Une frontière se protège avec des policiers, des barrières, des caméras et des accords entre États. Mais comment protège-t-on une frontière contre une rumeur ?
C’est probablement la question la plus intéressante après les déclarations de Pedro Sánchez lundi 31 août.
Le Premier ministre espagnol affirme disposer d’éléments indiquant que des réseaux russes et israéliens, conjointement à des réseaux d’extrême droite, ont participé à la diffusion de désinformation concernant la politique migratoire espagnole pendant la crise de Ceuta. Il s’appuie notamment sur des travaux du Service européen pour l’action extérieure. Sánchez n’a toutefois pas détaillé publiquement les preuves permettant d’attribuer précisément ces opérations.
La prudence s’impose donc : il s’agit à ce stade d’une accusation du gouvernement espagnol, et non d’une responsabilité définitivement établie.
Mais un autre élément est beaucoup mieux documenté.
Des vidéos diffusées sur Instagram, TikTok et d’autres plateformes affirmaient notamment, à tort, qu’un migrant rejoignant Ceuta par la mer ne pourrait pas être renvoyé au Maroc. Les autorités espagnoles considèrent que ces contenus ont contribué à encourager les départs.
Sánchez écarte la responsabilité de Rabat
Pour le Maroc, la déclaration comporte un élément politiquement majeur. Pedro Sánchez a explicitement rejeté les accusations selon lesquelles les autorités marocaines auraient volontairement facilité l’afflux.
Il affirme qu’aucun service de renseignement avec lequel Madrid coopère ne lui a signalé d’implication des autorités marocaines et insiste sur la nécessité de résoudre la crise par la coopération avec Rabat.
C’est une clarification importante dans un dossier qui avait rapidement alimenté soupçons et controverses. Mais elle ouvre surtout un autre front.
Une rumeur peut désormais déplacer des foules
Plus de 72.000 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre le Maroc et Ceuta les 30 et 31 juillet, selon les chiffres cités par Reuters. Environ 5.000 resteraient encore dans l’enclave.
L’ampleur même de l’événement oblige à regarder autrement la désinformation.
Une fake news n’est plus seulement un contenu faux que l’on partage sur un téléphone.
Lorsqu’elle concerne une frontière supposément ouverte, une possibilité de régularisation ou l’impossibilité d’un retour, elle peut provoquer un comportement collectif physique.
Et c’est ici que le sujet devient stratégique.
Les États ont appris à surveiller leurs frontières terrestres et maritimes. Ils doivent désormais surveiller également l’espace informationnel qui les entoure. Pour le Maroc comme pour l’Espagne, la leçon de Ceuta pourrait donc dépasser largement la migration.
Demain, une opération de désinformation pourrait concerner une pénurie, une banque, une catastrophe, une élection ou un mouvement social.
La frontière la plus vulnérable n’est alors peut-être plus celle que l’on voit sur une carte. C’est celle qui sépare, sur nos écrans, une information crédible d’une rumeur suffisamment convaincante pour faire agir des milliers de personnes.
Le Premier ministre espagnol affirme disposer d’éléments indiquant que des réseaux russes et israéliens, conjointement à des réseaux d’extrême droite, ont participé à la diffusion de désinformation concernant la politique migratoire espagnole pendant la crise de Ceuta. Il s’appuie notamment sur des travaux du Service européen pour l’action extérieure. Sánchez n’a toutefois pas détaillé publiquement les preuves permettant d’attribuer précisément ces opérations.
La prudence s’impose donc : il s’agit à ce stade d’une accusation du gouvernement espagnol, et non d’une responsabilité définitivement établie.
Mais un autre élément est beaucoup mieux documenté.
Des vidéos diffusées sur Instagram, TikTok et d’autres plateformes affirmaient notamment, à tort, qu’un migrant rejoignant Ceuta par la mer ne pourrait pas être renvoyé au Maroc. Les autorités espagnoles considèrent que ces contenus ont contribué à encourager les départs.
Sánchez écarte la responsabilité de Rabat
Pour le Maroc, la déclaration comporte un élément politiquement majeur. Pedro Sánchez a explicitement rejeté les accusations selon lesquelles les autorités marocaines auraient volontairement facilité l’afflux.
Il affirme qu’aucun service de renseignement avec lequel Madrid coopère ne lui a signalé d’implication des autorités marocaines et insiste sur la nécessité de résoudre la crise par la coopération avec Rabat.
C’est une clarification importante dans un dossier qui avait rapidement alimenté soupçons et controverses. Mais elle ouvre surtout un autre front.
Une rumeur peut désormais déplacer des foules
Plus de 72.000 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre le Maroc et Ceuta les 30 et 31 juillet, selon les chiffres cités par Reuters. Environ 5.000 resteraient encore dans l’enclave.
L’ampleur même de l’événement oblige à regarder autrement la désinformation.
Une fake news n’est plus seulement un contenu faux que l’on partage sur un téléphone.
Lorsqu’elle concerne une frontière supposément ouverte, une possibilité de régularisation ou l’impossibilité d’un retour, elle peut provoquer un comportement collectif physique.
Et c’est ici que le sujet devient stratégique.
Les États ont appris à surveiller leurs frontières terrestres et maritimes. Ils doivent désormais surveiller également l’espace informationnel qui les entoure. Pour le Maroc comme pour l’Espagne, la leçon de Ceuta pourrait donc dépasser largement la migration.
Demain, une opération de désinformation pourrait concerner une pénurie, une banque, une catastrophe, une élection ou un mouvement social.
La frontière la plus vulnérable n’est alors peut-être plus celle que l’on voit sur une carte. C’est celle qui sépare, sur nos écrans, une information crédible d’une rumeur suffisamment convaincante pour faire agir des milliers de personnes.












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