La Réserve fédérale estime que le boom des investissements dans l’IA contribue actuellement aux pressions inflationnistes, alors que ses gains de productivité mettront davantage de temps à se diffuser
Dans un discours prononcé à Oakland, Lisa Cook a estimé que les pressions inflationnistes devraient rester présentes dans les prochains mois, alimentées notamment par les investissements liés à l’intelligence artificielle et par la hausse des prix du pétrole.
Elle considère que les gains de productivité liés à l’IA devraient avoir un effet désinflationniste à moyen terme. Mais pas suffisamment vite pour compenser les tensions actuelles.
Nous avons tendance à parler de l’IA comme si ses bénéfices arrivaient immédiatement. Ses coûts, eux, arrivent en premier.
Pour faire fonctionner ChatGPT, il faut construire beaucoup de béton
L’intelligence artificielle paraît immatérielle. Mais derrière cette simplicité se trouve une infrastructure extraordinairement physique : data centers, serveurs, GPU, transformateurs électriques, fibres optiques, systèmes de refroidissement, terrains, centrales électriques, réseaux, techniciens et construction.
La révolution numérique la plus avancée du moment nécessite donc énormément de béton, de cuivre, d’électricité et de capital.
La révolution numérique la plus avancée du moment nécessite donc énormément de béton, de cuivre, d’électricité et de capital.
Première phase : tout le monde investit en même temps
Lorsque Microsoft, Google, Amazon, Meta, OpenAI, Anthropic et des dizaines d’autres acteurs veulent simultanément construire des capacités de calcul, ils se disputent les mêmes ressources : GPU, électricité, terrains adaptés, ingénieurs, équipements électriques, capacité de construction et financement.
Lorsque la demande augmente plus vite que l’offre, les prix montent.
Lorsque la demande augmente plus vite que l’offre, les prix montent.
Deuxième phase : la productivité commence à répondre
Ensuite seulement arrive l’autre côté de l’équation. Un développeur produit davantage de code. Un centre d’appel traite davantage de demandes. Une banque automatise certains contrôles. Une usine réduit ses défauts. Une entreprise logistique optimise ses tournées. Une administration traite plus rapidement ses dossiers.
À ce moment-là, la même quantité de travail peut produire davantage de valeur. La productivité augmente. Et ces gains peuvent devenir désinflationnistes.
À ce moment-là, la même quantité de travail peut produire davantage de valeur. La productivité augmente. Et ces gains peuvent devenir désinflationnistes.
Le paradoxe : l’IA peut obliger la Fed à combattre l’inflation créée par l’investissement dans l’IA
La Réserve fédérale cherche à ramener l’inflation vers son objectif. Or l’un des plus grands cycles d’investissement privé de l’histoire récente se déroule simultanément dans les infrastructures d’intelligence artificielle.
Plus les entreprises investissent rapidement, plus elles peuvent contribuer à maintenir la demande élevée. La banque centrale pourrait donc se retrouver devant une situation paradoxale : maintenir des taux élevés pour contenir en partie les tensions produites par les investissements destinés à créer les futurs gains de productivité.
Lisa Cook n’a pas annoncé mécaniquement de nouvelles hausses de taux : elle a indiqué que les décisions futures dépendraient des données économiques.
Plus les entreprises investissent rapidement, plus elles peuvent contribuer à maintenir la demande élevée. La banque centrale pourrait donc se retrouver devant une situation paradoxale : maintenir des taux élevés pour contenir en partie les tensions produites par les investissements destinés à créer les futurs gains de productivité.
Lisa Cook n’a pas annoncé mécaniquement de nouvelles hausses de taux : elle a indiqué que les décisions futures dépendraient des données économiques.
Et si le boom de l’IA devenait aussi un boom de la dette ?
Ces infrastructures doivent être financées. Les groupes technologiques disposent de trésoreries considérables, mais les besoins deviennent tellement importants qu’une partie croissante de l’écosystème recourt également à la dette et à des montages financiers complexes.
L’IA devient donc progressivement un sujet pour les banques centrales non seulement parce qu’elle transforme la productivité, mais parce qu’elle transforme également l’investissement, la demande d’électricité, les marchés de capitaux, le coût du financement et potentiellement l’inflation.
L’IA devient donc progressivement un sujet pour les banques centrales non seulement parce qu’elle transforme la productivité, mais parce qu’elle transforme également l’investissement, la demande d’électricité, les marchés de capitaux, le coût du financement et potentiellement l’inflation.
Le Maroc doit regarder les deux côtés de l’équation
Le Royaume veut développer ses capacités numériques, attirer des data centers, développer l’intelligence artificielle, former des compétences et renforcer sa souveraineté technologique.
Mais chaque investissement possède une facture immédiate. Une partie des serveurs et GPU doit être importée. Les infrastructures consomment de l’énergie. Elles mobilisent du capital. Elles nécessitent parfois des devises.
La bonne question n’est donc pas seulement : « Combien allons-nous investir dans l’IA ? » Mais : « Combien de productivité chaque dirham investi dans l’IA permettra-t-il ensuite de créer ? »
Mais chaque investissement possède une facture immédiate. Une partie des serveurs et GPU doit être importée. Les infrastructures consomment de l’énergie. Elles mobilisent du capital. Elles nécessitent parfois des devises.
La bonne question n’est donc pas seulement : « Combien allons-nous investir dans l’IA ? » Mais : « Combien de productivité chaque dirham investi dans l’IA permettra-t-il ensuite de créer ? »
L’électricité devient une politique numérique
Une stratégie d’intelligence artificielle est désormais aussi une stratégie énergétique. Sans électricité disponible, compétitive et stable, impossible de développer massivement le calcul.
Le Maroc possède ici un atout potentiel avec le développement des renouvelables. Mais la compétition mondiale pour les data centers obligera à regarder très précisément le prix du kilowattheure, la disponibilité du réseau, la capacité de stockage, l’eau nécessaire au refroidissement selon les technologies et l’empreinte énergétique globale.
Le Maroc possède ici un atout potentiel avec le développement des renouvelables. Mais la compétition mondiale pour les data centers obligera à regarder très précisément le prix du kilowattheure, la disponibilité du réseau, la capacité de stockage, l’eau nécessaire au refroidissement selon les technologies et l’empreinte énergétique globale.
Mesurer le rendement réel de l’IA
Le succès d’une stratégie IA ne devrait probablement pas être mesuré uniquement par le nombre de GPU, de data centers, de startups ou le montant des investissements annoncés.
Il faudrait également mesurer les gains de productivité, les économies réalisées, les exportations créées, les nouveaux emplois qualifiés et la valeur supplémentaire produite par les entreprises utilisatrices.
Il faudrait également mesurer les gains de productivité, les économies réalisées, les exportations créées, les nouveaux emplois qualifiés et la valeur supplémentaire produite par les entreprises utilisatrices.
D’abord la facture, ensuite la promesse
L’intelligence artificielle reste probablement l’une des technologies les plus susceptibles d’améliorer la productivité mondiale. Mais l’économie possède son propre calendrier.
Avant l’automatisation, il faut investir. Avant la productivité, il faut former. Avant les économies, il faut acheter les équipements. Avant que les modèles ne fassent baisser certains coûts, il faut construire les data centers qui les font fonctionner.
Pour le Maroc comme pour les États-Unis, le véritable enjeu ne sera donc pas seulement d’investir vite dans l’intelligence artificielle. Il sera de faire en sorte que la productivité arrive avant que la facture ne devienne trop lourde.
Avant l’automatisation, il faut investir. Avant la productivité, il faut former. Avant les économies, il faut acheter les équipements. Avant que les modèles ne fassent baisser certains coûts, il faut construire les data centers qui les font fonctionner.
Pour le Maroc comme pour les États-Unis, le véritable enjeu ne sera donc pas seulement d’investir vite dans l’intelligence artificielle. Il sera de faire en sorte que la productivité arrive avant que la facture ne devienne trop lourde.












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