En 2022, près de sept années de progrès vers l’élimination de la pauvreté et de la vulnérabilité partent en fumée

Effets combinés pandémie & inflation catégorielle font que le Maroc retrouve le niveau de pauvreté et de vulnérabilité monétaires de 2014


Pour rende compte de l’évolution des inégalités sociales dans un contexte marqué par les effets de la COVID-19 et de l'envolée des prix , le HCP vient de procéder à la présentation des traits saillants de son étude se référant aux structures des dépenses des ménages de l’enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages 2013/2014 et aux données issues de l’enquête mensuelle sur les prix à la consommation, de l’enquête nationale sur les sources de revenu 2019 et du troisième panel sur les répercussions de la pandémie sur la situation socioéconomique des ménages 2021/2022.



Écouter le podcast en entier :


Au tout début de sa présentation communiqué mercredi dernier, le département de M. Ahmed Lahlimi apporte certaines précisions :

D’abord, l’estimation de l’effet de la COVID-19 sur les inégalités sociales, menée, du 11 octobre 2021 au 10 février 2022, auprès d’un échantillon de 12 000 ménages, consiste à mesurer l’incidence des variations observées dans la consommation des ménages, entre 2019 et 2021, sur la distribution sociale du niveau de vie.

Autrement dit, à appréhender les effets de la pandémie COVID-19 sur les conditions de vie de la population.

Ensuite, l’effet inflation sur les inégalités sociales consiste à évaluer l’indice des prix à la consommation par catégorie de ménages et son impact sur le niveau et la structure des dépenses de son panier de consommation. Sachant que les catégories de ménages considérées sont définies par milieu de résidence, niveau de vie et catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage.

Que retenir alors ?

Approchant le niveau de vie des ménages à l’aune des effets de la pandémie COVID-19, le HCP livre des constats :

Entre 2019 et 2021, le niveau de vie des ménages, sous les effets de la crise sanitaire, a annuellement régressé de 2,2%. Et les ouvriers, les commerçants et les exploitants agricoles sont les plus touchés sur fond d’une recomposition de la structure de consommation et d’une accentuation des inégalités sociales, de la pauvreté et de la vulnérabilité

Des chiffres qui en disent long

En chiffres, le HCP révèle qu’entre Octobre 2019 et Décembre 2021, " le niveau de vie moyen des ménages, mesuré par la dépense de consommation par tête en valeur nominale, a baissé de 20 400 DH à 20 040 DH au niveau national, de 24 620 DH à 24260 DH dans les villes et de 12 800 DH à 12 420 DH à la campagne. En termes réels, le niveau de vie a annuellement baissé de 2,2 % sur cette période, de 2 % en milieu urbain et de 2,6 % en milieu rural ".

Par catégorie sociale, l’on note aussi que " le niveau de vie des 20 % des ménages les moins aisés a connu une baisse de 7 000 DH à 6 860 DH, soit une baisse annuelle moyenne de 2,3 % en termes réels. Celui des 20 % des ménages les plus aisés a chuté de 2,5 %, passant de 47 780 DH à 46 620 DH. Pour les 60 % des ménages intermédiaires, le niveau de vie a baissé de 15 730 DH à 15 570 DH, soit une baisse annuelle moyenne de 1,9 % ».

Selon la catégorie socioprofessionnelle des chefs de ménage, le niveau de vie moyen a annuellement baissé de 3,6 % pour les "Ouvriers non qualifiés", de 3,6 % pour les "Artisans et ouvriers qualifiés", 2,8 % pour les "Commerçants et les intermédiaires commerciaux", de 2,4 % pour les "Exploitants et ouvriers agricoles" et de 1,8 % pour les "Responsables hiérarchiques et cadres supérieurs".

Les dépenses allouées aux Soins médicaux et aux Biens et services de communication ont enregistré une hausse annuelle respectivement de 10,9 % et 4,6 %.
Pour le HCP, ce rebond est lié au surcoût de dépense des mesures de précaution pour lutter contre la propagation de la covid-19 et à l'intensification des usages des technologies de communication depuis le début de la crise sanitaire.


Qu'en est-il du mal être ?

A ce niveau le HCP précise que les conséquences de la pandémie COVID-19 sur le bien-être socioéconomique des ménages se sont traduites par une accentuation des inégalités sociales

Telles qu’explicitées par le HCP, cette accentuation émane du fait que la part des dépenses afférente aux 20 % des ménages les plus aisés est passée de 46,1 % au cours de la période d’avant pandémie à 47,7 % en 2021, contre une baisse de 7 % à 6,5 % pour les 20 % des ménages les moins aisés.

Telles que mesurées par l’indice de Gini, ces inégalités ont connu, sur cette période, une hausse de près de deux points de pourcentage, passant de 38,5 % à 40,3 % au niveau national, de 37,2 % à 39,1 % en milieu urbain et de 30,2 % à 31,9 % en milieu rural.

Le HCP ajoute aussi que l’incidence de la pauvreté absolue a augmenté de 1,7% en 2019 à 3% en 2021 au niveau national, de 3,9 % à 6,8 % en milieu rural et de 0,5 % à 1 % en milieu urbain. Et ce, au moment où la vulnérabilité économique a connu une importante hausse : le taux de vulnérabilité est passé de 7,3 % en 2019 à 10 % en 2021 au niveau national, de 11,9 % à 17,4 % en milieu rural et de 4,6 % à 5,9 % en milieu urbain.

 

Qu’en est-il des effets de l’inflation catégorielle sur le niveau de vie des ménages ?

A ce niveau, partant du fait que les prix à la consommation ont augmenté plus vite durant la période allant de janvier à juillet 2022 et le taux d'inflation moyen, en glissement annuel, a atteint 5,5%, soit un niveau 5 fois supérieur à celui enregistré entre 2017 et 2021, le HCP révèle que cette envolée des prix a accentué les inégalités sociales au point que le Maroc se retrouve, en 2022, avec le niveau de la pauvreté et de la vulnérabilité monétaires de 2014 et perd ainsi près de sept années de progrès vers l’élimination de la pauvreté et de la vulnérabilité.

En chiffres, ce sont environ 3,2 millions de personnes supplémentaires qui ont basculé dans la pauvreté (1,15 millions) ou dans la vulnérabilité (2,05 millions).

Le HCP conclut que près de 45 % de cette détérioration de la pauvreté et de la vulnérabilité est due à l’effet de la pandémie et 55 % à l’effet de la hausse des prix à la consommation.





Noureddine Batije
Noureddine BATIJE est un journaliste spécialiste en investigation journalistique et traitement de... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 12 Octobre 2022

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