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Cette chose si galvaudée que l’on appelle la liberté d’expression !




Par Aziz Boucetta

cette_chose_si_galvaudee_que_l_on_appelle_la_liberte_d_expression_!.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (3.94 Mo)

Soyons clairs, Omar Radi et Soulaimane Raïssouni ne doivent pas être en prison, sans jugement, depuis aussi longtemps. Ils doivent être ou jugés et condamnés, ou mis en liberté conditionnelle si leurs affaires traînent en longueur. Pour autant, leurs défenseurs (pas les avocats… les autres, sur les réseaux) ne semblent pas leur rendre service…
 

Il existe en termes et règles de droit un principe que l’on appelle l’ « autorité de la chose jugée », ce qui signifie qu’on ne peut rejeter ou contester une décision de justice. On peut la critiquer, la discuter, mais dans des formats connus et reconnus. Or, les deux jeunes hommes ne doivent pas se trouver en prison, mais chez eux. Pas parce qu’ils sont innocents – cela, c’est à la justice de le dire – mais en raison du fait que leur procès traîne en longueur et que les débats n’ont pas encore vraiment commencé.
 

Ils doivent être placés en liberté conditionnelle car ils sont présumés innocents jusqu’à preuve du contraire… Ils doivent être placés en liberté conditionnelle car c’est ainsi que devrait fonctionner la justice… ils doivent être placés en liberté conditionnelle car il y va de la « confiance », ce terme qui revient si souvent dans le rapport sur le modèle de développement… ils doivent être placés en liberté conditionnelle car le prix qu’en paye le Maroc en image extérieure et en rayonnement international est très élevé.
 

On peut donc critiquer la décision des deux juges de maintenir ces hommes – journalistes soient-ils ou pas – en détention. Militer pour leur libération conditionnelle est donc faire œuvre pie pour la grandeur de ce pays, qui passera inévitablement par celle de sa justice. Pour autant, défendre leurs droits d’accusés ne doit pas se faire par l’attaque contre la justice et la police, l’Etat ou le makhzen, les institutions et même la constitution. Ce serait l’anarchie.
 

Le Maroc est un Etat de droit, qu’on le veuille ou pas, avec certains « accommodements » parfois, comme c’est le cas dans tous les pays du monde. Et si la police a fait un pas de géant dans son ancrage citoyen, la justice peut mieux faire. Il faut y travailler, sans relâche et sans rien lâcher, mais sereinement et sans attaques personnelles.
 

Or, les défenseurs d’Omar Radi et de Soulaimane Raïssouni desservent la cause de ces derniers, pour plusieurs raisons, en plus de celle de s’aliéner des juges qui, pour être juges n’en sont pas hommes ou femmes : d’abord, ils ne tolèrent rien d’autre que leur innocence, piétinant ainsi le rôle de la justice, qui doit être respectée. Ensuite, ils n’acceptent pas l’avis contraire, et se révoltent au moindre propos qui ne les déclarerait pas innocents, foulant ainsi le principe qu’ils disent défendre, celui de la liberté d’expression. En les déclarant innocents, ils ignorent en outre les droits de leurs victimes supposées. Enfin, ils oublient qu’il y a beaucoup de jeunes et de moins jeunes en prison, pour avoir chanté ou chatté, et qui se sont retrouvés dans la pénombre d’une cellule sans que ces défenseurs les défendent.
 

Libre à chacun de dire ce qu’il veut, et libre à chacun de croire que son pays est la racaille d’entre les nations… Libre à chacun de se voir à travers le prisme de la presse d’ailleurs et de qualifier les siens de vendus et de gens de peu. Ce n’est pas grave, en dehors du fait que l’apaisement de cette société prendra plus de temps. Mais que ce chacun sache que le militantisme est une passion et un métier, car n’est pas militant qui veut, et n’est pas militant qui insulte et va chercher dans un dictionnaire ce qu’a dit Voltaire ou Robespierre.
 

Dans l’intervalle, Omar Radi, Soulaimane Raïssouni, le jeune Stalin et les autres, tous les autres, arrêtés pour avoir dérapé sur un propos, qui relève de leur libre expression si ce n’est pas de l’insulte, doivent être rapidement (mais pas précipitamment) jugés pour ceux qui attendent, et libérés pour bonne conduite ou autre pour ceux qui sont incarcérés.
 

Nous voulons continuer de croire en notre pays, de regarder avec fierté son passé et avec espérance son avenir. Et au vu des défis qui nous attendent, susciter de la joie et du bonheur n’est pas un luxe, mais une obligation.
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur https://panorapost.com




Mercredi 9 Juin 2021


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