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Croissance marocaine : un début 2026 plus solide, mais déjà sous la menace de l’énergie


Rédigé par La rédaction le Jeudi 16 Avril 2026

Le Maroc aborde 2026 avec un rythme de croissance plus soutenu qu’à la fin de 2025. La note de conjoncture du HCP décrit une économie portée par le rebond agricole, la tenue des services et une demande intérieure encore robuste. Mais ce tableau plus favorable reste fragile : la remontée des tensions géopolitiques et des prix énergétiques pourrait rapidement brouiller l’horizon.



Une fin d’année 2025 tenue par la consommation et l’investissement

Au quatrième trimestre 2025, la croissance du PIB s’est établie à 4,1%, contre 4% un trimestre plus tôt. Ce léger mieux s’est construit sur une base surtout intérieure. La consommation des ménages a progressé de 4,4%, soutenue par l’amélioration de l’emploi et des salaires. L’investissement, lui, est resté vigoureux à 8,5%, même s’il a commencé à ralentir après le pic de 15% observé au troisième trimestre. Dans le même temps, les industries manufacturières ont surpris positivement avec une hausse de 4,1%, tirée notamment par l’agroalimentaire et la pharmacie.

Le commerce extérieur, en revanche, a continué à freiner l’activité. Les exportations n’ont progressé que de 6,1%, alors que les importations ont bondi de 10%. Autrement dit, la machine intérieure a tourné, mais avec un coût externe élevé. Le document note toutefois un léger allégement de la facture commerciale, réduite de 0,2 point de PIB grâce au reflux relatif des prix à l’import. Sur le plan macroéconomique, un autre signal mérite attention : le besoin global de financement de l’économie est revenu à 11,6 milliards de dirhams, contre 12,3 milliards le trimestre précédent, tandis que le déficit budgétaire s’est allégé.

Premier trimestre 2026 : le retour spectaculaire de l’agriculture

Le véritable changement intervient au premier trimestre 2026. Le HCP estime que la croissance aurait atteint 5% en glissement annuel. Cette accélération repose d’abord sur un choc pluviométrique très favorable. L’activité agricole aurait progressé de 14,8%, apportant à elle seule 1,5 point à la croissance, contre 0,5 point auparavant. La pluviométrie aurait été excédentaire de 86,6% par rapport à une année normale, ce qui change radicalement la donne pour le monde rural et, par diffusion, pour l’ensemble de l’économie.

Hors agriculture, le rythme reste néanmoins correct, à 3,8%. Les services continuent d’avancer à 4,3%, tandis que l’industrie manufacturière tient bon. En revanche, les industries extractives et la construction restent plus fragiles. Côté demande, la dynamique demeure présente mais se normalise : la demande intérieure progresserait de 4,8%, contre 6,2% au trimestre précédent. La consommation des ménages resterait solide à 4,6%, alors que l’investissement poursuit son atterrissage progressif après plusieurs trimestres de forte expansion.

Inflation en repli, crédit en hausse, Bourse en correction

Autre fait marquant : l’inflation globale serait retombée à -0,1% au premier trimestre 2026, sous l’effet d’un recul des prix alimentaires de 1,1%. Les baisses de l’huile d’olive et des viandes ont compensé la hausse des produits frais. L’inflation sous-jacente ressortirait même à -1%, un chiffre inhabituel qui traduit une détente réelle, au moins temporaire, sur les prix. Parallèlement, les conditions monétaires restent souples : les créances sur l’économie augmenteraient de 8,2%, les réserves officielles de 25,2%, et Bank Al-Maghrib maintiendrait son taux directeur à 2,25%.

Le tableau n’est pourtant pas uniformément positif. Le marché boursier corrige après l’envolée de 2025 : au premier trimestre 2026, le MASI aurait reculé de 3,4% en glissement annuel, tandis que le volume des transactions aurait chuté de 19,7%. Le dirham, lui, se serait déprécié de 3,5% face à l’euro mais apprécié de 7% vis-à-vis du dollar.

Un deuxième trimestre prometteur, mais sous condition

Pour le deuxième trimestre 2026, le HCP table sur une croissance de 4,7%, avec un Brent attendu entre 85 et 100 dollars le baril dans son scénario central. Le pari est clair : si les tensions énergétiques se stabilisent, le Maroc peut prolonger sa séquence de reprise. Mais si le choc pétrolier s’aggrave, la facture pourrait vite remonter, en particulier pour la pêche, la chimie, la métallurgie et les matériaux de construction. En clair, l’économie marocaine respire mieux, mais elle n’est pas encore à l’abri d’un retour du vent contraire.





Jeudi 16 Avril 2026

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