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De la théorie du ruissellement




A lire ou à écouter en podcast :

de_la_theorie_du_ruissellement.mp3 De la théorie du ruissellement.mp3  (5.28 Mo)

                        « La lutte contre les inégalités sociales est le grand dessein collectif qu'une nation devrait se donner »
 Jacques De Bourbon Busset
 
                            « Tant que la pauvreté, l'injustice et les inégalités flagrantes persistent dans notre monde, aucun de nous ne peut vraiment se reposer. »
Nelson Mandela

La théorie du ruissellement (de l'anglais trickle down economics) est une théorie économique libérale qui veut que, hors destruction ou thésaurisation, les revenus des personnes les plus riches sont, en fin de compte, réinjectés dans l'économie au moyen de la consommation et de l'investissement. Les revenus des plus riches contribueraient à la croissance de l'activité économique et à la création d'emplois et profiteraient ainsi à l'ensemble de la société.

Dans les années 80, Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni en ont usé pour justifier leur politique de baisse d'impôts et de réduction des dépenses sociales de l'Etat.

David Stockman, Directeur du budget de Ronald Reagan expliquait en 1981 "Donner les réductions d'impôts aux tranches supérieures, aux individus les plus riches et aux plus grandes entreprises, et laisser les bons effets "ruisseler" à travers l'économie pour atteindre tout le monde."

Si la théorie du ruissellement n'est défendue publiquement par personne, elle est souvent recommandée par certains organismes financiers et appliquée par des pouvoirs libéraux.

Les inégalités pourraient-elles créer la croissance ?

Il est établi que les inégalités entravent la hausse de la productivité ce qui renforce les inégalités. Ce cercle vicieux auquel s’ajoutent la financiarisation de l’économie, le Covid 19 et les défis sociaux de la révolution numérique pour peser sur la croissance.

Le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres dans la majorité des pays mais aussi entre pays cette dernière décennie suscite une opulence sans bornes et une misère sans fond.

Nizar Baraka, SG du PI, avait démontré la faillite de la théorie du ruissellement en se référant aux résultats en terme de croissance au Maroc. L’appauvrissement des classes moyennes s’est accompagné de la chute de la croissance. C’était, il faut le préciser, bien avant Covid.

Une étude du FMI avait montré que les inégalités sont l'une des causes du ralentissement de la croissance mondiale. Augmenter de 1 point de PIB les revenus des 20 % les plus riches fait baisser la croissance de 0,08 point dans les cinq années qui suivent.  Augmenter de 1 point les 20 % les plus pauvres l'accélère de 0,38 point. L'OCDE avait estimé que « le creusement des inégalités a coûté plus de 10 points de croissance au Mexique et à la Nouvelle-Zélande, près de 9 points au Royaume-Uni, de 6 à 7 points aux Etats-Unis, à l'Italie et à la Suède ». A l'inverse, « la situation plus égalitaire a contribué à faire progresser le PIB par habitant en Espagne, en France et en Irlande ».

Les inégalités ne produisent pas de croissance, elles la freinent. Le ruissellement ne se produit pas car il y a trop de fuites. Outre la thésaurisation et la destruction il y a qu’aujourd’hui avec la globalisation financière, la fuite des capitaux, les importations destructrices d’emplois, les accords de libre- échange…les fuites se multiplient et se cumulent.

Les crédits inter-entreprises représentaient avant Covid  plus de 420 milliards de DH, une bonne partie serait due aux grandes qui ne payent pas les petites. Quand le volume des crédits inter-entreprises dépasse l’encours des prêts bancaires aux sociétés non financières privées, il n’y a pas de ruissellement.

Il faut constater que si ruissellement il y a, il ne profitera pas seulement aux voisins mais aussi et surtout aux paradis fiscaux et sociaux.  Si l’eau ruisselle chez le voisin, l’argent va plus loin.

Ruissellement, croissance et emplois ?

En supposant même que le ruissellement peut favoriser la croissance en érigeant des barrières pour limiter les fuites (ce qui n’est pas la tendance), il est facile de constater que la croissance n’est plus synonyme de création d’emplois, du moins pas suffisamment pour réduire les inégalités.

Elle le sera de moins en moins avec les avancées technologiques. La compétitivité basée sur une main d’œuvre à bas prix ne durera pas. Il y a donc, à moyen terme, avec la généralisation de la robotisation et de l’intelligence artificielle à réfléchir sur le revenu universel garantissant la dignité de tous et sur son financement. Une nouvelle fiscalité est à inventer…    

Dans le monde après Covid, il y aura encore plus d’inégalités, ce sont des millions d’individus risquent d’être marginalisés, d’autres millions vont connaitre la chute de classes moyennes à classes pauvres, il y aura donc encore plus d’inégalités.
Au Maroc, cette tendance à plus d’inégalités reste évitable, nous pouvons réduire la fracture en faisant des choix courageux et en prenant des mesures efficaces. C’est pourquoi, il me parait que les prochaines élections sont importantes.

Le nouveau modèle de développement, je l’espère, permettrait de canaliser les efforts pour un développement durable et inclusif qui donnerait au concept d’Etat stratège tout son sens en reconnaissant et en s’adaptant au nouveau monde. Les instructions royales sur la protection sociale devraient guider l’ensemble des acteurs pour une société plus apaisée et moins inégalitaire.

On devrait élire uns coalition moins libérale et plus libératrice.

Dr Samir Belahsen

 






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