L'ODJ Média

lodj






Le chirurgien déchu qui se rêvait prince.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et en journalisme de santé.

Une fiction sur une page ignorée de l’histoire récente de la médecine au Maroc.

Dans un bloc opératoire de chirurgie, comme une promesse, un professeur de médecine maniait autrefois le bistouri avec une élégance rare.
La lame obéissait à ses doigts comme une plume à l’écrivain.
Chaque incision semblait une phrase parfaitement ponctuée.

On disait de lui qu’il réparait les défauts d’un organe noble comme un horloger répare une montre ancienne, avec cette patience grave que l’on réserve aux objets précieux.

Dieu — dans une générosité dont Il a le secret — lui avait offert une intelligence vive, presque insolente.
Une intelligence qui éclairait les diagnostics et devraient raccourcir les nuits d’angoisse des malades.

Et un jour, dans des conditions difficiles, presque héroïques, il accomplit une prouesse médicale dont les couloirs hospitaliers parlent encore à voix basse.
Une de ces victoires rares qui s’inscrivent dans la mémoire d’une profession et, peut-être, dans une  page de l’histoire médicale du Maroc.



Les infirmiers murmuraient son nom.

Les étudiants rêvaient de lui ressembler. Les patients le bénissaient. Tout aurait pu s’arrêter là. Mais l’intelligence est une maîtresse dangereuse lorsqu’elle se contemple trop longtemps dans le miroir.

Elle finit par donner l’illusion d’un pouvoir. Le professeur regarda alors son bistouri — ce modeste morceau d’acier — et pensa soudain qu’il méritait mieux qu’un simple théâtre opératoire. Il voulut les couloirs du pouvoir.

Les bureaux capitonnés. Les décisions qui se signent avec des stylos lourds plutôt qu’avec des lames fines.

C’est alors que l’ombre de  Machiavel passa au-dessus de son épaule.

Il relut le Prince comme on lit un traité de chirurgie, persuadé que gouverner les hommes n’était qu’une autre forme d’opération délicate. Quelle erreur. Quelle candeur presque grotesque. Et surtout, quel manque d’humilité.

Le corps humain est parfois capricieux, mais l’administration est un labyrinthe où même les minotaures perdraient leur chemin.

Le chirurgien entra donc dans ce monde spécial qu’on appelle l’administration. Une bâtisse pleine de bureaux, de couloirs interminables, de regards obliques et de conflits silencieux.

Et lui, qui trouvait une étrange énergie dans la friction des caractères, transforma peu à peu l’espace qu’il devait gouverner en une poudrière. Les collègues qui auraient dû travailler main dans la main apprirent à se regarder en chiens de faïence.

Les alliances devinrent fragiles.

Les couloirs bruissèrent de rumeurs. Les réunions prirent l’allure de champs de bataille sourde. Là, l’expérience bistourienne ne servait à rien.

On ne dissèque pas les relations humaines avec une lame comme on dissèque une valve ou un ventricule du cœur. Dans l’administration, la seule arme valable est la langue de la communication. Et non cette dictature silencieuse que certains chefs prennent pour de l’autorité.

Le professeur, qui savait ouvrir un thorax en quelques minutes, mit longtemps — trop longtemps peut-être — à comprendre qu’il n’avait jamais appris la seule chirurgie utile dans ces lieux : celle qui consiste à guider son ambition sans écraser celle des autres.

Alors il tenta de jouer au prince. Mais jouer au prince est dangereux quand on n’est qu’un chirurgien habitué à être entouré d’excutants.

Car les vrais princes — ceux que  Machiavel aurait reconnus — ne tiennent pas que des bistouris. Ils doivent surtout tenir des ficelles. Et un jour, presque sans bruit, l’artiste du bistouri se retrouva réduit à une caricature de prince.

Les couloirs qu’il croyait conquérir l’avaient simplement rejeté. La chute fut rapide. Tonitruante et sourde dans sa cruauté. Une chute brève, ironique et implacable. La sentence tomba d’en haut, nette comme une guillotine administrative.

Des années passèrent.

Et après le pardon du Dieu Tout-Puissant, il ne lui reste plus qu’une question suspendue dans l’air, comme une prière inachevée : Peut-on retrouver la noblesse d’un art que l’on a abandonné pour courir après l’ombre du pouvoir ? Peut-être.

Après tout, Dieu est grand. Un chirurgien qui reprend son bistouri peut parfois réparer autre chose qu’un organe. Il peut réparer son propre destin. Enlever la malignité de son cerveau. Mais il est des images que la mémoire refuse d’effacer. Sa dernière sortie de l’administration.

Ce jour-là, même le sbire posté à la porte refusa de le saluer. Il l’accompagna avec un regard méprisant jusqu’à la porte de sortie avec une phrase sèche, presque satanique dans sa cruauté : — Tu as voulu être un prince.

Aujourd’hui, tu es un paria. Et pour la première fois depuis longtemps, l’ancien maître du bistouri comprit que certaines blessures ne saignent pas. Elles cicatrisent. Mais la trace de la plaie est toujours là.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.

Lundi 16 Mars 2026



Rédigé par La rédaction le Lundi 16 Mars 2026

Breaking news | Plume IA | Communiqué de presse | Gaming | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | L'ODJ Podcasts - 8éme jour | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média | Avatar IA Live


Bannière Réseaux Sociaux


Bannière Lodj DJ

Les informations de ce portail sont publiées à titre purement informatif et ne peuvent être considérées comme des conseils médicaux personnalisés. Aucun traitement ne devrait être entrepris en se basant uniquement sur le contenu de ces articles, et il est fortement recommandé au lecteur de consulter des professionnels de santé dûment homologués auprès des autorités sanitaires pour toute question relative à leur santé et leur bien-être. L’éditeur n’est pas un fournisseur de soins médicaux homologués. L’éditeur de ce portail d'information ne pratique à aucun titre la médecine lui-même, ni aucune autre profession thérapeutique, et s’interdit formellement d’entrer dans une relation de praticien de santé vis-à-vis de malades avec ses lecteurs. Aucune des informations ou de produits mentionnés sur ce site ne sont destinés à diagnostiquer, traiter, atténuer ou guérir une maladie.








LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo