I - Témoignage historique : Nous avons intégré la CGEM sous Haute Orientation Royal en 1995 et avons échoué à la réformer de l'intérieur
Répondant à l'appel de feu le Roi Hassan II et à la demande de Lahjouji, nous avons adhéré et fondé au sein de la CGEM la « Fédération des Petites et Moyennes Entreprises », avec de grandes ambitions et l'espoir sincère de transformer cette institution de l'intérieur pour en faire un organisme représentant réellement tous les entrepreneurs marocains, grands et petits.
Mais nous avons heurté une réalité implacable : la CGEM ne tolère ni le changement, ni l'évolution. Nous nous en sommes retirés après seulement dix-huit mois, non par désespoir, mais par la certitude que la réforme véritable ne peut venir de l'intérieur d'une institution structurellement fermée sur elle-même.
Ce n'est pas un jugement de l'extérieur, c'est le témoignage de qui a vu de l'intérieur.
II - Dimension historique : Une institution née en 1947 à l'initiative des entreprises françaises, avec exclusion des entrepreneurs marocains.
Après le départ du colonisateur, la structure interne de cet organisme a perpétué la même logique fondatrice : une institution des grands, au profit des grands, gérée par les grands, dont l'approche continue de porter cet héritage d'exclusion.
Le paradoxe douloureux est que le Maroc, qui a célébré depuis longtemps son indépendance politique, n'a pas encore accompli son indépendance économique représentative : la très grande majorité de ses entreprises, 97% du tissu entrepreneurial - les TPE - demeure sans voix dans les institutions législatives qui élaborent les lois encadrant leur activité.
III - Dimension statistique : Des chiffres qui réfutent les allégations de représentativité.
M. Alaoui affirme que 90% des membres de la CGEM appartiennent à cette catégorie. À supposer que cela soit exact, la question fondamentale demeure entière: combien de TPE sont réellement affiliées à la CGEM ?
La réponse : quelques milliers tout au plus, sur plus de quatre millions d’entreprises qui en sont exclues. De quelle représentativité parle-t-on ?
Notre étude a par ailleurs démontré que le principal obstacle au développement de ces entreprises n'est pas la faiblesse de leurs capacités intrinsèques, mais l'inadéquation du système économique, administratif et financier actuel, qui les soumet à une exclusion systématique des mécanismes de financement, des marchés publics, des délais de paiement, du foncier, du digital, de la formation, etc.
Nous posons les questions suivantes, qui appellent des réponses devant l'opinion publique:
- Si la CGEM regroupe 90% des TPE-PME comme vous l'affirmez, où était votre groupe parlementaire lors de l'adoption de la Loi de Finances 2023, qui a relevé la charge fiscale de ces catégories de 10% à 20% sur 4 ans ? Avez-vous au contraire demandé la réduction de l'impôt sur les grandes entreprises de 30% à 20%, laissant les petites entreprises supporter un différentiel de 10 points ?
- Où étiez-vous lorsque l'entrée en vigueur du fond de soutien à l'investissement au bénéfice des TPE-PME a été reportée de trois ans après sa publication en 2022 ? Alors que les grandes entreprises en bénéficiaient dès la première année de la Charte de l'Investissement, lors de dix réunions de sa Commission Nationale présidée par Akhannouch, pour des montants considérables ?
- Pourquoi n'avez-vous émis aucune position ni objection lorsque le décret de soutien à l'investissement de 2025 a exclu 97% du tissu entrepreneurial marocain, c'est-à-dire les TPE, en imposant un seuil disqualifiant d'un million de dirhams d'investissement minimum pour bénéficier de ce soutien? Et d’un chiffre d’affaire plus d’un millions de dirhams ?
- Où était votre groupe parlementaire, censé représenter toutes les entreprises, face à la non-application de la loi réservant 20% des marchés publics aux TPE-PME? Pourquoi n’avez-vous pas exercé aucune pression sur les gouvernements successifs depuis 2013 pour publier les décrets d'application nécessaires ? Alors que notre Confédération à organisé plusieurs réunions avec la ministre de l'Economie des Finances sur ce sujet ?
- Où était votre voix lorsqu'une TPE ferme ses portes toutes les dix minutes? Et qu’est-ce que vous avez fait pour stopper cette hémorragie ? Et pourquoi votre groupe n’a pas interpeler ni le ministre du tutelle ni le chef du gouvernement ni aucune action ?
- Où êtes-vous face aux victimes de programmes gouvernementaux de Forsa et Intelaka, dont les engagements d'accompagnement et de soutien n'ont jamais été tenus ni contrôlés ? Alors même que le Président de la CGEM avait signé, le 27 janvier 2020 devant Sa Majesté au Palais Royal, des engagements pour soutenir et accompagner les TPE et les porteurs de projets bénéficiaires du programme « Intelaka », sans que cela se soit traduit en résultats concrets jusqu’à maintenant ?
Et bien d'autres points encore… Leur heure viendra d'être exposés en détail.
IV - Dimension juridique et constitutionnelle : Le cadre légal au service de la justice, non de la perpétuation de l'exclusion
L'article premier de la Constitution marocaine consacre le principe d'égalité et de participation à la gestion des affaires publiques, tandis que l'article 36 met expressément en garde contre toutes les formes de rente et de monopole représentatif.
Si le cadre légal en vigueur prive 97% des entreprises d'une représentation directe au Conseil des Conseillers, qui comprend constitutionnellement des représentants des organisations patronales, c'est ce cadre lui-même qui appelle à être révisé, et non invoqué pour protéger le statu quo.
Exiger sa modification n'est pas une transgression de la légalité, c'est l'essence même de l'exercice démocratique.
V - Réponse à l'allégation de défense de « Tous »
- Pourquoi les TPE sont-elles toujours exclues des marchés publics, malgré des années de discours sur l'inclusion?
- Pourquoi les délais de paiement à leur égard dépassent-ils 120 jours, asphyxiant leur trésorerie ?
- Pourquoi ces entreprises sont-elles totalement absentes des conseils d'administration de Bank Al-Maghrib, de TAMWILCOM, de la DGI, de la CNSS, de Maroc PME, de l’ANAPEC, de l’OFPPT, de CESE et autres institutions publiques qui élaborent les politiques économiques ?
- Pourquoi le taux de défaillance dans ces entreprises s'accélère-t-il au rythme d'une TPE toutes les dix minutes, malgré cette « défense supposée » ?
Défendre « tous » sans représenter « la majorité », c'est un discours creux.
Les élections de la CGEM du 14 mai face aux attentes des TPE-PME : Réformer ou Continuité Passive ?
En observant les candidatures en présence, force est de constater qu'il ne s'agit pas d'une rupture, mais d'une continuité passive : on présente des chefs d'entreprises, quand ce qu'exige l'heure, c'est une vision de transformation profonde d'une économie qui accuse des dysfonctionnements flagrants et graves.
- Premier constat : Le véritable tissu entrepreneurial les TPEs, représentant 97% des entreprises, est structurellement absent des instances dirigeantes de la CGEM et de son groupe parlementaire. La représentativité est uniquement numérique sur le papier et reste décorative dans les faits. Ces TPE sont gravement affectées par diverses crises : Covid-19, sept années de sécheresse, inflation et augmentations successives des prix des carburants, entre autres.
- Deuxième constat : Les élections à la CGEM fonctionnent selon un mécanisme de compromis entre grandes entreprises. Les très peu de TPE et PME membres y jouent un rôle de figuration : elles remplissent le décor électoral, mais n'ont ni les ressources, ni les réseaux, ni - et c'est le plus préoccupant - le courage institutionnel et l'ambition collective de se porter candidates à la direction, malgré leur nombre écrasant.
- Troisième constat : Cette dynamique perpétue un modèle où les grandes structures patronales monopolisent la gouvernance de la représentation entrepreneuriale au détriment de la majorité silencieuse. On ne peut pas prétendre représenter 97% d'un tissu quand ses dirigeants élus en sont structurellement absents.
La Confédération Marocaine des TPE-PME poursuit sa route
Elle poursuivra son chemin, par tous les moyens légaux, institutionnels et médiatiques, vers une représentativité véritable et équitable.
Les Premières Assises Nationales des TPE des 27 et 28 juin 2026, qui coïncident avec la Journée Mondiale des TPE-PME, constitueront le tournant décisif pour transformer ces revendications légitimes en réalité législative concrète.
Nous invitons toutes les composantes sincères du mouvement entrepreneurial marocain - associations professionnelles, fédérations sectorielles, chambres de commerce, décideurs publics - à rejoindre cette dynamique. L'histoire retiendra qui a choisi la transformation, les reformes et qui a choisi le décor.
Les TPE ne demandent pas de faveur, elles demandent la justice représentative que consacre la Constitution et qu'imposent les réalités économiques.
Par Abdellah EL FERGUI.












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