Un quatrième mandat entre fidélité et risque d’essoufflement
Mais cette reconduction, tout autant applaudie que contestée, a réveillé une vieille rengaine : faut-il juger un chef politique à la vigueur de ses idées ou au poids des années ? Parmi les critiques, un refrain lancinant revient : Benkirane serait désormais "trop vieux" pour rester au-devant de la scène.
À cela, il faut répondre sans faux-semblants : en politique, l'âge biologique est un indicateur aussi insignifiant qu'un numéro de rue. Ce qui compte, ce n’est pas l’âge civil mais l’énergie civique : la compétence, la capacité à inspirer, la richesse du réseau et l’expérience du terrain. À quoi bon exiger une carte d’identité quand c’est la carte du talent et de l'engagement qui doit primer ?
Mais défendre ce principe n’interdit pas de poser une question légitime : que signifie réellement un quatrième mandat pour Abdelilah Benkirane ? À force de rejouer les mêmes partitions, même les plus grands chefs d'orchestre finissent par lasser leur public. La longévité politique, si elle n’est pas accompagnée d’une capacité renouvelée à écouter, innover et rassembler au-delà de son cercle historique, risque de tourner à la conservation d’un capital usé plutôt qu'à son rayonnement. Or, dans un pays jeune, avide d’idées neuves et de visages moins marqués par les batailles d’hier, la reconduction de Benkirane ressemble davantage à un repli nostalgique qu’à un élan vers l’avenir. La fidélité des militants est une force, mais elle peut aussi devenir une cage dorée, où l’on célèbre la figure du chef sans s’interroger sur la dynamique collective qu’il devrait insuffler.
Certes, certes .......
Quant à la question du renouvellement des élites, elle ne peut être réduite à une opération cosmétique de lifting générationnel au sommet. Le véritable renouveau naît du frottement, du compagnonnage au sein des structures : bureaux politiques, conseils nationaux, sections locales… C’est en grimpant les échelons, en forgeant ses convictions au feu de la responsabilité, que l’on construit l'alternance de demain.
Regardons d’ailleurs la carte d'identité de nos dirigeants politiques au Maroc : la majorité évolue dans les soixante-dix ans. De rares exceptions plus jeunes confirment cette règle d'une classe politique où "l'expérience !" reste, pour l’heure, la boussole principale.
Au Maroc, nombreux sont les dirigeants de partis politiques qui semblent avoir fait leur cette devise non écrite : « J’y suis, j’y reste… parce que je suis le seul à comprendre le système ! » Chaque congrès devient alors moins un moment de respiration démocratique qu’une formalité pour reconduire l’inamovible chef, persuadé que sans lui, tout s’effondrerait. Une étrange fidélité qui confond souvent l'expérience avec la certitude absolue, et la maîtrise des rouages avec l’exclusivité du destin politique.
Alors, plutôt que de compter les années de Benkirane comme on compte les bougies sur un gâteau, mieux vaudrait compter — et débattre — des idées qu’il continue de porter auxquelles il est de plus en plus difficile à la jeunesse marocaine d'y adhérer. Je pense sincèrement que le PJD vient de perdre les élations de 2026.












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