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Au lieu de la convergence des politiques, c'est la convergence des colères


Qui se souvient que le gouvernement marocain abrite en son sein un ministre chargé de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques et que ce ministre a même un nom, Mohcine Jazouli ? Ce département était supposé remplacer le fameux ministère des Affaires générales, chargé de la coordination des différents départements, de la cohérence de leurs missions et de la convergence de leurs actions. Las, le Maroc n’a plus ni Affaires générales ni Evaluation et Convergence, mais des colères qui montent en puissance.



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Par Aziz Boucetta

Qui se souvient que le gouvernement marocain abrite en son sein un ministre chargé de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques et que ce ministre a même un nom, Mohcine Jazouli ? Ce département était supposé remplacer le fameux ministère des Affaires générales, chargé de la coordination des différents départements, de la cohérence de leurs missions et de la convergence de leurs actions. Las, le Maroc n’a plus ni Affaires générales ni Evaluation et Convergence, mais des colères qui montent en puissance.

Pourquoi se poser cette question quant à l’utilité du ministère de M. Jazouli ? Parce que, à chaque fois qu’une crise survient, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch crée une commission, dans laquelle siège invariablement ou M. Sekkouri, ministre de l’Emploi, ou M. Lekjaâ, ministre du Budget et de tout. Dernière décision en date : créer une commission pour seconder Chakib Benmoussa dans son bras de fer avec les syndicats. Il sera étroitement encadré par MM…. Sekkouri et Lekjaâ.

En plus de sa fameuse phrase sur les commissions créées pour enterrer un problème, George Clemenceau disait aussi et à très juste titre que « quand les événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs », sauf que là, on organise le désordre par défaut d'organisation tout court.

Dans un monde parfait, ou juste moins imparfait, la mission en amont devait revenir à Mohcine Jazouli, supposé chargé d’évaluer les politiques publiques. Or, la politique de l’éducation nationale étant une politique publique, elle aurait dû être d’abord « évaluée », avant de s’assurer de sa convergence avec les autres politiques publiques.

Cela ne paraît pas avoir été réalisé, et nous sommes dans la crise sociale aigue, qui menace de devenir chronique après le lâchage en règle de Chakib Benmoussa par Aziz Akhannouch, lequel ne semble pas avoir les logiciels pour parler aux syndicats et surtout être entendu par eux.

Les politiques publiques ne doivent pas agir en silos, mais interagir en réseau, on le sait. C’est la condition sine qua none pour en assurer la cohérence, donc la convergence. A défaut, ce sont les mécontentements qui convergeront, et cela est dangereux pour la stabilité de l’ensemble de l’édifice. Alors récapitulons… l’Etat social, devenu véritable marotte du gouvernement, voire élément de langage et peut-être même marronnier des rares prises de paroles de M. Akhannouch, requiert l’élaboration de politiques publiques hardies et ambitieuses ; mais il nécessite aussi de la...cohérence.

La politique de l’éducation nationale, la politique de la santé, la politique du tourisme, la politique agricole, la politique industrielle, la politique urbanistique, énergétique, numérique… tout un ensemble de politiques qui doivent, en principe, si on a bien compris, être évaluées et convergentes.

Cela est le rôle de M. Jazouli, que les observateurs attentifs de la marche de cet improbable gouvernement qualifient de « directeur de cabinet » de M. Akhannouch, bien plus qu’il ne soit le ministre pivot qu’il devrait en principe être.

Or, que voit-on ? Une stratégie touristique qui a déclenché l’hilarité nerveuse des opérateurs du secteur, une politique hydraulique menée par le département concerné et dont les résultats sont âprement disputés par le ministère de l’Agriculture, une politique de la santé qui ne convainc pas trop les professionnels du secteur, une politique sociale menée par pans mais cahotant dans son ensemble (demandez aux gens du RAMED et vous saurez), une politique de l’investissement qui gagnerait – selon un nombre croissant d’investisseurs – à être soigneusement et profondément évaluée… et un PLF qui énerve tout le monde, ou presque.

 

Dans son premier discours adressé aux nouveaux parlementaires en octobre 2011, le roi Mohammed VI avait enjoint aux nouveaux dirigeants (élus et ministres), et au premier rang des politiques prioritaires, « la création d’un dispositif national intégré ayant pour objet la réserve stratégique de produits de première nécessité, notamment alimentaires, sanitaires et énergétiques ».

Deux ans et demi plus tard, les prix des denrées de première nécessité, notamment alimentaires, flambent pour manque de production ou de stocks ; plusieurs médicaments sont tour à tour en rupture de stock et l’industrie pharmaceutique alerte sur le manque de compétitivité de ses entreprises et du frein à l’investissement suite aux dispositions du PLF 2024 ; quant à la sécurité énergétique, elle est conduite sans aucun débat sur le raffineur national que fut la Samir.

Résultat, les industriels sont en colère, les auto-entrepreneurs, collectivement considérés comme potentiels fraudeurs fiscaux, sont en colère, les enseignants sont en colère, de même que leurs élèves et les parents de ces derniers, les opérateurs touristiques sont en colère, les agriculteurs sont en colère, … tout cela face à un ministère de la Convergence en jachère.

M. Akhannouch et son « directeur de cabinet » M. Jazouli devraient davantage, et plus sérieusement, travailler sur la convergence des politiques publiques pour éviter à M. Laftit de devoir gérer la convergence des colères.
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 



Vendredi 24 Novembre 2023


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