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Deux footballs, une seule Fédération : l'énigme de la réussite marocaine


Rédigé par le Mardi 3 Novembre 2026

Comment expliquer qu'un même football puisse atteindre les sommets de la scène internationale tout en continuant à éprouver autant de difficultés dans son fonctionnement quotidien ?
Le football marocain vit aujourd'hui un paradoxe qui mérite mieux que de simples commentaires sportifs. Il est à la fois une formidable réussite internationale et un chantier national qui semble encore loin d'avoir achevé sa transformation.
D'un côté, les résultats sont là, éclatants, parfois historiques. De l'autre, les insuffisances du championnat national, les difficultés de nombreux clubs et les faiblesses persistantes de la formation interrogent sur la cohérence de notre modèle footballistique.
Deux réalités cohabitent ainsi sous une même autorité fédérale. Deux footballs, deux niveaux d'exigence, deux modes de fonctionnement, mais une seule Fédération.



la formation veritable enjeu du football marocain
la formation veritable enjeu du football marocain
Une réussite internationale qui ne doit rien au hasard
Il serait injuste de ne pas reconnaître l'ampleur du chemin parcouru par le football marocain sur la scène internationale.
L'organisation de la Coupe du monde 2030, la consécration mondiale de la sélection des moins de 20 ans, les succès dans les compétitions arabes et les performances répétées des différentes sélections nationales témoignent d'une ambition qui a progressivement pris forme.
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Ils traduisent une politique sportive qui a su mobiliser des moyens considérables, investir dans les infrastructures, moderniser les méthodes de préparation et s'entourer de compétences capables de répondre aux exigences du football de haut niveau.
La gestion des sélections nationales repose désormais sur une organisation structurée : encadrement technique, préparation physique, suivi médical, analyse des performances, stages de préparation et planification des objectifs.
Le football marocain a compris que la performance internationale ne se décrète pas. Elle se construit, se prépare et se finance.
Cette transformation a également bénéficié d'une vision stratégique qui dépasse le seul cadre des résultats immédiats. Le Maroc ne cherche plus simplement à participer aux grandes compétitions. Il entend désormais y jouer un rôle de premier plan.
Le revers de la médaille : un football national à plusieurs problèmes
Mais cette réussite, aussi remarquable soit-elle, ne doit pas masquer une autre réalité.
Il suffit de regarder de plus près le fonctionnement de notre championnat national pour constater le décalage qui existe entre les ambitions internationales et le quotidien de nombreux clubs.
La gouvernance de certaines formations demeure fragile. Les changements répétitifs d'entraîneurs, les recrutements parfois dépourvus de véritable stratégie, les difficultés financières, les infrastructures insuffisantes et l'absence de continuité dans les projets sportifs constituent autant de handicaps.
La formation des jeunes, pourtant présentée comme une priorité, ne bénéficie pas partout des mêmes moyens ni du même encadrement. Les centres de formation, les compétitions des jeunes et l'accompagnement des talents restent des domaines où les efforts doivent être considérablement renforcés.
À cela s'ajoutent des terrains parfois inadaptés, des calendriers perturbés et des rencontres dont la qualité ne correspond pas toujours aux attentes d'un public de plus en plus exigeant.
Des équipes jouant en exil loin de leur public ne peut qu’affaiblir la popularité du football.
Comment peut-on ambitionner de devenir une grande nation du football tout en laissant une partie de notre championnat fonctionner avec des moyens et des méthodes qui ne répondent pas aux exigences du football moderne ?
Une Fédération, deux niveaux d'exigence
C'est précisément là que se situe l'énigme marocaine.
La Fédération royale marocaine de football a démontré qu'elle était capable de concevoir et de conduire des projets ambitieux, de mobiliser des ressources, d'attirer des compétences et d'obtenir des résultats au plus haut niveau.
Pourquoi cette capacité de planification et d'organisation ne se retrouve-t-elle pas avec la même intensité dans l'ensemble du football national ?
Il ne s'agit pas de nier les efforts entrepris ni de minimiser les difficultés auxquelles sont confrontés les clubs. Il s'agit plutôt de s'interroger sur la répartition des priorités, sur les mécanismes d'accompagnement et sur la capacité à faire bénéficier l'ensemble de l'écosystème footballistique de cette dynamique.
La performance d'une sélection nationale ne peut durablement reposer sur un environnement intérieur qui ne serait pas à la hauteur de ses ambitions.
Un grand football ne se mesure pas uniquement aux trophées remportés par ses équipes nationales. Il se mesure également à la qualité de son championnat, à la solidité de ses clubs, à la richesse de sa formation, à la compétence de ses dirigeants et à la capacité de produire régulièrement des joueurs de haut niveau.
Le véritable défi : faire converger les deux footballs
Le Maroc a incontestablement franchi un cap. Il dispose aujourd'hui d'infrastructures, d'une expérience organisationnelle et d'une ambition internationale qui lui permettent de regarder les grandes nations du football avec davantage de confiance.
Mais le prochain défi est peut-être plus difficile encore : réussir la transformation du football national.
Cela suppose de renforcer la gouvernance des clubs, de leur imposer une véritable culture de gestion, de développer les centres de formation, de valoriser les compétitions des jeunes et de faire de la professionnalisation une réalité quotidienne plutôt qu'un simple objectif réglementaire.
Cela suppose également de mieux articuler les politiques fédérales avec les besoins du football de proximité, celui des clubs, des éducateurs, des jeunes joueurs et des milliers de passionnés qui constituent la véritable base de notre sport.
Le Maroc a prouvé qu'il savait construire une équipe capable de conquérir le monde. Il lui reste à démontrer qu'il sait bâtir un championnat et un environnement footballistique dignes de cette ambition.
Car au fond, le paradoxe n'est pas d'avoir deux footballs. Le véritable problème serait de s'habituer à ce qu'ils continuent à évoluer à deux vitesses.
Une seule Fédération, une seule ambition et, surtout, un seul niveau d'exigence : voilà peut-être le prochain grand chantier du football marocain.
M.K
 





Journaliste depuis 79 à l'opinion. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 3 Novembre 2026

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