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Et si les prochaines vacances des Marocains se passaient… à la ferme ?


Rédigé par La rédaction le Samedi 25 Juillet 2026

Et si le prochain gouvernement pouvait créer, sans construire une seule station balnéaire supplémentaire ni un seul grand complexe hôtelier, une nouvelle destination touristique marocaine ?

Depuis des décennies, notre politique touristique s'est naturellement appuyée sur trois piliers : la mer, la montagne et les grandes villes. Cette stratégie a permis au Maroc de bâtir une offre reconnue, attractive et diversifiée. Mais les attentes des voyageurs évoluent, le tourisme intérieur cherche un nouveau souffle et le monde rural aspire à de nouvelles sources de revenus.

Et si la prochaine grande innovation touristique ne venait ni d'un littoral encore inexploité, ni d'une nouvelle ville touristique, mais tout simplement de nos campagnes ?

Le Royaume possède des milliers d'exploitations agricoles, des terroirs d'exception, un patrimoine rural vivant, des savoir-faire ancestraux et une gastronomie reconnue dans le monde entier. Autant d'atouts qui restent encore largement absents de notre offre touristique nationale.

Faire de l'agritourisme une véritable politique publique ne serait pas seulement une idée séduisante pour les vacanciers. Ce serait un projet de développement territorial capable de soutenir les agriculteurs, de créer des emplois en milieu rural, de renforcer le tourisme intérieur et de promouvoir un modèle de croissance plus durable.



Et si le prochain gouvernement faisait des vacances à la ferme la quatrième grande destination touristique du Maroc ?

Après la plage, la montagne et les grandes villes, le Maroc pourrait inventer une quatrième destination touristique : l’agritourisme, au service du monde rural, du tourisme intérieur et du développement durable.

Au Maroc, les vacances semblent obéir à une géographie presque immuable. Quand vient l’été, les familles se dirigent vers les plages du Nord, d’Agadir, d’Essaouira ou de Saïdia. D’autres choisissent les montagnes de l’Atlas ou du Rif. Les grandes métropoles et les villes impériales complètent cette carte traditionnelle des loisirs.

La plage, oui. La montagne, oui. Marrakech, Tanger, Fès ou Casablanca, oui. Mais pourquoi le Maroc ne créerait-il pas une quatrième grande destination pour ses touristes nationaux : les vacances à la ferme ?

L’idée peut sembler simple, presque naïve. Elle est pourtant porteuse d’une véritable politique économique, sociale et territoriale.

Il ne s’agirait pas seulement de dormir dans une maison située à la campagne. L’agritourisme consiste à transformer une exploitation agricole en lieu d’accueil, de découverte et d’expérience. Le visiteur ne vient plus uniquement chercher une chambre et un repas. Il vient partager, pendant quelques jours, une manière de vivre.

Cueillir des pommes à Midelt, participer à la récolte des olives près de Meknès, découvrir l’apiculture dans le Rif, préparer du pain traditionnel dans une ferme de l’Atlas, observer les étoiles dans une oasis, accompagner un éleveur, visiter une coopérative féminine ou apprendre à reconnaître les plantes aromatiques : le Maroc dispose déjà de milliers d’expériences possibles.

Ce potentiel existe. Il reste cependant dispersé, insuffisamment structuré et souvent invisible.

Le tourisme intérieur marocain souffre d’une forte concentration géographique et saisonnière. Les mêmes destinations sont prises d’assaut pendant les mêmes périodes. Les prix augmentent, les infrastructures saturent et les familles aux budgets modestes peinent à trouver des formules accessibles.

Pendant ce temps, des territoires ruraux d’une grande richesse restent à l’écart des principaux flux touristiques.

L’agritourisme permettrait de mieux répartir les visiteurs sur le territoire, de proposer des séjours plus courts et plus abordables, et de créer des activités touristiques en dehors de la seule haute saison estivale.

Une ferme peut accueillir des visiteurs au moment des récoltes, des floraisons, des vendanges, de la production du miel ou de la préparation des produits du terroir. Chaque saison peut devenir une invitation au voyage.

Il ne s’agit donc pas de concurrencer les stations balnéaires ou les hôtels urbains, mais de compléter l’offre marocaine.

L’enjeu dépasse largement le tourisme. : Donner un second revenu aux agriculteurs

Une exploitation agricole reste exposée aux aléas climatiques, aux fluctuations des prix, à la sécheresse et aux difficultés de commercialisation. L’accueil touristique pourrait apporter un revenu complémentaire, sans obliger l’agriculteur à abandonner son activité principale.

Une ferme accueillant quelques familles le week-end pourrait générer des recettes grâce à l’hébergement, aux repas, aux ateliers, aux visites guidées et à la vente directe.

Cette diversification bénéficierait également aux femmes rurales. Cuisine locale, artisanat, produits transformés, confitures, huiles, miel, fromages ou plantes médicinales pourraient être mieux valorisés.

Le touriste ne repartirait plus seulement avec des photos, mais avec des produits achetés directement auprès de ceux qui les fabriquent.

L’agritourisme pourrait ainsi raccourcir les circuits de distribution et redonner davantage de valeur au producteur.

Créer des emplois sans déplacer les populations

L’un des grands défis du monde rural reste le départ des jeunes vers les villes. Beaucoup ne quittent pas leur région par choix, mais faute de perspectives économiques.

Un réseau national de fermes touristiques pourrait faire apparaître de nouveaux métiers : guides ruraux, animateurs, cuisiniers, accompagnateurs de randonnée, gestionnaires de réservations, responsables de communication numérique, artisans, chauffeurs et vendeurs de produits locaux.

Ces activités ne nécessitent pas toutes des investissements lourds. Elles exigent surtout une organisation, une formation et une mise en réseau.

Le tourisme rural ne résoudra pas à lui seul le problème de l’emploi. Mais il peut contribuer à créer de la valeur là où vivent les populations, plutôt que d’obliger celles-ci à se déplacer vers les grands centres urbains.

Un programme national, pas une addition d’initiatives isolées

Pour réussir, le projet ne peut pas reposer uniquement sur quelques propriétaires entreprenants ou sur des maisons d’hôtes dispersées.

Le Maroc aurait besoin d’un véritable plan de développement de l’agritourisme.

La première étape consisterait à identifier les exploitations volontaires et les territoires à fort potentiel. Toutes les fermes ne peuvent ni ne doivent accueillir du public. Des critères précis seraient nécessaires : accessibilité, sécurité, qualité de l’environnement, capacité d’accueil et intérêt de l’expérience proposée.

La deuxième étape serait la création d’un label national. Une appellation comme « Fermes d’accueil du Maroc » permettrait de garantir des normes minimales en matière d’hygiène, de sécurité, d’authenticité et de qualité.

Il faudrait ensuite former les exploitants. Accueillir des visiteurs est un métier différent de celui d’agriculteur. La formation devrait porter sur la restauration, l’hébergement, la gestion, les langues, les outils numériques, les premiers secours et la relation avec les clients.

Enfin, un dispositif financier adapté serait indispensable. Les agriculteurs intéressés pourraient bénéficier de prêts bonifiés, de subventions ciblées et d’un accompagnement technique pour aménager quelques chambres, sécuriser les espaces ou installer des équipements sanitaires.

Une plateforme nationale de réservation : Sans visibilité numérique, les meilleures fermes resteront inconnues.

Le projet devrait donc s’appuyer sur une plateforme nationale permettant de rechercher, comparer et réserver des séjours à la ferme.

Le voyageur pourrait sélectionner une région, un budget, un type d’hébergement et des activités : équitation, randonnée, potager, élevage, cuisine, apiculture, récolte des fruits ou découverte de l’artisanat.

La plateforme proposerait des photos vérifiées, une cartographie, les disponibilités, le paiement sécurisé et les avis des visiteurs. Elle pourrait également présenter les produits disponibles à la vente et les événements agricoles organisés tout au long de l’année.

Cette plateforme ne devrait pas devenir une simple copie rurale des grandes applications internationales. Elle devrait porter une identité marocaine, valoriser les territoires et garantir une rémunération équitable aux exploitants.

Un tourisme durable, à condition de rester authentique

L’agritourisme correspond parfaitement aux nouvelles attentes des voyageurs : ralentir, retrouver la nature, consommer localement, comprendre l’origine des aliments et vivre des expériences plus humaines.

Mais attention à ne pas transformer les campagnes en parcs d’attractions artificiels.

La ferme touristique doit rester une ferme. Les activités agricoles ne doivent pas devenir de simples décors pour les réseaux sociaux. L’eau, l’énergie, les déchets et la capacité d’accueil doivent être gérés avec rigueur.

Le succès dépendra précisément de cette authenticité. Le visiteur doit pouvoir découvrir la réalité du monde rural, avec ses savoir-faire, ses contraintes, ses traditions et sa modernité.

Inventer une quatrième destination : Le Maroc possède déjà les paysages, les produits, les traditions et les femmes et les hommes capables de faire vivre cette nouvelle offre.

Ce qui manque n’est pas la matière première. Ce qui manque, c’est une vision commune.

En structurant l’agritourisme, le Royaume pourrait soutenir les agriculteurs, dynamiser les territoires, créer des emplois, renforcer le tourisme intérieur et proposer une autre manière de passer ses vacances.

Après la mer, la montagne et les grandes villes, il est peut-être temps d’ouvrir une quatrième route.

Celle qui mène vers les fermes, les villages et les terroirs marocains.

Des lieux que nous traversons souvent sans nous arrêter, alors qu’ils pourraient devenir l’une des plus belles destinations du Maroc de demain.
 





Samedi 25 Juillet 2026

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