Ce qui devait être une démonstration de force est en train de se transformer en démonstration d’impuissance.
C’est un État structuré, résilient, doté d’une profondeur stratégique, d’une capacité industrielle autonome et d’une doctrine militaire fondée sur l’asymétrie, la dispersion et l’endurance.
Le signal le plus inquiétant n’est pas seulement la capacité de l’Iran à encaisser les frappes.
Et dans toute guerre, le moment où un mythe tombe est souvent celui où l’équilibre bascule. Face à cette résistance, la stratégie américaine et israélienne semble glisser vers une logique de destruction des infrastructures.
Ponts, réseaux, installations vitales deviennent des cibles. C’est un aveu. Lorsqu’on ne parvient plus à vaincre une armée, on cherche à briser une société. Mais cette stratégie est à double tranchant. Elle nourrit la résilience plutôt qu’elle ne la détruit.
Elle transforme un conflit militaire en guerre existentielle. Elle soude un peuple au lieu de le fracturer.
Et pendant ce temps, un autre front, plus silencieux mais infiniment plus stratégique, se joue dans le détroit d’Ormuz. L’Iran n’a pas besoin de le fermer totalement pour gagner. Il lui suffit de le rendre incertain.
De transformer une route commerciale en zone de risque permanent. Dans un monde dépendant de flux énergétiques tendus, cette seule capacité constitue une arme économique d’une puissance redoutable.
Chaque tanker inquiet, chaque assureur hésitant, chaque marché nerveux est une victoire iranienne sans tir de missile.
C’est là que se dessine le véritable dilemme occidental.
Par des ruptures. Par des gestes extrêmes censés rétablir une domination perdue.
La question, dès lors, n’est plus théorique. Elle devient terriblement concrète : jusqu’où sont-ils prêts à aller ? L’ombre de l’arme nucléaire plane comme une tentation inavouée.
Non pas comme une stratégie assumée, mais comme une hypothèse qui s’insinue dans les esprits lorsque toutes les autres options semblent échouer.
L’histoire américaine porte cette cicatrice. Hiroshima et Nagasaki ne sont pas seulement des souvenirs, ce sont des précédents. Et les précédents, en géopolitique, ne disparaissent jamais totalement.
Mais utiliser l’arme nucléaire aujourd’hui ne serait pas un acte de puissance.
Cela signifierait qu’aucune des doctrines militaires, aucun des budgets colossaux, aucune des alliances construites depuis des décennies n’a été capable de venir à bout d’un État que l’on prétendait contenir. Ce serait aussi ouvrir une boîte de Pandore incontrôlable.
Car un tel acte ne mettrait pas fin à la guerre. Il la transformerait. Il la démultiplierait. Il légitimerait, aux yeux du monde, toutes les formes de riposte.
Il briserait définitivement le tabou nucléaire qui, jusqu’ici, a maintenu une forme d’équilibre fragile entre les puissances.
Et surtout, il consacrerait une vérité que personne à Washington ou à Tel-Aviv ne veut admettre : on ne gagne pas toutes les guerres. Certaines doivent être arrêtées avant de devenir irréversibles.
Aujourd’hui, le monde retient son souffle non pas parce que la guerre fait rage, mais parce qu’elle échappe à ceux qui l’ont déclenchée.
En attendant la bombe atomique, ce n’est pas l’Iran qui tremble. C’est l’ordre du monde lui-même qui vacille.
PAR RACHID BOUFOUS/ FACEBOOK.COM












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Le scénario noir : quand la guerre cesse d’être réversible










