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Déclaration officielle : Confédération Marocaine des TPE-PME (CM-TPME)

Sur les allégations de représentativité de la CGEM concernant les « Très Petites Entreprises » au Parlement.


Par Abdellah EL FERGUI - Président Fondateur de la Confédération Marocaine des TPE-PME.

Nous avons pris connaissance des déclarations de M. Youssef Alaoui, Président du Groupe parlementaire de la « Confédération Générale des Entreprises du Maroc » (CGEM) au Conseil des Conseillers, publiées le 5 avril 2026, par lesquelles il exprime ses réserves quant à la demande de la « Confédération Marocaine des TPE-PME » (CM-TPME) d'obtenir une représentativité institutionnelle permanente au Parlement pour défendre les intérêts des TPE qui constituent plus de 97% du tissu entrepreneurial marocain.

Fort de notre expérience de terrain de plus de trois décennies, et de notre connaissance directe de ce dossier de l'intérieur avant l'extérieur, nous nous trouvons dans l'obligation de délivrer notre témoignage historique et de corriger les contre-vérités par les faits, les chiffres et les documents.



I - Témoignage historique : Nous avons intégré la CGEM sous Haute Orientation Royal en 1995 et avons échoué à la réformer de l'intérieur

En 1995, sous la Haute Orientation Royale de feu Sa Majesté le Roi Hassan II, qui avait demandé à la CGEM de s'ouvrir aux Petites et Moyennes Entreprises, le regretté Abderrahim Lahjouji, Président de la CGEM à l’époque, nous a conviés à une réunion au siège de notre « Fédération des Associations de Jeunes Entrepreneurs du Maroc » que nous avions fondée en 1995, et nous a demandé d'adhérer à la CGEM.
 
Répondant à l'appel de feu le Roi Hassan II et à la demande de Lahjouji, nous avons adhéré et fondé au sein de la CGEM la « Fédération des Petites et Moyennes Entreprises », avec de grandes ambitions et l'espoir sincère de transformer cette institution de l'intérieur pour en faire un organisme représentant réellement tous les entrepreneurs marocains, grands et petits.

Mais nous avons heurté une réalité implacable : la CGEM ne tolère ni le changement, ni l'évolution. Nous nous en sommes retirés après seulement dix-huit mois, non par désespoir, mais par la certitude que la réforme véritable ne peut venir de l'intérieur d'une institution structurellement fermée sur elle-même.

Ce n'est pas un jugement de l'extérieur, c'est le témoignage de qui a vu de l'intérieur.

II - Dimension historique : Une institution née en 1947 à l'initiative des entreprises françaises, avec exclusion des entrepreneurs marocains.

La CGEM a été fondée par des entrepreneurs français en 1947, à une époque où les entrepreneurs marocains en étaient explicitement exclus.

Après le départ du colonisateur, la structure interne de cet organisme a perpétué la même logique fondatrice : une institution des grands, au profit des grands, gérée par les grands, dont l'approche continue de porter cet héritage d'exclusion.
 
Le paradoxe douloureux est que le Maroc, qui a célébré depuis longtemps son indépendance politique, n'a pas encore accompli son indépendance économique représentative : la très grande majorité de ses entreprises, 97% du tissu entrepreneurial - les TPE - demeure sans voix dans les institutions législatives qui élaborent les lois encadrant leur activité.

III - Dimension statistique : Des chiffres qui réfutent les allégations de représentativité.

Notre dernière étude nationale sur les TPE révèle que le Maroc compte plus de 4 millions de Très Petites Entreprises (TPE), soit 97% de l'ensemble des entreprises nationales, qui fournissent plus de 83% des emplois du secteur privé dans le Royaume et contribuent au maintien de la paix sociale.
                               
M. Alaoui affirme que 90% des membres de la CGEM appartiennent à cette catégorie. À supposer que cela soit exact, la question fondamentale demeure entière: combien de TPE sont réellement affiliées à la CGEM ?

La réponse : quelques milliers tout au plus, sur plus de quatre millions d’entreprises qui en sont exclues. De quelle représentativité parle-t-on ?
 
Notre étude a par ailleurs démontré que le principal obstacle au développement de ces entreprises n'est pas la faiblesse de leurs capacités intrinsèques, mais l'inadéquation du système économique, administratif et financier actuel, qui les soumet à une exclusion systématique des mécanismes de financement, des marchés publics, des délais de paiement, du foncier, du digital, de la formation, etc.
 
Nous posons les questions suivantes, qui appellent des réponses devant l'opinion publique:
  • Si la CGEM regroupe 90% des TPE-PME comme vous l'affirmez, où était votre groupe parlementaire lors de l'adoption de la Loi de Finances 2023, qui a relevé la charge fiscale de ces catégories de 10% à 20% sur 4 ans ? Avez-vous au contraire demandé la réduction de l'impôt sur les grandes entreprises de 30% à 20%, laissant les petites entreprises supporter un différentiel de 10 points ?
 
  • Où étiez-vous lorsque l'entrée en vigueur du fond de soutien à l'investissement au bénéfice des TPE-PME a été reportée de trois ans après sa publication en 2022 ? Alors que les grandes entreprises en bénéficiaient dès la première année de la Charte de l'Investissement, lors de dix réunions de sa Commission Nationale présidée par Akhannouch, pour des montants considérables ?
 
  • Pourquoi n'avez-vous émis aucune position ni objection lorsque le décret de soutien à l'investissement de 2025 a exclu 97% du tissu entrepreneurial marocain, c'est-à-dire les TPE, en imposant un seuil disqualifiant d'un million de dirhams d'investissement minimum pour bénéficier de ce soutien? Et d’un chiffre d’affaire plus d’un millions de dirhams ?
 
  • Où était votre groupe parlementaire, censé représenter toutes les entreprises, face à la non-application de la loi réservant 20% des marchés publics aux TPE-PME? Pourquoi n’avez-vous pas exercé aucune pression sur les gouvernements successifs depuis 2013 pour publier les décrets d'application nécessaires ? Alors que notre Confédération à organisé plusieurs réunions avec la ministre de l'Economie des Finances sur ce sujet ?
 
  • Où était votre voix lorsqu'une TPE ferme ses portes toutes les dix minutes? Et qu’est-ce que vous avez fait pour stopper cette hémorragie ? Et pourquoi votre groupe n’a pas interpeler ni le ministre du tutelle ni le chef du gouvernement ni aucune action ?
 
  • Où êtes-vous face aux victimes de programmes gouvernementaux de Forsa et Intelaka, dont les engagements d'accompagnement et de soutien n'ont jamais été tenus ni contrôlés ? Alors même que le Président de la CGEM avait signé, le 27 janvier 2020 devant Sa Majesté au Palais Royal, des engagements pour soutenir et accompagner les TPE et les porteurs de projets bénéficiaires du programme « Intelaka », sans que cela se soit traduit en résultats concrets jusqu’à maintenant ?
 
Et bien d'autres points encore… Leur heure viendra d'être exposés en détail.

IV - Dimension juridique et constitutionnelle : Le cadre légal au service de la justice, non de la perpétuation de l'exclusion

M. Alaoui invoque « le cadre légal clair de la représentativité ». Nous lui rappelons que la loi est un instrument au service de la justice, non un outil de préservation des privilèges historiques.

L'article premier de la Constitution marocaine consacre le principe d'égalité et de participation à la gestion des affaires publiques, tandis que l'article 36 met expressément en garde contre toutes les formes de rente et de monopole représentatif.
 
Si le cadre légal en vigueur prive 97% des entreprises d'une représentation directe au Conseil des Conseillers, qui comprend constitutionnellement des représentants des organisations patronales, c'est ce cadre lui-même qui appelle à être révisé, et non invoqué pour protéger le statu quo.

Exiger sa modification n'est pas une transgression de la légalité, c'est l'essence même de l'exercice démocratique.

V - Réponse à l'allégation de défense de « Tous »

M. Alaoui affirme que son groupe défend les intérêts de toutes les entreprises. Si cela était vrai, nous lui demandons de répondre devant l'opinion publique à ces questions concrètes :
                   
  • Pourquoi les TPE sont-elles toujours exclues des marchés publics, malgré des années de discours sur l'inclusion?
  • Pourquoi les délais de paiement à leur égard dépassent-ils 120 jours, asphyxiant leur trésorerie ?
  • Pourquoi ces entreprises sont-elles totalement absentes des conseils d'administration de Bank Al-Maghrib, de TAMWILCOM, de la DGI, de la CNSS, de Maroc PME, de l’ANAPEC, de l’OFPPT, de CESE et autres institutions publiques qui élaborent les politiques économiques ?
  • Pourquoi le taux de défaillance dans ces entreprises s'accélère-t-il au rythme d'une TPE toutes les dix minutes, malgré cette « défense supposée » ?
 
Défendre « tous » sans représenter « la majorité », c'est un discours creux.

Les élections de la CGEM du 14 mai face aux attentes des TPE-PME : Réformer ou Continuité Passive ?

L'élection du nouveau binôme présidentiel de la CGEM pour le mandat 2026–2029 se tiendra le 14 mai 2026 lors d'une Assemblée Générale élective.

En observant les candidatures en présence, force est de constater qu'il ne s'agit pas d'une rupture, mais d'une continuité passive : on présente des chefs d'entreprises, quand ce qu'exige l'heure, c'est une vision de transformation profonde d'une économie qui accuse des dysfonctionnements flagrants et graves.
 
- Premier constat : Le véritable tissu entrepreneurial les TPEs, représentant 97% des entreprises, est structurellement absent des instances dirigeantes de la CGEM et de son groupe parlementaire. La représentativité est uniquement numérique sur le papier et reste décorative dans les faits. Ces TPE sont gravement affectées par diverses crises : Covid-19, sept années de sécheresse, inflation et augmentations successives des prix des carburants, entre autres.
 
- Deuxième constat : Les élections à la CGEM fonctionnent selon un mécanisme de compromis entre grandes entreprises. Les très peu de TPE et PME membres y jouent un rôle de figuration : elles remplissent le décor électoral, mais n'ont ni les ressources, ni les réseaux, ni - et c'est le plus préoccupant - le courage institutionnel et l'ambition collective de se porter candidates à la direction, malgré leur nombre écrasant. 

- Troisième constat : Cette dynamique perpétue un modèle où les grandes structures patronales monopolisent la gouvernance de la représentation entrepreneuriale au détriment de la majorité silencieuse. On ne peut pas prétendre représenter 97% d'un tissu quand ses dirigeants élus en sont structurellement absents.

La Confédération Marocaine des TPE-PME poursuit sa route

La Confédération Marocaine des TPE-PME, qui représente les droits de 4 millions des TPE marocaines et plus de 83% de l'emploi privé au Maroc, n'acceptera pas d'être représentée par une structure dont elle a expérimenté - dans le passé - son incapacité à se réformer.

Elle poursuivra son chemin, par tous les moyens légaux, institutionnels et médiatiques, vers une représentativité véritable et équitable.
                                           
Les Premières Assises Nationales des TPE des 27 et 28 juin 2026, qui coïncident avec la Journée Mondiale des TPE-PME, constitueront le tournant décisif pour transformer ces revendications légitimes en réalité législative concrète.

Nous invitons toutes les composantes sincères du mouvement entrepreneurial marocain -  associations professionnelles, fédérations sectorielles, chambres de commerce, décideurs publics - à rejoindre cette dynamique. L'histoire retiendra qui a choisi la transformation, les reformes et qui a choisi le décor.
 
Les TPE ne demandent pas de faveur, elles demandent la justice représentative que consacre la Constitution et qu'imposent les réalités économiques.
 
Par Abdellah EL FERGUI.

 



Mercredi 8 Avril 2026



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