L'ODJ Média

lodj





Autisto de Jérôme Cohen-Olivar: un regard intime et réaliste sur la maternité face à l’autisme au Maroc


Rédigé par le Vendredi 9 Janvier 2026

Avec « Autisto », Jérôme Cohen-Olivar signe un film sobre et profondément humain sur les mères célibataires d’enfants autistes au Maroc. Porté par Loubna Abidar, le long métrage adopte une mise en scène réaliste, explore le stigmate social et interroge les limites de la résilience.



Le réalisateur franco-marocain Jérôme Cohen-Olivar revient au grand écran avec une œuvre d’un ton nouveau, dépouillée de tout vernis spectaculaire. Dans son film « Autisto », soutenu par le Centre cinématographique marocain, il prend à bras-le-corps un sujet social longtemps confiné au silence: le quotidien des mères célibataires élevant des enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme.

D’une durée de 103 minutes, « Autisto » s’appuie sur un casting pluriel mené par Loubna Abidar dans un rôle central et exigeant, entourée de Sandia Tajdin, Hamza El Tahri, Abderrahim El Kharraz, Youssef Bouguerazin, Ismaïl Qanater, Raouia et Abdellah Echakiri.

Dès les premières scènes, Cohen-Olivar délaisse le rythme trépidant pour une dramaturgie du temps long, fondée sur l’accumulation émotionnelle et le poids des détails. La caméra se poste au plus près de « Malika », mère célibataire seule face à un destin lourd, responsable d’un enfant atteint d’autisme sévère. Son quotidien oscille entre les soins constants, la quête d’un revenu digne, la peur de l’avenir et le regard suspicieux d’une société encore rétive à la différence.

La tension culmine lorsqu’un drame bouleverse la vie de Malika et la contraint à une décision douloureuse: placer son fils dans une institution spécialisée. Un moment qui condense un déchirement intérieur entre l’instinct maternel et les limites de l’endurance humaine.

Sous une apparente simplicité, « Autisto » soulève des questions denses sur le sens de la maternité, l’étendue du sacrifice et le droit au fléchissement. Il met à nu le stigmate social qui poursuit les familles d’enfants différents dans un contexte où les structures d’accompagnement, éducation, santé, soutien psychologique demeurent insuffisantes.

Le choix de l’autisme résonne d’une tonalité personnelle: Jérôme Cohen-Olivar confie à Hespress que son propre fils est concerné par ce trouble. Ce vécu irrigue le film d’une sincérité sensible, sans pour autant en faire un récit autobiographique. Le cinéaste précise ne pas chercher à expliquer ou vulgariser l’autisme, mais à transmettre le sentiment de solitude, de peur et d’épuisement quotidien, loin des discours convenus et des facilités mélodramatiques.

Sur le plan de la mise en scène, « Autisto » rompt avec la veine fantastique de certains films antérieurs du réalisateur pour adopter un réalisme rigoureux. La caméra accompagne les personnages sans afféterie; la lenteur donne au temps son poids; lumière et ombre deviennent des vecteurs narratifs, figurant l’isolement et l’étouffement intérieur.

Le film accorde une place singulière au langage du silence: il devient une parole à part entière, qui épouse le monde sensoriel de l’enfant autiste et reflète la solitude de la mère dans une société bruyante mais peu à l’écoute. L’autisme n’y est pas présenté comme maladie ou défaut, mais comme un autre angle de perception du monde, un univers régi par des sons, des couleurs et des rythmes que seul « Adam » sait interpréter.

Le choix de Casablanca comme décor n’est pas fortuit: ses contrastes, son vacarme et sa rudesse offrent un contrepoint idéal au récit. La vitalité urbaine y croise l’exclusion, et la détresse individuelle s’y dissout dans le flux du quotidien.

Avec « Autisto », Jérôme Cohen-Olivar signe une expérience cinématographique feutrée mais éprouvante, qui mise sur la vérité émotionnelle et la cohérence du regard plutôt que sur l’escalade dramatique. Un film qui pose des questions lourdes sans prétendre y répondre, et confronte le spectateur à son rapport à la différence et à la responsabilité collective envers celles et ceux qui vivent hors du tempo dominant.
 





Vendredi 9 Janvier 2026

Dans la même rubrique :
< >

Breaking news | Analyses & Finance & Bourse | Plume IA | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | L'ODJ Podcasts - 8éme jour | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média | Avatar IA Live


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo