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Industrie du sport : Mehdi Sekkouri Alaoui décrypte les nouvelles dynamiques au Maroc


Rédigé par le Samedi 26 Septembre 2026

Dans un secteur en pleine transformation, le sport ne se résume plus aux compétitions et aux infrastructures. Startups, technologies, investisseurs, médias, équipementiers et nouveaux services participent désormais à l’émergence d’un véritable écosystème sportif.

Dans cet entretien accordé à L’ODJ – L’Opinion des Jeunes, Mehdi Sekkouri Alaoui, Directeur stratégique d’Africa Sports Expo, revient sur les mutations de l’industrie du sport au Maroc, ses nouveaux acteurs et les opportunités qu’elle ouvre à l’échelle africaine.



1. Qu’est-ce qui a changé dans l’industrie du sport depuis les premières éditions d’Africa Sports Expo ?

Mehdi Sekkouri Alaoui
Mehdi Sekkouri Alaoui
Le changement est profond. À nos débuts, les échanges portaient surtout sur les événements, les équipements et les infrastructures.

Aujourd’hui, nous voyons arriver de plus en plus de startups, aux côtés des architectes, des opérateurs d’infrastructures, des investisseurs, des médias et des entreprises technologiques.

Elles proposent des solutions pour la billetterie, la gestion des installations, l’expérience des supporters ou encore l’accès à la pratique sportive.

Nous sommes en train de passer d’un ensemble d’activités dispersées à une véritable industrie du sport. Les acteurs commencent à se reconnaître, à travailler ensemble et à penser au-delà de leur marché national.

C’est précisément ce que nous observons à Africa Sports Expo : le sport attire des entrepreneurs qui créent des produits, développent des entreprises et travaillent déjà sur plusieurs marchés africains.

2. Quand on parle d’« industrie du sport » au Maroc, de quoi parle-t-on exactement ?

On parle de toutes les activités économiques rendues possibles par la pratique et le spectacle sportifs.

Cela commence par la conception et la construction des équipements, puis leur entretien et leur exploitation. Cela comprend aussi le textile, la distribution, les salles de sport, la nutrition, la technologie, la billetterie et la formation.

Il faut y ajouter les médias, le sponsoring, l’événementiel et le tourisme sportif. Cette définition large est essentielle : si l’on réduit l’économie du sport aux stades et aux grands événements, on passe à côté d’une grande partie des entreprises et des emplois qu’elle peut créer.

3. Dispose-t-on aujourd’hui d’une estimation crédible du poids économique du sport au Maroc ?

Oui, mais il faut préciser le périmètre et la date des chiffres. En l’absence de données couvrant l’ensemble de l’industrie, la FMPS a étudié les activités de ses membres. Sur la base des données de 2022, cette étude portait sur plus de 300 entreprises, dont le chiffre d’affaires cumulé atteignait 21,16 milliards de dirhams.

Elle estimait que le secteur privé du sport représenté par la FMPS pesait 1,56 % du PIB marocain.

Cette étude ne prenait pas en compte les activités liées au sport dans le BTP et le tourisme. Elle constituait donc une première mesure, et non une estimation exhaustive de l’économie du sport.

Il faut aujourd’hui l’actualiser et élargir son périmètre pour mesurer l’évolution du secteur, notamment dans le contexte de la CAN et de la préparation de la Coupe du Monde 2030.

4. Comment éviter que les investissements dans les infrastructures profitent principalement aux fournisseurs étrangers ?

Il faut que ces projets bénéficient au plus grand nombre possible d’entreprises marocaines. C’est une occasion majeure de développer notre industrie du sport, à condition de leur donner accès aux projets, de leur permettre de travailler avec les grands opérateurs et de valoriser leurs compétences.

Figurez-vous que de nombreuses entreprises membres de la FMPS travaillent déjà dans plusieurs pays africains. Elles interviennent dans la construction, l’équipement des infrastructures, le conseil, la billetterie ou l’événementiel. Nous avons donc des savoir-faire.

La préparation de 2030 doit permettre à ces entreprises de changer d’échelle, de renforcer leurs équipes et de consolider leur présence au Maroc comme à l’export.

5. Sommes-nous capables de faire émerger des champions marocains de l’économie du sport ?

Ils commencent déjà à émerger.

Nous avons des entreprises marocaines qui s’exportent et qui deviennent des références dans leurs métiers. Il faut cesser de parler de cette ambition uniquement au futur : ces acteurs existent et ont déjà fait leurs preuves.
La question est maintenant de leur donner les moyens de grandir.


Cela suppose un cadre favorable, un meilleur accès aux marchés et au financement, ainsi qu’une volonté d’accompagner leur développement à l’international. Nous devons aider les entreprises qui réussissent déjà à devenir des acteurs de premier plan à l’échelle africaine.

6. Le Mondial 2030 représente un accélérateur. Que restera-t-il après ?

C’est la question décisive. Nous allons investir, construire et acquérir de l’expérience. Mais la réussite se jugera aussi après la compétition : nos infrastructures seront-elles utilisées et économiquement viables ?

Nos entreprises auront-elles remporté de nouveaux marchés ? Aurons-nous formé des professionnels capables d’exporter leur savoir-faire ?
 
2030 doit être une belle opportunité pour les entreprises marocaines et pour notre industrie du sport. Il faut transformer cette période exceptionnelle en compétences, en entreprises plus fortes et en activité durable.

7. Savons-nous exploiter économiquement nos infrastructures sportives ?

Nous devons encore progresser. Le modèle économique d’un stade ne peut pas reposer uniquement sur les jours de match.

Il faut penser dès sa conception à tous ses usages possibles : hospitalité, restauration, concerts, événements d’entreprise, visites, commerces ou espaces ouverts au public.

Cela suppose des équipes spécialisées dans l’exploitation, la programmation commerciale, la billetterie et la relation avec les spectateurs. Une infrastructure réussie est une infrastructure qui vit, qui attire du public et qui génère des revenus tout au long de l’année.

8. Où voyez-vous les meilleures opportunités pour un investisseur privé ?

Je regarderais d’abord les activités où la demande est régulière : les lieux de pratique bien exploités, le fitness, les académies, les services aux clubs et les solutions de gestion ou de billetterie.

Je vois aussi des perspectives dans l’exploitation des infrastructures existantes, le tourisme sportif et les services destinés aux entreprises qui développent le sport pour leurs collaborateurs. Dans tous les cas, il faut partir d’un besoin réel, identifier son public et construire un modèle capable de générer des revenus réguliers.

9. Quels sont les principaux freins à l’investissement ?

Il y a d’abord un véritable problème de gouvernance globale et institutionnelle. Le sport a besoin d’un organisme entièrement dédié à son développement et à sa gestion, qu’il s’agisse d’un ministère, d’une agence ou d’un office.

Les acteurs du secteur et les investisseurs potentiels doivent trouver en face d’eux des interlocuteurs identifiés, spécialisés et capables de suivre les projets dans la durée.

Il faut également créer des conditions plus favorables à l’investissement, notamment avec des mesures fiscales incitatives. Quand une entreprise souhaite créer un lieu de pratique, développer une activité ou investir dans une infrastructure, elle doit disposer d’un cadre clair et d’une visibilité suffisante pour s’engager.

10. Comment faire en sorte que l’Afrique capte davantage la valeur créée par son sport ?

Je suis sincèrement convaincu que l’Afrique représente l’avenir de l’industrie du sport. Les besoins sont immenses, les publics sont là et, dans de nombreux domaines, tout reste à construire : des infrastructures et des lieux de pratique, mais aussi des marques, des services, des médias et des entreprises technologiques.

Pour que cette croissance crée de la valeur sur le continent, il faut que les acteurs africains participent à toute la chaîne : concevoir, produire, organiser, exploiter et commercialiser.

Nous avons les talents et des entrepreneurs capables de le faire. Il faut leur ouvrir les marchés et leur donner les moyens de grandir.

11. Existe-t-il un marché africain du sport ou une juxtaposition de marchés nationaux ?

Les marchés nationaux ont encore leurs propres règles et leurs propres circuits de distribution, mais une industrie africaine du sport prend forme. Le Maroc fait partie des pays précurseurs, avec des entreprises déjà présentes sur le continent.

L’Afrique du Sud et l’Égypte disposent également d’écosystèmes très avancés, tandis que le Rwanda s’affirme progressivement comme une référence.

L’enjeu est de mieux connecter ces marchés. Les partenariats entre entreprises, les plateformes numériques et la circulation des produits et des services peuvent accélérer cette évolution. Africa Sports Expo veut précisément contribuer à créer ces connexions entre acteurs africains.

12. Casablanca peut-elle devenir une porte d’entrée vers le marché africain du sport ?

Casablanca peut jouer ce rôle si elle devient un lieu où les acteurs trouvent des partenaires et réalisent des projets. C’est l’ambition d’Africa Sports Expo : réunir des fédérations, des institutions, des marques, des distributeurs, des investisseurs et des opérateurs venus de différents pays.

Nous voulons permettre aux entreprises marocaines de développer leurs activités sur le continent et accueillir au Maroc des entreprises africaines qui cherchent de nouveaux partenaires. Le salon est un point de rencontre pour faire avancer ces collaborations.

13. Ces acteurs parlent-ils suffisamment le même langage économique ?

Ils commencent à davantage se parler, mais chacun arrive encore avec ses priorités. Une fédération raisonne en développement de la pratique, une entreprise en clients et en revenus, une collectivité en service public, un investisseur en risque et en retour sur investissement.

Ces logiques peuvent se rejoindre, à condition de définir clairement le rôle de chacun. Nous devons apprendre à présenter les projets sportifs avec des objectifs, des coûts, des recettes possibles et des indicateurs d’impact. La subvention peut avoir sa place ; elle ne dispense pas de réfléchir à la viabilité économique du projet.

14. Quelle place pour les startups et la technologie ?

Elle est de plus en plus importante. Beaucoup d’organisations sportives ont des besoins très concrets : vendre des billets, gérer leurs installations, mieux connaître leurs publics, diffuser leurs compétitions ou faciliter l’accès à la pratique.

Les startups apportent de nouvelles réponses à ces besoins. Une solution développée au Maroc peut trouver ses premiers clients ici, puis répondre à des problématiques similaires dans d’autres pays africains.

Pour accélérer cette dynamique, les clubs, les fédérations et les exploitants doivent pouvoir tester ces solutions et leur ouvrir l’accès au marché.

15. La pratique sportive crée-t-elle déjà un marché de consommation suffisamment important ?

La pratique est le socle de toute l’économie du sport. Quand davantage de personnes pratiquent régulièrement, elles ont besoin de lieux, d’encadrement, d’équipements, de services et d’événements. Cela crée des débouchés pour les grandes marques comme pour les entreprises locales.

Le marché ne se limite pas aux produits haut de gamme. Les entreprises qui sauront proposer des offres accessibles, adaptées aux usages et bien distribuées auront une vraie place à prendre.

Question joker — Peut-on imaginer des marques marocaines vendues dans toute l’Afrique ?

Il ne s’agit plus seulement de l’imaginer : des marques et des entreprises marocaines exportent déjà leur savoir-faire. Des clubs et des équipes en Afrique sont équipés par des marques marocaines.

Des entreprises marocaines construisent et équipent des infrastructures sur le continent ; d’autres y organisent des événements.

Ces réussites méritent d’être davantage connues. Notre ambition doit être de multiplier ces exemples, de soutenir les entreprises dans leur développement et de faire en sorte que les produits et les services sportifs marocains soient présents sur un nombre croissant de marchés africains.

En 2035, à quels trois indicateurs reconnaîtra-t-on la réussite du Maroc ?

Je regarderais trois indicateurs. D’abord, le nombre de licenciés et de pratiquants réguliers : une industrie du sport solide repose sur une pratique sportive qui progresse et s’ouvre au plus grand nombre.

Ensuite, le nombre d’entreprises et d’emplois créés dans le secteur.

Enfin, les exportations : combien d’entreprises marocaines vendent leurs produits et leurs services dans d’autres pays africains ?

Si nous faisons progresser à la fois la pratique sportive, nos entreprises et leur présence à l’international, nous aurons transformé la dynamique actuelle en véritable industrie.

​Africa Sports Expo : le sport africain se donne rendez-vous à Casablanca

Du 8 au 11 octobre 2026, Africa Sports Expo réunira à l’OFEC de Casablanca les acteurs qui font vivre et évoluer le sport sur le continent. Décideurs publics, fédérations, investisseurs, marques, équipementiers et porteurs de projets s’y retrouveront pour présenter leurs solutions, partager leurs expériences et nouer de nouveaux partenariats.

Pour sa cinquième édition, le salon mettra en avant cinq grands domaines : les infrastructures et équipements, le fitness, la distribution et la nutrition, les services et solutions, ainsi que les institutions et la pratique sportive. Forums professionnels, démonstrations et rencontres feront d’Africa Sports Expo un lieu d’échange sur les besoins concrets du secteur, du financement des installations à l’accès au sport.

À Casablanca, l’enjeu dépasse la tenue d’un salon : transformer l’intérêt croissant pour le sport africain en projets, en investissements et en coopérations durables.





Salma Chmanti Houari
J'aime écrire sur tout ce qui nourrit la curiosité et ouvre le regard sur le monde. Si ma plume... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 26 Septembre 2026

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