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C'est vrai, Aziz Akhannouch s'en va ?!


Par Aziz Boucetta

Samedi 10 janvier s’ouvrait le Conseil national du RNI. Du normal, rien que du normal, le président s’autofélicite, les siens s’autocongratulent et on décide même de proroger le mandat des instances pour la très logique raison des échéances électorales à venir. Le parti et son président se préparent activement aux législatives de l’été.

Dimanche 11, coup de théâtre, Aziz Akhannouch annonce son retrait prochain, imminent, de la présidence bleue, et sa décision de ne pas se représenter aux législatives ; des élections en congrès extraordinaire se tiendront en février pour le remplacer à la tête du parti.



Dans n’importe quel parti au monde, la démarche n’est ni normale ni naturelle ; on ne démissionne pas quand on réussit et M. Akhannouch est persuadé de son succès !

Au RNI, parti né dans la matrice du palais un jour de 1978, le cordon ombilical n’a jamais été véritablement coupé.

Mais cela ne dérangeait personne tant que ce parti œuvrait à apporter l’appoint des majorités, qu’il complétait des gouvernements, avant de prendre de plus en plus d’importance au fil des années.

Depuis 2016, son chef est Aziz Akhannouch ; mais il est légitime de douter de la spontanéité de sa décision le 7 octobre de cette même année, soir de la débâcle électorale des Bleus, de revenir dans le parti dont il fut un jour membre, pour en devenir le président annoncé le surlendemain 9 octobre…

Salaheddine Mezouar est donc parti avec élégance en février 2017, et Aziz Akhannouch l’a remplacé en déployant depuis toute sa puissance.

Le milliardaire casablancais est arrivé avec sa logique entrepreneuriale et son management moderne.

Il a « créé la pensée » du parti, rationalisé sa gestion, lancé plusieurs instances sectorielles, dopé « ses » jeunes, respecté les délais de renouvellement des instances, tenu leurs réunions régulièrement, et il a aussi régulièrement introduit des innovations (« 100 jours, 100 villes », « parcours des réalisations »…).


Personne de rationnel ne peut nier la modernisation de ce parti sous Aziz Akhannouch.

C'est vrai, Aziz Akhannouch s'en va ?!
Mais personne de sensé ne peut également nier le trop plein d’esprit entrepreneurial au RNI, au point d’en devenir suspect des pires turpitudes.

Jamais un même gouvernement dans le Maroc moderne n’aura accumulé autant de doutes et de suspicions sur sa moralité et l’éthique de ses membres : en agriculture, dans le milieu de la santé, dans le dessalement, dans le conflit d’intérêt divers, dans l’enrichissement illicite, dans le laxisme face à la corruption, dans la gestion de clan, dans le népotisme…

Et tout cela s’est exacerbé en cette année 2025, qui a commencé avec un événement aussi intense que marquant, même s’il est passé sans heurts : le non sacrifice de l’aïd al-Adha, décidé par le roi Mohammed VI lui-même, en sa qualité de Commandeur des croyants !

Par la suite, il s’est avéré que les chiffres du cheptel n’étaient pas très précis et que les prix des viandes étaient superficiellement élevés, du fait de l’action des intermédiaires. Tout cela ramenait peu ou prou au RNI, et le RNI avait dès lors une facture à payer.

Dans son discours du Trône, le roi dénonce le Maroc à deux vitesses, et à la suite immédiate de ce discours, le ministère de l’Intérieur prend la main sur les programmes de développement territorial intégré, programmes qu’il mène depuis à marche forcée.

Dans le même temps, le même ministère lance la grande réforme du code général des élections, érigeant un nombre spectaculaire de barrières face à l’usage de l’argent dans l’élection à venir. On sait que le RNI, en campagne électorale, ne compte pas ; il devra désormais le faire.


Les manifestations de jeunes donnent le coup de grâce aux espoirs d’Aziz Akhannouch de briguer un second mandat, ce qui en temps normal est déjà très difficile au Maroc, mais on en prêtait la très forte intention et même conviction à Ssi Akhannouch…

Avec le temps, on comprend que ce mouvement d’humeur de la jeunesse aura aussi donné le coup de grâce à la carrière politique du chef du gouvernement.

On l’a clairement vu lors de ce Conseil national, commencé samedi dans l’ivresse habituelle d’un parti d’ « élites », sûr de lui et dominateur mais achevé (ou presque) dimanche dans la confusion la plus totale des membres et le cruel désarroi des « élites » du parti.

Et pourtant, cela était prévisible, si l’on en revient aux propos tenus voici deux mois par le numéro 2 du parti et président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, qui disait en public et avec force insistance qu’il allait partir, et avec lui les gens de sa génération politique. Oui, déjà…
 

Et maintenant ? Et bien maintenant, il semblerait que l’opération « mains propres » ouverte dans plusieurs directions et à bas bruit au Maroc se poursuive jusque sur la scène politique, à plus haut niveau.

Il faut le dire, jusqu’à ce dimanche, les chefs des partis, essentiellement ceux de l’opposition, étaient au bord de la crise de nerfs, surpassés de la tête, des épaules et même du nombril par Aziz Akhannouch, le RNI d’Aziz Akhannouch, les hommes et les femmes d’Aziz Akhannouch, et la fortune d’Aziz Akhannouch ! Ils pourront respirer, maintenant…
 

Quel sera le/la successeur(e) du sortant ? Si c’est un(e) membre de la direction actuelle (Mustapha Baitas, Nabila Rmili,…), tout cela ne serait qu’un grand coup d’épée dans l’eau car il/elle serait inféodé(e) au chef du gouvernement qui terminera son mandat et qui pourrait se cacher derrière lui/elle pour éviter les coups avant de réapparaître au grand jour, quand le moment sera venu.

Les noms de Chakib Benmoussa, de Moulay Hafid Elalamy ou de Mohamed Aujjar montent en cote ; avec eux, le RNI aura le choix entre le technocrate efficace, l’entrepreneur audacieux ou le politique rationnel.

Et puis il y a les outsiders, comme Nadia Fettah (une bonne techno mais moyenne politique) ou Mbarka Bouaida, la Sahraouia madrée ; elles ont pour elles l’avantage du genre, mais le genre ne devrait raisonnablement pas être un critère de choix du chef du gouvernement !

Quels seront le sort et l’avenir du RNI ?

Il existe de fortes chances qu’il redevienne ce qu’il fut, un parti d’appoint, car sans Aziz Akhannouch et ses moyens colossaux mis à la disposition du parti, le RNI ne pourra pas rééditer son exploit de 2021, et il sera déserté par toutes celles et tous ceux qui se sont arrimés au paquebot pour surfer dans son sillage et même en retirer quelques gouttelettes.


Enfin, que deviendront les partis de l’actuelle majorité, qui ont inconsidérément choisi la « responsabilité », la « loyauté » à leurs engagements de 2021 ?

Ils pourraient bien payer le prix fort de ce qui leur serait reproché comme de la complicité avec les turpitudes prêtées au RNI. Une population n’oublie pas facilement, et elle s’habitue encore moins…
 

Intervenu en plein milieu de la CAN, ce séisme politique montre que la personne d’Aziz Akhannouch commence à faire (très) sérieusement désordre dans un Maroc qui marche, qui avance, qui piaffe d’impatience d’avoir un dirigeant politique gouvernemental à la hauteur, compétent, instruit, cultivé et indiscutablement intègre pour conduire le Maroc jusqu’en 2031.
 

En effet, avec le succès de cette CAN, le monde entier a les yeux braqués sur nous et les aura davantage les années qui viennent : on ne peut plus se permettre le luxe – ou l’erreur – d’avoir un chef de gouvernement comme l’actuel ou venant d’un parti encore plus fragile que le RNI…
 

A suivre donc, car les choses ne font que commencer !
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




Mardi 13 Janvier 2026

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