L'eau où la priorité ultime
Derrière ces quelques mots se trouve une rupture de logique. Pendant longtemps, la politique agricole a naturellement cherché à augmenter la production, soutenir les revenus, développer les exportations et améliorer la compétitivité. Mais dans un pays confronté à des années répétées de sécheresse, une autre question devient impossible à éviter : peut-on continuer à soutenir de la même manière toutes les productions, quelles que soient leurs exigences en eau ?
C’est là que la proposition surprend favorablement. Elle revient à introduire une contrainte devenue centrale dans l’économie marocaine : la rareté hydrique. Une aide publique ne serait plus évaluée seulement en fonction du rendement, de l’emploi ou de la valeur produite, mais aussi en fonction de la quantité d’eau mobilisée pour y parvenir. Cela pourrait modifier profondément les arbitrages.
Une culture très consommatrice d’eau dans une zone sous forte tension hydrique pourrait, demain, être moins soutenue qu’une activité agricole mieux adaptée aux ressources disponibles. À l’inverse, certaines filières économes en eau pourraient être davantage encouragées. Ce n’est pas un détail.
Le programme rappelle d’ailleurs que le Maroc sort d’une séquence de sept années consécutives de sécheresse, qualifiée de crise sans précédent, et inscrit la souveraineté hydrique et alimentaire parmi les priorités stratégiques.
Évidemment, les difficultés d’application sont nombreuses. Comment calculer précisément l’empreinte hydrique d’une production ? À quelle échelle ? Par exploitation, par culture, par bassin ? Comment éviter de fragiliser brutalement des agriculteurs déjà exposés au climat et à la hausse des coûts ? Et quelles alternatives leur proposer ?
Le programme introduit une idée qui pourrait devenir incontournable : l’eau n’est plus seulement une ressource à gérer, elle devient un critère de décision économique. C’est peut-être l’un des débats les plus sérieux que le Maroc puisse ouvrir aujourd’hui. Car dans les années qui viennent, la question ne sera probablement plus seulement : que voulons-nous produire ? Elle sera aussi : avons-nous suffisamment d’eau pour continuer à le produire de cette manière ?












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