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De VivaTech aux PME marocaines : pour une IA située, utile et souveraine


Par Dr Az-Eddine Bennani.

VivaTech 2026 met une nouvelle fois l’intelligence artificielle au cœur de la transformation numérique mondiale. À Paris, les grandes plateformes, les startups, les investisseurs, les grandes entreprises et les décideurs publics exposent les technologies qui transforment déjà l’économie, les organisations, les métiers et les usages. L’IA y apparaît comme un enjeu de productivité, de souveraineté, d’innovation, de compétitivité et de gouvernance.



Mais la vraie question, pour le Maroc, n’est pas seulement de savoir ce qui se présente dans les grands rendez-vous technologiques internationaux.

La vraie question est de savoir comment ces technologies peuvent devenir utiles à nos entreprises, à nos PME, à nos artisans, à nos commerçants, à nos agriculteurs, à nos coopératives, à nos régions et à nos métiers. VivaTech montre la puissance de l’offre technologique mondiale.

Le Maroc doit poser la question de l’usage, de l’appropriation et du pilotage. Il ne suffit pas d’admirer les innovations.

Il faut les comprendre, les adapter, les gouverner et les inscrire dans les réalités économiques, sociales, linguistiques et territoriales du pays. Depuis plusieurs années, j’insiste sur une idée simple : l’intelligence artificielle ne doit pas être présentée comme une magie.

Elle est une évolution des dispositifs numériques issus de la science informatique, des systèmes d’information, des logiciels, des données, des réseaux et des capacités de calcul.

Elle prolonge les ERP, les plateformes, les outils de gestion, les systèmes décisionnels et les applications métiers.

Mais elle introduit aussi une transformation plus profonde : elle permet d’assister, de recommander, de générer, de comparer, de simuler, d’automatiser et parfois d’agir à travers des agents numériques.

Cette transformation ne doit pas être réservée aux grandes entreprises.

Elle concerne aussi les PME, les TPE, les entreprises familiales, les artisans, les commerçants, les agriculteurs et les coopératives.

Ces acteurs ne demandent pas seulement des discours sur l’IA générative. Ils demandent des réponses simples et utiles : comment mieux vendre, mieux produire, mieux former, mieux exporter, mieux gérer les stocks, mieux comprendre les clients, mieux réduire les coûts, mieux respecter les règles, mieux protéger les données et mieux décider.

Le Maroc peut jouer un rôle positif s’il aborde l’IA à partir de ses propres réalités. Notre pays connaît la réalité des grandes entreprises, mais aussi celle des petites organisations, des métiers traditionnels, des territoires, des langues multiples et des régions.

Cette réalité est essentielle. Une IA utile au Maroc ne peut pas être seulement importée sous forme de modèles, de plateformes ou de solutions standardisées. Elle doit être située.

Une IA située part des données locales, des langues réellement utilisées, des métiers, des usages, des contraintes et des besoins des entreprises. Un modèle entraîné avec des données éloignées des réalités marocaines ne peut pas répondre pleinement aux besoins de nos entreprises.

Les données doivent être contextualisées. Les langues doivent être prises en compte. Les métiers doivent être compris. Les régions doivent être intégrées. C’est pourquoi l’IA dont le Maroc a besoin doit être responsable, frugale et enracinée.

Responsable, parce qu’elle touche aux données, aux décisions, aux emplois, à la formation et aux droits. Frugale, parce que toutes les organisations n’ont pas les moyens des grandes plateformes. Enracinée, parce qu’elle doit partir des métiers, des territoires, des langues et des usages.

C’est aussi une question de souveraineté numérique.

La souveraineté ne consiste pas seulement à posséder des infrastructures ou des modèles. Elle consiste à comprendre, choisir, adapter, piloter et ne pas devenir dépendant sans le savoir. Le risque existe.

Après les ERP, qui ont souvent lié durablement les organisations à de grands fournisseurs, les solutions dites IA peuvent créer une dépendance plus forte encore si les données, les processus, les indicateurs et les décisions deviennent captifs.

Les entreprises doivent donc être accompagnées pour comprendre les outils, évaluer les fournisseurs, maîtriser leurs données, préserver leur autonomie et construire leur propre capacité de pilotage.

C’est pourquoi le passage de VivaTech au terrain marocain est important. Il ne s’agit pas d’opposer l’innovation mondiale aux réalités locales. Il s’agit de les relier. Paris expose les technologies.

Le Maroc doit poser la question de leur appropriation par les PME, les métiers, les régions, les universités, les écoles, les centres de formation et les acteurs économiques. Le Maroc ne doit pas se présenter comme un simple consommateur de solutions.

Il peut se présenter comme un pays capable d’expérimenter, d’adapter et de construire une voie propre. Une voie qui relie l’Europe, l’Afrique et l’espace francophone.

Une voie qui fait dialoguer innovation technologique, économie réelle, formation, régions, PME, métiers et souveraineté numérique.

Mais cette ambition doit être accompagnée de recommandations concrètes.

La première recommandation est de créer des dispositifs d’accompagnement IA pour les PME. Leur rôle ne serait pas de vendre des solutions, mais d’aider les entreprises à comprendre leurs besoins, à identifier des cas d’usage simples, à mesurer les risques et à progresser par étapes.

La deuxième recommandation est de mettre en place un baromètre marocain de l’IA dans les entreprises.

Il faut mesurer l’adoption réelle de l’IA par secteur, par fonction, par taille d’entreprise et par région. Sans indicateurs, le débat reste général. Avec des indicateurs, il devient pilotable.

La troisième recommandation est de partir des cas d’usage. Il faut aider les entreprises à utiliser l’IA pour la relation client, la gestion des stocks, la prospection commerciale, la traduction, la production de contenus, les devis, la formation, la conformité, l’export, le reporting et l’analyse financière.

La quatrième recommandation est de former les dirigeants. Un chef d’entreprise n’a pas besoin de devenir ingénieur en intelligence artificielle, mais il doit comprendre les principes, les risques, les coûts cachés, les dépendances, la valeur des données et les conditions d’un usage responsable.

La cinquième recommandation est de promouvoir des données situées. Les entreprises doivent apprendre à organiser, protéger, documenter et exploiter leurs propres données. L’IA ne peut pas être réellement utile si elle ne comprend pas les contextes dans lesquels les entreprises agissent.

La sixième recommandation est de relier l’IA aux régions. Les régions ne doivent pas être de simples espaces administratifs. Elles peuvent devenir des espaces de données, d’expérimentation, de comparaison et de pilotage.

Une politique IA utile doit pouvoir observer ce qui se passe dans l’industrie, l’agriculture, l’artisanat, le tourisme, la logistique, l’éducation, la santé et les services, région par région.

La septième recommandation est de prendre au sérieux la question des langues. Dans notre société, la langue peut être utilisée pour inclure, mais aussi pour exclure ou rabaisser.

Cela vaut pour l’arabe, le tamazight, le français et parfois l’anglais. L’IA ne doit pas ajouter une barrière supplémentaire. Elle doit devenir un support d’accès, de traduction, de simplification et de valorisation des idées.

La huitième recommandation est de faire de l’IA un sujet de pilotage public et économique, et non seulement un sujet de communication. Après les annonces, il faut des diagnostics, des formations, des pilotes régionaux, des cas d’usage, des indicateurs, des partenariats et un suivi.

L’IA ne doit pas rester un mot dans un programme. Elle doit devenir une capacité concrète.

Le lien entre VivaTech et le Maroc est donc clair.

VivaTech montre l’accélération technologique. Le Maroc doit organiser l’appropriation économique. VivaTech expose l’IA. Le Maroc doit l’ancrer dans les PME, les métiers, les régions, les langues et les usages. L’enjeu n’est pas d’adopter l’IA par effet de mode.

L’enjeu est de construire une intelligence économique située, capable de servir les entreprises, les territoires et les femmes et les hommes qui font vivre l’économie réelle. L’IA ne doit pas uniformiser nos organisations.

Elle doit les aider à mieux décider, mieux produire, mieux transmettre, mieux exporter et mieux maîtriser leur avenir numérique.

C’est peut-être cela, la vraie souveraineté numérique : ne pas regarder l’IA de loin, ne pas la subir, ne pas l’imiter mécaniquement, mais la comprendre, l’adapter, la gouverner et l’inscrire dans les réalités concrètes des PME, des métiers et des régions marocaines.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Lundi 22 Juin 2026


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