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CAN : excuses inédites, crise de confiance et urgence institutionnelle à la CAF


Rédigé par le Jeudi 19 Février 2026

Les mots sont lourds. Et ils marquent. En présentant publiquement ses excuses au Maroc pour « l’injustice faite à l’équipe nationale » lors de la dernière finale de la Coupe d'Afrique des nations, Samir Sobha, membre du Comité exécutif de la Confédération africaine de football, a provoqué un séisme institutionnel rare dans l’histoire récente du football africain.



Reconnaître qu’un règlement n’a pas été correctement appliqué lors d’une finale continentale revient à admettre une faille au sommet de la pyramide. Ce n’est plus une polémique de supporters, ni une simple frustration nationale : c’est un aveu interne qui interroge la gouvernance même de l’instance

Des excuses qui actent une défaillance réglementaire

Dans des déclarations accordées à The Guardian, Sobha a été sans détour : selon lui, les règles disciplinaires n’ont pas été respectées après le retrait temporaire des joueurs du Sénégal du terrain.

 

« Je veux supplier la Fédération marocaine de nous pardonner pour l’injustice qui leur a été faite. Les règles n’ont pas été respectées comme elles auraient dû l’être. Ils ont été volés », a-t-il affirmé.


D’après son interprétation des textes, le départ collectif aurait dû entraîner des avertissements automatiques, susceptibles de provoquer plusieurs expulsions chez les Lions de la Teranga. Un constat lourd, car il ne pointe pas l’absence de règles, mais leur non-application — ou leur application sélective.


Derrière ces excuses, une question persiste : comment une telle situation a-t-elle pu se produire lors de la compétition phare du continent ?


L’« affaire de la serviette » et le malaise arbitral

Cette sortie intervient après les propos d’Olivier Safari Kabene, président de la Commission des arbitres de la CAF, sur CANAL+ Sport Afrique. En attribuant une part de responsabilité aux gardiens utilisant une serviette non reconnue comme équipement officiel, il a recentré le débat sur une lecture formelle du règlement.


Pour beaucoup d’observateurs, cette approche a éludé le fond : la gestion arbitrale globale et la protection des joueurs dans les moments de tension extrême. Plus troublant encore, le responsable aurait indiqué ne pas avoir été pleinement informé de certaines désignations arbitrales durant le tournoi.


Quand l’institution semble se focaliser sur des détails périphériques alors que des décisions majeures font polémique, le message envoyé est ambigu.


Motsepe face au paradoxe de la réforme

Au même moment, le président de la CAF, Patrice Motsepe, affiche une volonté affirmée de moderniser l’institution : professionnalisation accrue, attractivité renforcée, gouvernance plus rigoureuse.


Mais un paradoxe émerge : peut-on parler de réforme quand les textes existants ne sont déjà pas appliqués avec constance ? En interne, certaines voix auraient exprimé des frustrations concernant la gouvernance et la prise de décisions hors cadres formels.


La question arbitrale revient avec insistance. Plusieurs membres auraient plaidé pour une restructuration de la commission des arbitres, estimant que les erreurs observées durant la compétition ont entamé la crédibilité de l’instance.


La modernité des règlements ne suffit pas : la cohérence de leur mise en œuvre demeure le véritable test institutionnel.


Une défiance persistante envers l’arbitrage africain

La controverse de la finale s’inscrit dans une série d’épisodes qui fragilisent l’image de l’arbitrage africain. Récemment, Hakim Ziyech a publiquement dénoncé une décision arbitrale après la défaite du Wydad de Casablanca face à AS Maniema Union en Coupe de la Confédération.


Sur Instagram, l’international marocain a évoqué un « scandale arbitral », illustrant un malaise récurrent. Au-delà de l’erreur humaine, c’est l’impression d’incohérence qui alimente la défiance : des situations similaires produisent des décisions différentes selon le contexte ou la pression.


Dans ces conditions, la perception d’équité s’effrite — et avec elle, la crédibilité de la compétition.


Une institution à la croisée des chemins

Le football africain n’a jamais été aussi visible ni aussi stratégique. Les investissements augmentent, les sélections brillent sur la scène mondiale, les infrastructures progressent.


Mais la crédibilité reste le socle de toute ambition continentale.


Les excuses de Samir Sobha constituent un précédent historique. Elles reconnaissent une erreur. Mais elles créent surtout une exigence : transparence des rapports d’arbitrage, indépendance réelle des commissions disciplinaires, communication publique détaillée des décisions sensibles.


Le football africain n’a pas seulement besoin de nouveaux textes. Il a besoin d’une culture institutionnelle fondée sur la responsabilité, la cohérence et l’équité.


À défaut, les aveux d’aujourd’hui pourraient devenir les crises de demain.







Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 19 Février 2026

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