde.

D’où l’intérêt d’un rééquilibrage politique au Maroc.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost



Mercredi 31 Janvier 2024

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