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Après Alibaba et WeWork, le pari ultime de SoftBank s’appelle intelligence artificielle


Rédigé par le Vendredi 14 Août 2026

Masayoshi Son n’a jamais vraiment dirigé SoftBank comme un patron classique. Il l’a dirigé comme on construit un empire : en avançant vite, en pariant gros, en acceptant les défaites et en considérant chaque rupture technologique comme une occasion de changer d’échelle.



SoftBank : Masayoshi Son mise presque tout sur l’IA… génie ou folie financière ?

Cette méthode a produit des succès spectaculaires. Elle a aussi provoqué des accidents retentissants.

Mais c’est précisément ce qui rend SoftBank si intéressant aujourd’hui : le groupe concentre à lui seul les promesses et les risques du capitalisme technologique contemporain.

Son a bâti sa carrière sur une conviction simple : il ne faut pas seulement investir dans les entreprises qui gagnent aujourd’hui, il faut identifier celles qui pourraient dominer demain.

C’est ainsi qu’un investissement précoce dans Alibaba est devenu l’un des paris les plus célèbres de l’histoire de la tech. Ce n’était pas simplement un bon placement. C’était la preuve qu’une intuition juste, prise très tôt, pouvait transformer quelques dizaines de millions en dizaines de milliards.

Cette réussite a façonné toute la psychologie d’investissement de SoftBank.

Le problème, c’est qu’un grand succès peut aussi devenir dangereux.

Lorsqu’un investisseur a déjà eu raison contre tout le monde, il peut finir par croire que son intuition est supérieure aux signaux du marché. La frontière entre vision et excès de confiance devient alors extrêmement mince.

WeWork fut précisément cette frontière.

L’investissement massif dans cette entreprise avait une logique : révolutionner l’immobilier de bureaux grâce à une plateforme mondiale. Mais la croissance rapide, les valorisations extravagantes et la faiblesse du modèle économique ont fini par exposer les limites d’une stratégie fondée sur la foi dans le fondateur et dans la vitesse.

SoftBank a payé cher cette erreur.

Pourtant, Son n’a pas changé de philosophie. Il l’a radicalisée.

Aujourd’hui, le cœur de son pari tient en deux lettres : IA.

SoftBank ne veut plus seulement investir dans des startups technologiques. Il veut devenir l’un des grands architectes financiers et industriels de l’infrastructure mondiale de l’intelligence artificielle.

C’est là que la stratégie prend une dimension beaucoup plus profonde.

L’IA ne repose pas seulement sur des logiciels ou des modèles. Elle repose sur une chaîne entière : semi-conducteurs, data centers, énergie, réseaux, cloud, robotique, centres de calcul et infrastructures physiques.

Et SoftBank est positionné sur plusieurs étages de cette chaîne.

Arm, notamment, constitue une pièce essentielle. Son architecture est omniprésente dans les appareils électroniques et gagne progressivement du terrain dans des segments stratégiques liés aux serveurs et à l’IA.

À cela s’ajoutent les ambitions dans les data centers, les infrastructures et les grands acteurs de l’intelligence artificielle.

Le raisonnement de Son est assez simple : si l’intelligence artificielle devient effectivement l’infrastructure centrale de l’économie mondiale, celui qui finance et contrôle une partie de ses fondations peut créer une puissance économique considérable.

Le problème est que ce pari coûte extrêmement cher.

L’IA est une industrie particulièrement capitalistique.

Les modèles deviennent plus coûteux à entraîner. Les centres de données consomment énormément d’électricité. Les puces avancées sont rares et chères. Les investissements nécessaires se chiffrent en dizaines, voire centaines de milliards de dollars.

SoftBank doit donc arbitrer entre vision et bilan financier.

Et c’est là que son modèle devient fragile.

Le groupe a souvent utilisé la dette comme accélérateur. Cette stratégie fonctionne lorsque les valorisations progressent rapidement. Elle devient beaucoup plus dangereuse lorsque les marchés corrigent.

La finance technologique fonctionne alors comme un multiplicateur.

Quand les actifs montent, l’effet de levier amplifie les gains.

Quand ils baissent, il amplifie les pertes.

Le cas SoftBank illustre donc un paradoxe fondamental : pour financer le futur, il faut accepter un risque financier très présent.

La deuxième faiblesse concerne la gouvernance.

SoftBank reste extraordinairement dépendant de la personnalité de son fondateur.

Masayoshi Son n’est pas seulement président ou directeur stratégique. Il constitue presque la doctrine du groupe.

Son intuition, sa capacité à convaincre les investisseurs et sa vision de long terme sont devenues des actifs immatériels de SoftBank.

Mais une entreprise ne peut pas éternellement dépendre d’un seul homme.

C’est pourquoi la question de la succession devient presque aussi importante que celle de l’intelligence artificielle.

Comment transformer une vision personnelle en institution durable ?

Beaucoup d’empires entrepreneuriaux connaissent cette difficulté.

Les fondateurs exceptionnels construisent parfois des entreprises si fortement alignées sur leur personnalité que leur départ provoque une crise identitaire.

SoftBank devra tôt ou tard répondre à cette question.

Et le Maroc ?

Le cas SoftBank devrait intéresser particulièrement le Maroc.

Notre pays cherche aujourd’hui à renforcer son positionnement dans l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les data centers, les infrastructures cloud et l’innovation.

Mais l’exemple de SoftBank rappelle une chose essentielle : l’IA ne se construit pas uniquement avec des développeurs. Elle se construit aussi avec du capital patient, de l’énergie, des infrastructures et une vision industrielle.

Le Maroc peut développer des usages d’intelligence artificielle sans investir immédiatement des centaines de milliards de dollars. Mais s’il veut devenir un véritable hub africain, il devra penser toute la chaîne : énergie compétitive, connectivité internationale, data centers, compétences, cybersécurité, financement et accès aux technologies avancées.

Le principal enseignement est peut-être celui-ci : il ne suffit pas d’utiliser l’IA.

Il faut décider quelle partie de son économie on veut maîtriser.

SoftBank a choisi de parier sur les infrastructures et les plateformes qui pourraient alimenter la prochaine révolution industrielle.

Le Maroc devra lui aussi choisir ses batailles.

Mais avec une différence fondamentale : il devra le faire en calibrant soigneusement le risque.

Car la vision est nécessaire.

L’excès de vision, lui, peut devenir extrêmement coûteux.

SoftBank est aujourd’hui à un moment fascinant de son histoire.

Si l’intelligence artificielle transforme réellement l’économie mondiale comme Masayoshi Son l’anticipe, ses investissements actuels pourraient devenir certains des actifs les plus précieux de la prochaine décennie.

Mais si les valorisations s’emballent, si les coûts explosent ou si certaines entreprises échouent, SoftBank pourrait aussi découvrir une nouvelle version du scénario WeWork.

C’est toute la singularité de Masayoshi Son.

Il ne cherche pas simplement à battre le marché.

Il cherche à investir dans le monde avant qu’il n’existe.

Et ce type de pari produit rarement des résultats moyens.





Mohamed Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 14 Août 2026

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