Je tiens d’abord à saluer et remercier le comité d’organisation, les équipes académiques et l’ensemble des chercheurs mobilisés.
L’Université Ibn Zohr a montré qu’elle peut être non seulement un lieu de production scientifique, mais aussi un espace de clairvoyance stratégique, capable de relier recherche académique et enjeux nationaux immédiats.
La CAN 2025, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, et la Coupe du Monde 2030, qui s’annonce, constituent pour le Maroc bien plus que des rendez-vous sportifs. Elles représentent un stress-test grandeur nature de la capacité de l’État à gouverner la complexité numérique.
Billetterie, sécurité, gestion des flux, arbitrage, diffusion, marketing, données sensibles, cybersécurité, infrastructures critiques : l’ensemble de ces fonctions repose désormais sur des architectures numériques et algorithmiques.
À ce niveau, ne pas maîtriser l’IA, c’est déléguer une part de sa souveraineté en temps réel.
Les échanges de RNSPORT ont montré que l’enjeu central n’est pas l’adoption de technologies sophistiquées, mais la dépendance structurelle qu’elles peuvent créer.
Où sont hébergées les données générées chaque jour par les supporters, les systèmes de sécurité et les infrastructures sportives ? Qui audite les algorithmes en fonctionnement ?
Qui assume la responsabilité en cas de défaillance, de biais ou d’atteinte à la sécurité ? Ces questions ne sont ni théoriques ni futures. Elles se posent maintenant, sous les yeux du monde.
La CAN 2025 offre ainsi un laboratoire à ciel ouvert. Ce qui s’y joue dépasse largement le sport. Il s’agit de démontrer que le Maroc est capable de piloter ses systèmes numériques sous contrainte, d’en assurer la sécurité, la transparence et la responsabilité, sans dépendance excessive à des acteurs extérieurs.
La Coupe du Monde 2030 viendra amplifier ces enjeux à une échelle encore plus exposée, plus complexe et plus sensible.
Le congrès RNSPORT a également mis en évidence la montée en maturité de la recherche marocaine sur ces questions.
Les travaux présentés témoignent d’une capacité croissante à produire des analyses contextualisées, à penser des architectures de gouvernance adaptées aux réalités nationales, et à articuler intelligence artificielle, droit, éthique et décision publique.
Cette capacité endogène est une condition essentielle de toute stratégie de souveraineté numérique crédible.
Le sport constitue, à cet égard, un terrain d’expérimentation décisif.
La CAN 2025, en cours, et la Coupe du Monde 2030, à venir, peuvent soit renforcer une dépendance technologique, soit inaugurer une voie marocaine de gouvernance algorithmique, fondée sur la maîtrise des données, la responsabilité humaine et la transparence des décisions.
Le succès du congrès RNSPORT envoie donc un signal sans ambiguïté : le Maroc ne peut plus se contenter d’être un bon organisateur logistique.
Il doit s’affirmer comme un acteur souverain du numérique, capable de gouverner l’intelligence artificielle dans des contextes critiques et hautement exposés.
L’IA, dans ce cadre, n’est ni une mode ni un supplément d’innovation. Elle est déjà un test de maturité politique, institutionnelle et stratégique.
La CAN 2025, qui se joue aujourd’hui, et la Coupe du Monde 2030, qui se prépare, diront une chose essentielle : si le Maroc aura su transformer ces événements en démonstrateurs internationaux de souveraineté numérique, ou s’il aura accepté d’en être seulement l’hôte technique.
Par Dr Az-Eddine Bennani












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Le Maroc peut-il transformer Sunrise en machine à souveraineté industrielle?











