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Big bang politique et institutionnel au Maroc


Par Aziz Boucetta

Les GenZ sont sortis dans les villes du pays pour contester, protester, manifester leur colère et présenter leurs exigences, on le sait. Depuis, jeunes et moins jeunes, toutes les générations alphabétiques attendaient une réponse du roi Mohammed VI ; il n’y en pas eu, ni au parlement ni en Conseil des ministres. En fait, le chef de l’Etat a fait mieux, il a eu une réaction, et non une simple réponse. La différence est que la réaction s’étale dans le temps et revêt plusieurs aspects, alors que la réponse reste ponctuelle et factuelle..



En deux temps donc (sans préjudice pour une suite prévisible et attendue), le roi Mohammed VI a réagi, dans son style.

Il ne lance pas un opaque « je vous ai compris ! », mais il a compris. Il a compris que le problème venait et vient toujours de la classe politique, agissant en entre-soi, renouvelant parfois les figures mais gardant toujours le même esprit. Alors il a réagi en deux temps.

1/ Dans son discours d’ouverture de la session d’automne du parlement, il a vertement tancé les personnels politiques assis devant lui, leur demandant de « faire prévaloir les intérêts supérieurs de la Nation et des citoyens », et de « faire preuve d’intégrité, d’engagement et d’abnégation au service de la patrie ». Le dire implique que ce n’est pas le cas, ou pas tout à fait, et dans les deux situations, il appartient aux partis politiques de faire leur mea culpa, voire amende honorable.

2/ Lors de la réunion du Conseil des ministres ce dimanche 19 octobre, le roi a été encore plus loin. Il a validé une proposition consistant à ouvrir la voie électorale aux jeunes de moins de 35 ans, c’est-à-dire aux jeunes estampillés Z et même un peu de Y. Désormais, il leur sera possible de participer aux élections sans l’onction, appelée investiture, d’un parti politique. Mieux encore, leurs campagnes électorales seront financées à hauteur de 75% de leurs dépenses engagées. Parmi d’autres mesures politiques, économiques et sociales en faveur des jeunes.

Qui dit mieux ? Il s’agit d’une révolution politique menée en douceur, et c’est assez rare et inédit qu’un roi fasse une révolution, mais les choses vont spectaculairement évoluer maintenant. Et si les juges s’inscrivent dans cette nouvelle logique électorale, on pourra nourrir des espoirs réels cette fois sur le scrutin législatif à venir ; en effet, si l’usage de l’argent à grande échelle est effectivement traqué et les responsables rudement châtiés, les mauvaises pratiques électorales de ces 50 dernières années, disparaîtront, ou reculeront singulièrement. Le législatif va être réformé, et par conséquent l’exécutif aussi, il ne reste donc plus que le judiciaire.

Ce que les jeunes et les moins jeunes reprochent à notre classe politique est de s’être constituée en club fermé, agissant en oligopole, parfois même en cartel. Quand on voit la complicité, la convivialité et l’amitié qui caractérisent notre classe politique (à l’exception du PJD, maintenu et se maintenant à l’écart du reste de la classe politique), on peut douter de ses bonnes intentions.

La sélection des candidats se fait par l’intérêt ou la proximité, parfois par l’argent (une investiture coûtant très cher), et les candidats élus s’inscrivent dans une démarche consensuelle et compréhensive, complaisante et parfois complice. Les politiques actuels alternent tous aux fonctions de pouvoir et se connaissent donc bien ; aujourd’hui, c’est vous, demain, ce sera nous, et tout le monde couvre et protège tout le monde, car tout le monde a des « infos » sur tout le monde. L’entre-soi, donc…

Et ainsi allait notre Maroc, jusqu’à ce que la rupture générationnelle des Z fasse tout voler en éclats, manquant d’espoir, de confiance et de perspectives heureuses. Mais entendons-nous bien, l’affaire n’est pas seulement question d’âge, car si on dit qu’on a l’âge de ses artères, en politique on a l’âge de ses neurones. Or, un candidat adoubé, jeune soit-il ou moins jeune, pense, agit et s’exprime comme ses aînés qui lui ont accordé leur onction.

Tout cela devant changer, tout cela doit changer, et tout cela va changer désormais !

Bien évidemment, il faudra s’assurer que la déclinaison de ces décisions annoncées en Conseil de ministres trouvent leur chemin dans la loi, mais il semblerait bien que c’est ce qui se produira car les propositions émanent du ministre de l’Intérieur, et rien ne laisse penser qu’elles sont le fruit d’une concertation et d’un accord avec les chefs de partis. On peut même affirmer que les ministres  présents à ce Conseil des ministres ont été surpris et certains ont même dû discrètement se cramponner à leur fauteuil pour ne pas en tomber !...

Nous reviendrons sur les conséquences à attendre de ce big bang électoral que le roi Mohammed VI a enclenché au parlement, puis déclencher en Conseil des ministres… mais d’ores et déjà, on peut prévoir que l’opération politique électorale ne sera plus jamais la même que celle que nous connaissons, à laquelle nous nous sommes habitués, et qui nous a tous privés de toute confiance dans la classe politique.

En l’absence de corps intermédiaires véritablement efficaces et fiables, les jeunes se sont adressé directement au roi, garant du bon fonctionnement des institutions constitutionnelles et de la démocratie. La réaction, comme d’habitude, comme en 2011, comme en 2017, s’est faite en étapes publiques (on ignore ce qui se passe dans les coulisses), et puisque le problème vient en grande partie de la vacuité des politiques, le roi a décidé d’insuffler du sang neuf au parlement, en permettant l’arrivée d’une relève qui, sans lui, ne se serait jamais produite.

Avec des institutions inscrites sous X, le tour est venu des Y et des Z. Ce ne sera pas facile car ils ont leur logique, mais le Maroc a cruellement besoin de ses jeunes. En effet, certains d’entre eux ont remporté un Mondial de foot et d’autres ont induit un bouleversement institutionnel.

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Mardi 21 Octobre 2025

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