Il y a des dates qui servent à se souvenir, et d’autres qui servent à décider. Le 11 janvier, dans l’histoire politique marocaine, a longtemps été raconté comme un moment de mémoire : celui où une génération a mis des mots sur une exigence nationale et a assumé le prix de son audace. Cette année, la commémoration a pris une tournure plus ambitieuse : faire du souvenir une méthode, et du symbole un chantier.
11 janvier : Une mémoire, une méthode, un contrat social
L’événement du 11 janvier, tel qu’il a été organisé cette année par le Parti de l’Istiqlal, n’a pas seulement rejoué un rituel commémoratif, il a cherché à réinstaller une idée politique dans l’espace public, celle d’un fil continu entre une mémoire fondatrice et une promesse d’avenir. En synchronisant douze rendez-vous régionaux et un treizième à Toulouse pour les Marocains résidant à l’étranger, en réunissant au total des dizaines de milliers de participants, avec une affluence particulièrement spectaculaire à Laâyoune, et en mettant en scène la prise de parole centrale du Secrétaire général depuis Bouznika, le parti a envoyé un message de puissance organisationnelle, mais surtout un signal de repositionnement. La bataille du présent se gagne désormais sur le terrain de la jeunesse, de la crédibilité sociale, et de la capacité à faire de la politique autrement que par des slogans.
Le choix de tenir ensemble deux objectifs : célébrer l’anniversaire du Manifeste de l’Indépendance et présenter les conclusions de la Charte “Mithaq Chabab”, n’a rien d’un hasard. Dans la dramaturgie politique marocaine, le 11 janvier n’est pas une date décorative : c’est une date-contrat. Elle rappelle le moment où un “nous” national a été formulé avec clarté, assumé avec courage, puis payé comptant. En y greffant une charte de la jeunesse, l’Istiqlal propose une analogie ambitieuse : de la revendication d’indépendance à la revendication de dignité, de droits effectifs et de participation réelle. Autrement dit, si l’indépendance a été la grande affaire du siècle dernier, l’enjeu de ce siècle serait l’inclusion pleine et entière de celles et ceux qui portent déjà le pays sur leurs épaules démographiques, économiques et culturelles, mais à qui l’on confie encore trop rarement la plume et le volant.
Ce qui frappe, dans la configuration de l’événement central, c’est la coexistence affichée de jeunes affiliés et de jeunes non affiliés. Ce détail, en apparence organisationnel, est en réalité une confession politique : le temps où la jeunesse se laissait “encadrer” par réflexe est terminé, et le temps où la politique pouvait se contenter d’inviter des jeunes sur scène pour remplir une photo est, lui aussi, en sursis. La jeunesse marocaine est multiple, mobile, connectée, souvent durement lucide. Elle peut venir écouter sans adhérer, applaudir sans s’enrôler, participer sans se laisser récupérer. Lui parler exige donc une autre grammaire : moins de promesses, plus de preuves ; moins de paternalisme, plus de partenariat ; moins d’incantations, plus de mécanismes.
Dans ce contexte, “Mithaq Chabab” se présente prudemment, et intelligemment, comme une “plateforme participative ouverte” plutôt que comme un programme électoral. Cette précaution n’est pas une pirouette : elle place le texte sur un terrain plus exigeant que celui de la promesse ponctuelle, celui du contrat moral et de la direction stratégique. La charte ne dit pas “voici ce que nous ferons demain”, elle dit plutôt “voici ce que le Maroc ne peut plus remettre à plus tard”. C’est une différence de nature, et elle explique pourquoi ce document mérite d’être lu autrement qu’un communiqué de circonstance : il essaie de traduire l’angoisse sociale en priorités publiques, et la frustration politique en voies de participation.
Le cœur de la charte repose d’abord sur un bloc de droits économiques et sociaux qui, pour une grande partie de la jeunesse, sont devenus la frontière entre appartenance et abandon. Elle revendique une école publique capable d’offrir la même exigence de qualité pour tous, en particulier dans le monde rural et les zones enclavées, là où les inégalités ne sont pas seulement des statistiques, mais des kilomètres de route, des classes surchargées et des ambitions qui s’éteignent. Elle insiste sur la formation professionnelle comme levier de mobilité et non comme issue par défaut, en l’arrimant aux besoins des territoires, aux secteurs porteurs et aux métiers de l’avenir, avec des parcours plus courts et plus lisibles. Elle met sur la table, sans détour, la question des jeunes en situation de décrochage durable, notamment les NEET, et elle propose de faire de la “deuxième chance” une véritable institution de rattrapage et de relance, qui n’humilie pas mais reconstruit.
La charte avance aussi un point longtemps relégué au second plan dans les discours politiques : la santé mentale. Parler d’anxiété, de dépression, de conduites addictives, et lier cela à l’accès à des services de proximité, à l’accompagnement dans les établissements éducatifs et aux réponses publiques, c’est reconnaître une vérité que les jeunes connaissent déjà dans leur chair. Une société qui exige de sa jeunesse d’être performante, flexible et endurante, tout en la laissant affronter seule l’épuisement et l’angoisse, fabrique une bombe à retardement intime. En réintroduisant la santé mentale dans l’agenda, la charte tente de réparer une hypocrisie collective : on ne peut pas exiger la résilience sans offrir des soins, ni demander la discipline sans garantir la dignité.
Sur l’emploi, le texte ne se contente pas de réclamer des postes ; il cherche à définir ce qu’est un “emploi digne” dans un Maroc où la ruralité, l’informel, la précarité urbaine et les nouvelles formes de travail coexistent. Il propose des pistes comme le soutien à des initiatives de travail d’intérêt général financées localement, la création de structures territoriales dédiées à l’intermédiation vers l’emploi, et des trajectoires de transition pour les jeunes du secteur non structuré, incluant qualification et couverture sociale. Il évoque aussi l’économie des plateformes, non pour la diaboliser, mais pour rappeler une exigence simple : un travail moderne ne doit pas être un travail sans droits. L’entrepreneuriat, enfin, est abordé comme un champ à outiller, pas comme une injonction à “se débrouiller”. L’innovation et les projets technologiques sont valorisés, à condition d’être accompagnés et financés avec sérieux.
Mais “Mithaq Chabab” ne s’arrête pas à l’État social ; il affirme que la question de la jeunesse n’est pas seulement une question de redistribution, c’est une question de capacités. D’où l’insistance sur des “valeurs et compétences du XXIe siècle” : adaptabilité, pensée critique, initiative, citoyenneté numérique. Ce passage est politiquement plus tranchant qu’il n’y paraît. Il s’attaque à deux ennemis jumeaux : la fatalité et la crédulité. La fatalité nourrit l’attentisme et la démission ; la crédulité nourrit la manipulation, l’extrémisme, la haine en ligne et la confusion entre information et intox. En parlant d’esprit critique, de lutte contre les fake news, de protection des données, d’éthique de l’intelligence artificielle, la charte touche à un champ où l’État, les partis, les médias et les plateformes se renvoient souvent la balle. Or la jeunesse, elle, vit déjà dans ce champ ; elle y est exposée, elle y crée, elle y travaille, elle y débat, parfois elle s’y blesse. Reconnaître des droits numériques, c’est reconnaître un espace de citoyenneté qui ne demande pas la permission pour exister.
La troisième colonne du texte, et sans doute la plus décisive politiquement, concerne la participation à la prise de décision. La charte réaffirme l’option démocratique, mais elle le fait en visant le nerf de la guerre : l’écart entre la démocratie “déclarée” et la démocratie “vécue”. Elle parle d’accès des jeunes aux responsabilités, de formation politique, de renforcement des capacités de leadership, et même de mécanismes incitatifs pour leur représentation. Elle insiste aussi sur la démocratie participative, non comme folklore consultatif, mais comme architecture : cadre légal du dialogue public, implication dans la préparation, le suivi et l’évaluation des politiques, publication lisible des budgets locaux, facilitation des pétitions et des propositions. Derrière ces propositions, il y a une intuition simple : la confiance ne revient pas parce qu’on la réclame ; elle revient quand on montre où va l’argent, comment se fait la décision, et comment un citoyen peut peser autrement qu’en commentant sur un écran.
C’est ici que la charte prend un ton plus frontal en abordant la moralisation de la vie publique et la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts. Ce n’est pas un chapitre parmi d’autres : c’est la condition de possibilité de tous les autres. Car pour un jeune, l’école, l’emploi, la santé ou les concours perdent immédiatement leur sens dès qu’ils se teintent de soupçon. Une seule impression d’injustice suffit à démolir des années de discours sur le mérite. En liant l’inclusion des jeunes à la transparence, à la reddition des comptes et à la fin de l’impunité, la charte s’engage sur une pente glissante mais nécessaire : celle où la politique doit accepter d’être jugée sur ses pratiques, pas seulement sur ses intentions.
Reste alors la question que toute jeunesse pose, même silencieusement, dès qu’on lui présente un texte aussi ambitieux : “et après ?”. Une charte peut devenir une boussole, ou rester un beau document. La différence se joue dans la transformation des principes en dispositifs mesurables, dans la création d’instances de suivi, dans l’ouverture à la critique, et dans la capacité à publier régulièrement ce qui avance et ce qui bloque. Le risque, sinon, est connu : la jeunesse n’a pas un problème avec les grands récits ; elle a un problème avec les grands récits qui ne produisent pas de petites victoires concrètes. Elle n’exige pas l’utopie ; elle exige le sérieux.
L’ampleur de la mobilisation et la scénographie territoriale peut être lu comme une simple démonstration de force. Mais ce serait une lecture courte. Une lecture plus politique consiste à dire que l’Istiqlal cherche à réactiver un imaginaire de “contrat national” et à l’actualiser autour d’un thème qui décidera des prochaines années : la place réelle des jeunes dans la production de richesse, l’accès aux droits et la participation à l’arbitrage public. Dans un Maroc engagé dans des transitions lourdes : territoriales, sociales, numériques, climatiques; la jeunesse n’est pas un segment ; elle est la matière même du futur.
Au fond, l’enjeu du 11 janvier n’est pas de commémorer mieux que les autres, ni de rassembler plus que les autres, même si la politique adore les chiffres, et le succès était sans appel. L’enjeu est de prouver qu’une date historique peut redevenir un standard de responsabilité. Le Manifeste de l’Indépendance a été un acte de rupture parce qu’il a rendu une idée irréversible. La question posée aujourd’hui est plus exigeante encore : peut-on rendre irréversible l’idée que la jeunesse marocaine n’est pas un public à séduire, mais un partenaire à associer, un contrôle citoyen à respecter, et une force à libérer ? Si “Mithaq Chabab” se contente d’être applaudi, il sera un épisode. S’il devient un cadre de redevabilité et une matrice d’actions visibles, il peut devenir un tournant. Et c’est précisément là que se joue, désormais, la différence entre la politique qui parle de la jeunesse et la politique qui accepte de lui donner prise sur le réel.
Le choix de tenir ensemble deux objectifs : célébrer l’anniversaire du Manifeste de l’Indépendance et présenter les conclusions de la Charte “Mithaq Chabab”, n’a rien d’un hasard. Dans la dramaturgie politique marocaine, le 11 janvier n’est pas une date décorative : c’est une date-contrat. Elle rappelle le moment où un “nous” national a été formulé avec clarté, assumé avec courage, puis payé comptant. En y greffant une charte de la jeunesse, l’Istiqlal propose une analogie ambitieuse : de la revendication d’indépendance à la revendication de dignité, de droits effectifs et de participation réelle. Autrement dit, si l’indépendance a été la grande affaire du siècle dernier, l’enjeu de ce siècle serait l’inclusion pleine et entière de celles et ceux qui portent déjà le pays sur leurs épaules démographiques, économiques et culturelles, mais à qui l’on confie encore trop rarement la plume et le volant.
Ce qui frappe, dans la configuration de l’événement central, c’est la coexistence affichée de jeunes affiliés et de jeunes non affiliés. Ce détail, en apparence organisationnel, est en réalité une confession politique : le temps où la jeunesse se laissait “encadrer” par réflexe est terminé, et le temps où la politique pouvait se contenter d’inviter des jeunes sur scène pour remplir une photo est, lui aussi, en sursis. La jeunesse marocaine est multiple, mobile, connectée, souvent durement lucide. Elle peut venir écouter sans adhérer, applaudir sans s’enrôler, participer sans se laisser récupérer. Lui parler exige donc une autre grammaire : moins de promesses, plus de preuves ; moins de paternalisme, plus de partenariat ; moins d’incantations, plus de mécanismes.
Dans ce contexte, “Mithaq Chabab” se présente prudemment, et intelligemment, comme une “plateforme participative ouverte” plutôt que comme un programme électoral. Cette précaution n’est pas une pirouette : elle place le texte sur un terrain plus exigeant que celui de la promesse ponctuelle, celui du contrat moral et de la direction stratégique. La charte ne dit pas “voici ce que nous ferons demain”, elle dit plutôt “voici ce que le Maroc ne peut plus remettre à plus tard”. C’est une différence de nature, et elle explique pourquoi ce document mérite d’être lu autrement qu’un communiqué de circonstance : il essaie de traduire l’angoisse sociale en priorités publiques, et la frustration politique en voies de participation.
Le cœur de la charte repose d’abord sur un bloc de droits économiques et sociaux qui, pour une grande partie de la jeunesse, sont devenus la frontière entre appartenance et abandon. Elle revendique une école publique capable d’offrir la même exigence de qualité pour tous, en particulier dans le monde rural et les zones enclavées, là où les inégalités ne sont pas seulement des statistiques, mais des kilomètres de route, des classes surchargées et des ambitions qui s’éteignent. Elle insiste sur la formation professionnelle comme levier de mobilité et non comme issue par défaut, en l’arrimant aux besoins des territoires, aux secteurs porteurs et aux métiers de l’avenir, avec des parcours plus courts et plus lisibles. Elle met sur la table, sans détour, la question des jeunes en situation de décrochage durable, notamment les NEET, et elle propose de faire de la “deuxième chance” une véritable institution de rattrapage et de relance, qui n’humilie pas mais reconstruit.
La charte avance aussi un point longtemps relégué au second plan dans les discours politiques : la santé mentale. Parler d’anxiété, de dépression, de conduites addictives, et lier cela à l’accès à des services de proximité, à l’accompagnement dans les établissements éducatifs et aux réponses publiques, c’est reconnaître une vérité que les jeunes connaissent déjà dans leur chair. Une société qui exige de sa jeunesse d’être performante, flexible et endurante, tout en la laissant affronter seule l’épuisement et l’angoisse, fabrique une bombe à retardement intime. En réintroduisant la santé mentale dans l’agenda, la charte tente de réparer une hypocrisie collective : on ne peut pas exiger la résilience sans offrir des soins, ni demander la discipline sans garantir la dignité.
Sur l’emploi, le texte ne se contente pas de réclamer des postes ; il cherche à définir ce qu’est un “emploi digne” dans un Maroc où la ruralité, l’informel, la précarité urbaine et les nouvelles formes de travail coexistent. Il propose des pistes comme le soutien à des initiatives de travail d’intérêt général financées localement, la création de structures territoriales dédiées à l’intermédiation vers l’emploi, et des trajectoires de transition pour les jeunes du secteur non structuré, incluant qualification et couverture sociale. Il évoque aussi l’économie des plateformes, non pour la diaboliser, mais pour rappeler une exigence simple : un travail moderne ne doit pas être un travail sans droits. L’entrepreneuriat, enfin, est abordé comme un champ à outiller, pas comme une injonction à “se débrouiller”. L’innovation et les projets technologiques sont valorisés, à condition d’être accompagnés et financés avec sérieux.
Mais “Mithaq Chabab” ne s’arrête pas à l’État social ; il affirme que la question de la jeunesse n’est pas seulement une question de redistribution, c’est une question de capacités. D’où l’insistance sur des “valeurs et compétences du XXIe siècle” : adaptabilité, pensée critique, initiative, citoyenneté numérique. Ce passage est politiquement plus tranchant qu’il n’y paraît. Il s’attaque à deux ennemis jumeaux : la fatalité et la crédulité. La fatalité nourrit l’attentisme et la démission ; la crédulité nourrit la manipulation, l’extrémisme, la haine en ligne et la confusion entre information et intox. En parlant d’esprit critique, de lutte contre les fake news, de protection des données, d’éthique de l’intelligence artificielle, la charte touche à un champ où l’État, les partis, les médias et les plateformes se renvoient souvent la balle. Or la jeunesse, elle, vit déjà dans ce champ ; elle y est exposée, elle y crée, elle y travaille, elle y débat, parfois elle s’y blesse. Reconnaître des droits numériques, c’est reconnaître un espace de citoyenneté qui ne demande pas la permission pour exister.
La troisième colonne du texte, et sans doute la plus décisive politiquement, concerne la participation à la prise de décision. La charte réaffirme l’option démocratique, mais elle le fait en visant le nerf de la guerre : l’écart entre la démocratie “déclarée” et la démocratie “vécue”. Elle parle d’accès des jeunes aux responsabilités, de formation politique, de renforcement des capacités de leadership, et même de mécanismes incitatifs pour leur représentation. Elle insiste aussi sur la démocratie participative, non comme folklore consultatif, mais comme architecture : cadre légal du dialogue public, implication dans la préparation, le suivi et l’évaluation des politiques, publication lisible des budgets locaux, facilitation des pétitions et des propositions. Derrière ces propositions, il y a une intuition simple : la confiance ne revient pas parce qu’on la réclame ; elle revient quand on montre où va l’argent, comment se fait la décision, et comment un citoyen peut peser autrement qu’en commentant sur un écran.
C’est ici que la charte prend un ton plus frontal en abordant la moralisation de la vie publique et la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts. Ce n’est pas un chapitre parmi d’autres : c’est la condition de possibilité de tous les autres. Car pour un jeune, l’école, l’emploi, la santé ou les concours perdent immédiatement leur sens dès qu’ils se teintent de soupçon. Une seule impression d’injustice suffit à démolir des années de discours sur le mérite. En liant l’inclusion des jeunes à la transparence, à la reddition des comptes et à la fin de l’impunité, la charte s’engage sur une pente glissante mais nécessaire : celle où la politique doit accepter d’être jugée sur ses pratiques, pas seulement sur ses intentions.
Reste alors la question que toute jeunesse pose, même silencieusement, dès qu’on lui présente un texte aussi ambitieux : “et après ?”. Une charte peut devenir une boussole, ou rester un beau document. La différence se joue dans la transformation des principes en dispositifs mesurables, dans la création d’instances de suivi, dans l’ouverture à la critique, et dans la capacité à publier régulièrement ce qui avance et ce qui bloque. Le risque, sinon, est connu : la jeunesse n’a pas un problème avec les grands récits ; elle a un problème avec les grands récits qui ne produisent pas de petites victoires concrètes. Elle n’exige pas l’utopie ; elle exige le sérieux.
L’ampleur de la mobilisation et la scénographie territoriale peut être lu comme une simple démonstration de force. Mais ce serait une lecture courte. Une lecture plus politique consiste à dire que l’Istiqlal cherche à réactiver un imaginaire de “contrat national” et à l’actualiser autour d’un thème qui décidera des prochaines années : la place réelle des jeunes dans la production de richesse, l’accès aux droits et la participation à l’arbitrage public. Dans un Maroc engagé dans des transitions lourdes : territoriales, sociales, numériques, climatiques; la jeunesse n’est pas un segment ; elle est la matière même du futur.
Au fond, l’enjeu du 11 janvier n’est pas de commémorer mieux que les autres, ni de rassembler plus que les autres, même si la politique adore les chiffres, et le succès était sans appel. L’enjeu est de prouver qu’une date historique peut redevenir un standard de responsabilité. Le Manifeste de l’Indépendance a été un acte de rupture parce qu’il a rendu une idée irréversible. La question posée aujourd’hui est plus exigeante encore : peut-on rendre irréversible l’idée que la jeunesse marocaine n’est pas un public à séduire, mais un partenaire à associer, un contrôle citoyen à respecter, et une force à libérer ? Si “Mithaq Chabab” se contente d’être applaudi, il sera un épisode. S’il devient un cadre de redevabilité et une matrice d’actions visibles, il peut devenir un tournant. Et c’est précisément là que se joue, désormais, la différence entre la politique qui parle de la jeunesse et la politique qui accepte de lui donner prise sur le réel.












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