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CAN/TAS, la tenace condescendance à l'égard de l'Afrique


Par Aziz Boucetta.

Sitôt le verdict du jury d’appel de la CAF rendu, avec les décisions qu’on sait, c’est un flot de critiques, d’accusations et de jugements de valeur qui s’abattent d’Europe vers l’Afrique.

Les anciens démons du racisme (pas si anciens que ça d’ailleurs) remontent à la surface, et confirment qu’en football, la bête immonde a encore toute sa vigueur. Le « deux poids deux mesures » est encore là, entre ce qui se passe en Europe et qui est considéré normal et ce qui peut arriver en Afrique et qui est jugé comme « sauvage », « absurde », et « inédit » pour les commentaires les plus gentils.



Les choses sont en train d’aller trop loin dans cette affaire.

Au départ un simple jeu, une finale ordinaire… qui est devenue extraordinaire ; et puis cela a basculé en question de société, des deux sociétés marocaine et sénégalaise, avant que la finale ne soit franchement politisée par les Sénégalais.

Le président place la coupe derrière lui, sur une étagère de la bibliothèque de son bureau… la porte-parole du gouvernement à Dakar publie un communiqué dans lequel le Sénégal déclare rejeter la décision du jury d’appel, la société civile sénégalaise se mobilise, certains de ses membres se radicalisent.

Tout cela est naturel et même attendu ; c’est très tendu mais pas si grave, au final.

Or, maintenant que le dossier a été confié au Tribunal arbitral du sport (TAS), l’affaire s’est internationalisée.

C’est normal, le recours au TAS est ouvert à tout individu ou organisme qui s’estime lésé par les instances arbitrales continentales.

Pour la question de la finale CAN Maroc-Sénégal, il aurait certes été meilleur que la CAF, en jury disciplinaire puis en jury d’appel, eusse fait le travail, convenablement, emportant l’adhésion des deux parties.

Il aurait été judicieux de ne pas laisser les choses traîner deux mois, de ne pas laisser les Sénégalais s’approprier mentalement eur titre, qu’on vient leur retirer maintenant…

Et il aurait été plus conséquent pour la CAF de communiquer en temps et en heure et d’expliquer ce qu’elle fait, pourquoi et comment elle le fait.

Oui, tout cela aurait pu, aurait dû, être fait. Mais cela n’a pas été le cas, et cela ne pose pas pour autant problème.

Le Sénégal a décidé de saisir le TAS, c’est son droit, alors attendons la décision du TAS, sans vainqueur définitif de cette CAN.

Dans l’intervalle, nous avons eu ce déversement habituel de condescendance de la part des Européens et surtout de leurs médias, ou une moins une partie non négligeable d’entre eux.

CAN/TAS, la tenace condescendance à l'égard de l'Afrique
Voilà le titre du Monde : « La crédibilité du football africain abîmée » !

Et voilà donc qu’une crise ponctuelle, aussi bruyante et extraordinaire soit-elle, devient le problème de tout un continent, de 54 fédérations, de millions de licenciés et de centaines de millions de supporters !

Le Parisien y va aussi de son fiel : « L’une des pages les plus sombres de l’histoire du football africain » ; de l’art de noircir une compétition qui, pourtant, à tous points de vue, fut exemplaire.

Et si un problème s’est produit à la fin, il est en train d’être réglé au sein des instances compétentes.

Pour AP News, « le conflit a dépassé le simple cadre sportif », remettant en cause selon l’agence les liens séculaires entre les deux pays ; là, c’est la capacité à créer, voire inventer, des problèmes qui n’existent pas, car après le mouvement d’humeur du jour de la finale et des jours suivants, les échanges entre les deux pays se sont poursuivi comme avant, avec même la tenue très remarquée quelque jours après cette finale de la Haute Commission mixte Maroc-Sénégal.

On passe sur les propos de l’ancien entraîneur Claude Leroy, qui s’est peu laissé aller, l’Equipe (du « grand-guignolesque » aux fausses informations sur le Maroc) et les émissions télé qui ont à l’unisson noirci le tableau, dramatisé les choses, enfoncé un continent qui essaie d’émerger, accablé le Maroc qui aurait acheté à peu près tout le monde, occultant qu’il a eu le meilleur attaquant et le meilleur gardien de but, en plus du prix du fair play dans cette CAN.

Oubliée la fête qui a duré presque un mois au Maroc… oubliées les danses endiablées improvisées dans les rues, les gares, les stades entre fans subsahariens et supporters locaux… oubliée la sécurité quasi parfaite… oubliés les mille petits gestes consentis pour satisfaire les délégations, joueurs et staffs… oubliés la qualité des stades et l’effectif des spectateurs, sans oublier le record de recettes.

Il faut dire ici que les Marocains et leurs médias, du moins les officiels ou ceux qui ont accès au continent, n’ont pas été à la hauteur de ce qu’on aurait pu attendre d’eux pour transmettre les messages, apporter les explicatifs, répondre aux fake news…

En Europe, on est généralement autocentrés et on continue de regarder les événements dans d’autres contrées du monde à travers un prisme européen. D’où le vocabulaire dramatisant et condescendant (chaos, sombre, ridicule, effondrement, tensions diplomatiques, …).

On égratigne allégrement la dignité et la fierté de tout un continent, dans lequel on vient pourtant puiser les meilleurs joueurs (en plus des richesses naturelles, mais cela est une autre affaire).

En réponse, on peut juste observer que si l’Afrique est certes encore en retard sur certaines pratiques et habitudes, sans pour autant l’accabler, le continent européen qui, lui, maîtrise les arcanes, les codes et les us du football, est parti sur d’autres dimensions de recel, de corruption, de recel, de favoritisme… et d’une étrange et curieuse soumission face au grand frère américain dont la justice newyorkaise avait lancé ses assauts en 2016 contre la FIFA et menacé tout le monde d’arrestation.

Les Africains, eux, n’avaient rien dit pour le Heysel, hors les condoléances adressées aux concernés, pas plus qu’ils n’étaient intervenus dans l’affaire OM-Valenciennes, pas plus qu’ils ne s’impliquent, avec des mots tendancieux et hautains, quand un problème se pose quelque part en Europe, en foot ou non.

Mais tels sont les Européens, les habitants du « jardin entouré d’une jungle », pour reprendre le désormais fameux mot de Josep Borrell, ancien patron de la diplomatie européenne !

Il nous appartient donc à nous autres Africains d’apprendre à nous gérer, selon nos codes et traditions, nos lois et réglementations.

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Vendredi 27 Mars 2026

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