Un Code né en 1969, encore debout… mais à bout de souffle
Le Code des investissements agricoles n’est pas un texte parmi d’autres. Adopté en 1969, publié au Bulletin officiel le 25 juillet de la même année, il rassemble 49 textes – dahirs, décrets, arrêtés – qui ont longtemps structuré l’intervention de l’État dans l’agriculture. Irrigation, foncier, investissements, relations administration-agriculteurs : tout ou presque passait par lui.
Pendant des décennies, le CIA a servi de boussole à une agriculture pensée de manière centralisée, volontariste, parfois autoritaire. L’État décidait, aménageait, fixait les règles du jeu. Les périmètres irrigués étaient délimités d’en haut, l’eau tarifée administrativement, les assolements encadrés par voie réglementaire. Cette logique a produit des résultats, indéniablement. Elle a aussi généré des rigidités que le temps a rendues visibles.
Aujourd’hui, le contexte n’a plus rien à voir. Le Maroc agricole de 2026 n’est plus celui de la fin des années 1960. Climat instable, stress hydrique chronique, ouverture commerciale, pression démographique, aspirations nouvelles des jeunes ruraux : le CIA, dans sa version actuelle, donne parfois l’impression d’un costume trop étroit, usé aux coudes.
Pendant des décennies, le CIA a servi de boussole à une agriculture pensée de manière centralisée, volontariste, parfois autoritaire. L’État décidait, aménageait, fixait les règles du jeu. Les périmètres irrigués étaient délimités d’en haut, l’eau tarifée administrativement, les assolements encadrés par voie réglementaire. Cette logique a produit des résultats, indéniablement. Elle a aussi généré des rigidités que le temps a rendues visibles.
Aujourd’hui, le contexte n’a plus rien à voir. Le Maroc agricole de 2026 n’est plus celui de la fin des années 1960. Climat instable, stress hydrique chronique, ouverture commerciale, pression démographique, aspirations nouvelles des jeunes ruraux : le CIA, dans sa version actuelle, donne parfois l’impression d’un costume trop étroit, usé aux coudes.
De l’autosuffisance à la sécurité alimentaire : un changement de logiciel
Le ministère de l’Agriculture le reconnaît sans détour dans les objectifs de l"étude. Les objectifs ont changé. On ne parle plus seulement d’autosuffisance, mais de sécurité alimentaire, notion plus large, plus complexe, plus exposée aussi aux chocs extérieurs. Accords de libre-échange avec les États-Unis et l’Union européenne, fin progressive des monopoles d’État sur le commerce agricole, alignement sur la loi de la concurrence : le marché a pris une place centrale.
Dans le même mouvement, l’approche top-down de l’aménagement hydroagricole cède du terrain. Partenariats public-privé, contractualisation, participation accrue des acteurs locaux : le vocabulaire a changé, les pratiques tentent de suivre. L’État n’est plus le seul maître d’œuvre ; il devient facilitateur, régulateur, parfois arbitre.
Sur le principe, peu contestent cette évolution. Mais sur le terrain, les agriculteurs, notamment les petits et moyens exploitants, s’interrogent. La libéralisation protège-t-elle vraiment face à la concurrence des produits importés ? La contractualisation ne risque-t-elle pas de renforcer les asymétries de pouvoir entre grands investisseurs et exploitations familiales ? La réforme du CIA devra répondre à ces inquiétudes, sans les balayer d’un revers technocratique.
Foncier, eau, jeunes ruraux : les nœuds durs de la réforme
Le texte initial du ministère pointe un angle mort devenu central : le foncier. L’application des règles relatives à la propriété agricole est de plus en plus complexe. Morcellement, statuts multiples, héritages bloqués, terres collectives : le CIA n’a jamais vraiment réglé ces questions. Or, sans accès clair au foncier, parler d’investissement agricole relève parfois de l’incantation.
Autre sujet brûlant : l’eau. Le régime juridique de l’irrigation, pensé à une époque d’abondance relative, peine à intégrer la rareté structurelle actuelle. Tarification, partage de la ressource, responsabilité environnementale : la réforme du CIA devra arbitrer entre efficacité économique et justice hydrique, dans un pays où chaque mètre cube compte.
Enfin, il y a la question des jeunes ruraux. Le ministère le reconnaît lui-même : le besoin d’insertion devient pressant. Génération Green a placé l’humain au cœur de sa stratégie, mais sans un cadre juridique rénové, l’ambition risque de rester partielle. Un Code des investissements agricoles repensé peut-il réellement devenir un levier d’entrepreneuriat rural, ou se contentera-t-il d’accompagner les acteurs déjà installés ?
Une étude ambitieuse… mais sous haute vigilance
Sur le plan méthodologique, l’étude annoncée est sérieuse. Trois missions, huit mois de travail, un diagnostic approfondi, un benchmark international, une concertation avec les parties prenantes. Le ministère insiste sur la recherche de consensus et d’appropriation collective. Sur le papier, tout y est.
Reste une question de fond : que fera-t-on réellement des conclusions ? Le Maroc n’en est pas à sa première réforme bien documentée. Le risque n’est pas l’absence d’analyse, mais la dilution politique des arbitrages. Réformer le CIA, c’est toucher à des intérêts établis, à des équilibres régionaux, à des choix budgétaires lourds. Cela suppose du courage, de la cohérence, et une vision alignée avec le Nouveau modèle de développement.
Comme le rappelait récemment un expert agricole lors d’un débat à Rabat : « Une loi agricole n’est jamais neutre. Elle dit toujours qui on protège, qui on encourage, et qui on laisse de côté. » La future charte du développement agricole devra assumer ces choix, sans faux-semblants.
Dans le même mouvement, l’approche top-down de l’aménagement hydroagricole cède du terrain. Partenariats public-privé, contractualisation, participation accrue des acteurs locaux : le vocabulaire a changé, les pratiques tentent de suivre. L’État n’est plus le seul maître d’œuvre ; il devient facilitateur, régulateur, parfois arbitre.
Sur le principe, peu contestent cette évolution. Mais sur le terrain, les agriculteurs, notamment les petits et moyens exploitants, s’interrogent. La libéralisation protège-t-elle vraiment face à la concurrence des produits importés ? La contractualisation ne risque-t-elle pas de renforcer les asymétries de pouvoir entre grands investisseurs et exploitations familiales ? La réforme du CIA devra répondre à ces inquiétudes, sans les balayer d’un revers technocratique.
Foncier, eau, jeunes ruraux : les nœuds durs de la réforme
Le texte initial du ministère pointe un angle mort devenu central : le foncier. L’application des règles relatives à la propriété agricole est de plus en plus complexe. Morcellement, statuts multiples, héritages bloqués, terres collectives : le CIA n’a jamais vraiment réglé ces questions. Or, sans accès clair au foncier, parler d’investissement agricole relève parfois de l’incantation.
Autre sujet brûlant : l’eau. Le régime juridique de l’irrigation, pensé à une époque d’abondance relative, peine à intégrer la rareté structurelle actuelle. Tarification, partage de la ressource, responsabilité environnementale : la réforme du CIA devra arbitrer entre efficacité économique et justice hydrique, dans un pays où chaque mètre cube compte.
Enfin, il y a la question des jeunes ruraux. Le ministère le reconnaît lui-même : le besoin d’insertion devient pressant. Génération Green a placé l’humain au cœur de sa stratégie, mais sans un cadre juridique rénové, l’ambition risque de rester partielle. Un Code des investissements agricoles repensé peut-il réellement devenir un levier d’entrepreneuriat rural, ou se contentera-t-il d’accompagner les acteurs déjà installés ?
Une étude ambitieuse… mais sous haute vigilance
Sur le plan méthodologique, l’étude annoncée est sérieuse. Trois missions, huit mois de travail, un diagnostic approfondi, un benchmark international, une concertation avec les parties prenantes. Le ministère insiste sur la recherche de consensus et d’appropriation collective. Sur le papier, tout y est.
Reste une question de fond : que fera-t-on réellement des conclusions ? Le Maroc n’en est pas à sa première réforme bien documentée. Le risque n’est pas l’absence d’analyse, mais la dilution politique des arbitrages. Réformer le CIA, c’est toucher à des intérêts établis, à des équilibres régionaux, à des choix budgétaires lourds. Cela suppose du courage, de la cohérence, et une vision alignée avec le Nouveau modèle de développement.
Comme le rappelait récemment un expert agricole lors d’un débat à Rabat : « Une loi agricole n’est jamais neutre. Elle dit toujours qui on protège, qui on encourage, et qui on laisse de côté. » La future charte du développement agricole devra assumer ces choix, sans faux-semblants.
Le futur Code des investissements agricoles est à la croisée des chemins.
Il peut devenir un texte fondateur, capable d’accompagner une agriculture marocaine plus résiliente, plus inclusive, plus durable. Il peut aussi rester un compromis tiède, ajusté à la marge, incapable de répondre aux urgences climatiques et sociales. La réforme est lancée. Le débat, lui, ne fait que commencer.












L'accueil















