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Du grand scalpel aux gestes millimétrés

L'évolution de la chirurgie digestive, en hommage au Pr Abdelmjid Belmahi.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et journalisme de santé.

Dans l’histoire de la chirurgie viscérale digestive, il existe des noms qui marquent les générations.

Des chirurgiens qui n’ont pas seulement opéré des malades, mais qui ont façonné une école, transmis un savoir, instauré une culture de rigueur et d’humanisme.

Au Maroc, le nom du Pr Abdelmjid Belmahi appartient à cette génération pionnière.

Une génération de chirurgiens qui ont exercé à une époque où la chirurgie exigeait des gestes amples, une endurance physique impressionnante et une connaissance intime de l’anatomie.



Car à cette époque, la chirurgie digestive se faisait à ciel ouvert.

Le scalpel traçait sur l’abdomen des incisions larges, parfois longues comme une ligne qui traversait le ventre. 

Ces ouvertures généreuses permettaient au chirurgien de voir, de palper, d’explorer les organes. 

Le regard et la main étaient les deux instruments majeurs du diagnostic peropératoire.

La laparotomie médiane constituait alors la grande porte d’entrée du chirurgien. 

Une incision verticale, franche, qui ouvrait l’accès à l’estomac, au foie, au pancréas et aux intestins.

Le geste était sûr, maîtrisé, mais il restait impressionnant pour les patients et exigeant pour leur convalescence.

Les instruments de l’époque reflétaient cette chirurgie de la visibilité directe. 
Pinces robustes, écarteurs métalliques maintenus par des assistants, ciseaux chirurgicaux précis mais puissants. 

Le bloc opératoire résonnait du cliquetis des instruments d’acier. Les fils de suture étaient souvent en soie ou en matériaux non résorbables. 

Le chirurgien refermait les plans anatomiques avec patience et minutie.

Du grand scalpel aux gestes millimétrés
Chaque point comptait. Chaque nœud devait tenir dans le temps.

La fermeture de la paroi abdominale représentait presque une seconde opération. 
Les sutures devaient être solides pour prévenir les éventrations, redoutées par tous les chirurgiens.

Puis la chirurgie digestive a entamé sa transformation.

L’anesthésie s’est perfectionnée. 
Les techniques d’asepsie ont progressé. 
Les matériaux chirurgicaux ont évolué. 
Et surtout, la technologie est entrée au bloc opératoire.

Peu à peu, les grandes incisions ont commencé à se réduire.
La laparoscopie a marqué un tournant historique. 

Au lieu d’ouvrir largement l’abdomen, le chirurgien introduit désormais une caméra et de longs instruments à travers de petites incisions. 

L’image de l’intérieur du corps apparaît sur un écran. 
Les gestes deviennent plus fins, presque chorégraphiques.

Le regard du chirurgien ne plonge plus directement dans l’abdomen.

Il se guide par la lumière froide d’une caméra haute définition.

Les instruments ont changé d’échelle. 
Les pinces sont devenues longues et fines. 
Les ciseaux sont miniaturisés. 

Les systèmes d’énergie permettent de couper et coaguler avec une précision remarquable.

Les fils de suture eux-mêmes ont évolué. Les matériaux résorbables modernes se dissolvent progressivement dans les tissus. 

Les agrafes mécaniques permettent de réaliser des anastomoses digestives rapides et sûres.

La chirurgie robotique est venue prolonger cette révolution. 

Les mouvements du chirurgien sont traduits par des bras articulés capables de gestes d’une extrême précision.

Ainsi, en quelques décennies, la chirurgie viscérale est passée d’une médecine du geste ample à une médecine du geste millimétré.

Les incisions se sont raccourcies. 
Les cicatrices se sont faites plus discrètes. 
Les douleurs postopératoires ont diminué. 
Les patients quittent l’hôpital plus rapidement.

Mais derrière ces évolutions technologiques demeure un héritage fondamental.

​Celui des pionniers.

Les chirurgiens de la génération du Pr Abdelmjid Belmahi et Pr Abdelkader Tounsi ont bâti les fondations de cette discipline. 

Ils ont transmis l’art du respect des tissus, la connaissance rigoureuse de l’anatomie et la responsabilité immense que représente l’ouverture du corps humain.

La technologie a transformé les outils, mais l’esprit de la chirurgie reste le même.

Observer avec précision. Décider avec prudence. Agir avec maîtrise.

Dans chaque incision, qu’elle soit large comme autrefois ou minuscule comme aujourd’hui, il demeure une même exigence : celle de servir la vie.

Et c’est peut-être là le plus bel héritage laissé par les grands chirurgiens.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.

Lundi 16 Mars 2026



Rédigé par La rédaction le Lundi 16 Mars 2026

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