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Conseil de ministres et développement : l’heure de vérité pour les partis


Par Aziz Boucetta.

Rabat, 9 avril 2026, Conseil de ministres, donc présidé par le roi Mohammed VI… conseil de ministres sonnant la fin de la séquence GenZ et le début de la concrétisation des promesses après la fin du processus d’expression des besoins et des formalisations des demandes.

En effet, parmi les points à l’ordre du jour du conseil, le lancement effectif des Programmes de développement territorial intégré, ou PDTI, énoncés par le roi avant même les manifestations des jeunes durant le mois d’octobre.



Tout est parti du discours du Trône 2025, quand le roi Mohammed VI avait prononcé cette phrase lourde de sens et très intuitive : « Il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses ».

Ce rude constat implique qu’il y a bien un Maroc à deux vitesses et il faut que cela cesse.

Et le Maroc a deux vitesses, longuement expliqué par le souverain, consiste en ce que « certaines zones, surtout en milieu rural, endurent encore des formes de pauvreté et de précarité, du fait du manque d’infrastructures et d’équipements de base ».

D’où l’idée – et la nécessité – d’une « approche en termes de développement territorial intégré ».

Puis, dans le discours prononcé devant le parlement, le mois d’octobre de la même année, le roi avait affirmé que la nouvelle génération de PDTI porte sur des « enjeux majeurs qui débordent la limite temporelle de l’action gouvernementale et parlementaire ». Immédiatement après ce discours, branle-bas de combat au sein de l’administration territoriale ; les walis et gouverneurs ont tous organisé des séances d’écoute avec les populations, recueillant les demandes, listant les difficultés, notant les solutions… fixant des diagnostics.

Tout cela devait en principe aboutir à un programme national décliné régionalement et en province.

Et nous en arrivons à ce Conseil des ministres du 9 avril lors duquel la question des PDTI représente à elle seule la moitié du communiqué publié à son issue, entre autres questions traitées !

Il s’agit rien moins qu’un programme national, nécessitant 210 milliards de DH sur une période de huit ans, puisqu’il s’agit d’un « enjeu majeur dépassant la limite temporelle de l’action gouvernementale et parlementaire » et, précision utile, représentant 15% du PIB national annuel.

Conseil de ministres et développement : l’heure de vérité pour les partis
Tout y passe, en effet : après l’établissement d’un diagnostic exhaustif des besoins (emploi, éducation, santé, eau, …), l’Intérieur a mis en place un plan global pour la concrétisation du programme, de la gouvernance à l’évaluation, de la mise en œuvre à la communication, du suivi serré de l’exécution à la mise en pratique des techniques du secteur privé, de la reddition des comptes à la digitalisation des process.

Sur le plan opérationnel, l’approche est double, de bas en haut pour l’élaboration et le suivi, et de haut en bas, pour la coordination générale et de la mobilisation des financements nécessaires.

L’administration est donc impliquée à tous les niveaux, la présidence du gouvernement (avec les ministres concernés), les wilayas de région et les préfectures/provinces, et les présidences de régions.

Les ministres qui étaient là, c’est-à-dire tous, et surtout les ministres politiques (à distinguer des régaliens) ont compris que les programmes électoraux de leurs partis respectifs devront inclure ces dispositions énoncées dans les grandes lignes lors du conseil de ministres du 9 avril.

Moins de six mois avant les élections législatives, le ton est donné et l’heure des choses sérieuses a sonné, et puisqu’il s’agit de développement territorial, il est normal que l’administration territoriale soit impliquée et même très fortement impliquée… si fortement qu’on peut se demander si ce n’est pas exclusivement !

La réponse à cette question dépendra donc de la qualité des futurs élus.

Le train à vitesse augmentée du ministère de l’Intérieur va donc démarrer six mois avant le scrutin législatif et 18 mois avant les élections locales et régionales, et de là, les choses deviennent simples : soit les partis politiques engagent des candidats compétents, sérieux et intègres aux élections législatives pour que le Maroc puisse disposer de députés à même de comprendre et de réagir aux enjeux, et la démocratie marocaine s’en portera mieux, soit ce n’est pas le cas, et il reviendra alors aux cadres de l’administration territoriale de faire le job !

Et dans ce cas, il ne servira plus à rien aux partis de fulminer contre « la mère des ministères » et son omnipotence, de fulminer contre les walis et de multiplier les jérémiades inutiles et lassantes.

Et dans un an et demi, quand les élections des présidents des villes et des régions se tiendront, ce programme national aura déjà avancé de 18 mois.

Les nouveaux arrivants devront être, aussi, des personnalités fortes qui pourront assurer leurs fonctions et assumer leurs décisions face à des walis et gouverneurs lancés à plein régime et peu soucieux de perdre du temps dans les équilibres politiques et de se perdre dans les calculs politiciens.

La décision royale de lancer le programme national des PDTI rappelle peu ou prou la question du Modèle de développement.

Le souverain avait sollicité à plusieurs reprises les partis politiques pour proposer un modèle, mais face à leurs atermoiements, il avait fini par nommer une commission et le NMD était né 18 mois après.

Pour le développement territorial, le roi Mohammed VI avait tiré la sonnette d’alarme plus d’une fois, portant l’estocade avec le rude constat du « Maroc à deux vitesses ».

Puis les choses se sont accélérées plus tard par le mouvement d’humeur des jeunes, sur l’ensemble du territoire.

Dès lors, il devenait urgent d’agir, et l’action s’est faite en plusieurs temps, le rétablissement de l’ordre, l’ouverture des élections aux jeunes, l’organisation des séances d’écoute pour établir le diagnostic et, enfin, le lancement de ce programme national.

Pendant ce temps, les partis politiques regardaient, se faisaient mutuellement peur et piétinaient sur place, causant de temps en temps et glosant de loin en loin sur les jeunes...

Aujourd’hui, le Maroc va démarrer une marche forcée vers le développement intégré pour mettre le pays à la même vitesse d’avancement.

Cela s’étalera sur les huit prochaines années, c’est-à-dire sur un mandat gouvernemental et demi.

La balle est désormais dans le camp des partis politiques et de leurs chefs, qui devront décider si dans les prochaines années notre démocratie fonctionnera sous la direction, moyennement démocratique mais efficace, de l’Intérieur ou avec la présence, nécessaire mais encore poussive, des partis politiques.

A ces derniers de décider si les choses se feront avec ou sans eux. La population, elle, ne se soucie pas de qui fera mais de ce qui se fera !

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Lundi 13 Avril 2026

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