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Et si on arrêtait d'exporter nos fruits et légumes et nos ressources en eau ?


Rédigé par le Mercredi 29 Mars 2023

Les exportations agricoles made in Morocco crèvent le plafond. Bravo messieurs ..



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Pas de crise pour les exportateurs

Les exportations agricoles connaissent un boom sans précédent , alors faut-il s'en réjouir ou plutôt s'alarmer du boum qui menace la consommation locale !?

Il y a quelques semaines, on nous annonçait que le Maroc avait dépassé les États -unis en matière d'exportation de myrtilles. Encore une fois, bravo messieurs.

Et tout récemment, c'est la filière de l'avocat qui est en passe de battre des records le Maroc devenant le neuvième exportateur. Une nouvelle  fois, mille bravos messieurs .

Ainsi, les exportations de fruits rouges , d'agrumes et d'avocats n'ont carrément pas subi de crise et n'ont jamais pâti de la guerre d'Ukraine !

Loin de là, elles ont même profité de la conjoncture pour conquérir de nouveaux marchés.

Même chose en ce qui concerne les engrais phosphatés qui ont largement profité des sanctions qui se sont abattues sur le principal concurrent, à savoir la Russie.

Pendant ce temps, chez nous les prix des fruits et légumes ont flambé comme jamais auparavant et d'après le gouvernement, c'est la faute à l'inflation et à la sécheresse. Une thèse contredite par de nombreux économistes, y compris le Haut-commissaire au Plan.

Ce même gouvernement avait ordonné d'interdire les exportations de tomate lors de la première flambée des prix, sauf que l'exécutif avait oublié de préciser que les interdictions ne concernaient que la Mauritanie et le Sénégal, les exportateurs étant tenus de respecter leurs contrats avec leurs clients européens.

Maintenant, l'inflation va s'installer encore de longs mois, les exportations ne vont pas ralentir et le consommateur local , laissé pour compte, pourra toujours crever car les prix ne vont pas baisser ! 

Les exportations n'ont ainsi absolument pas subi l'impact de la sécheresse, elles ont connu une hausse record surtout en ce qui concerne le marché russe , et en contrepartie elles sont largement responsables de la baisse du niveau des barrages ! 

D'un point de vue responsabilité sociale, empreinte écologique et impact sur l'environnement, et dans ce cas d'espèce sur les nappes phréatiques, les exportateurs sont de très mauvais élèves.

Sauf , qu'à la différence ou presque, personne n'est venu leur tirer les oreilles pour les obliger à ne pas dilapider l'eau des barrages que l'état subventionne volontiers , et il faut bien le dire  généreusement en ce qui concerne les exportations !

Trop loin du bon sens  !  

Pendant ce temps, on a préféré exiger des hammams qu'ils réduisent leur consommation et le ministère de l'intérieur n'a pas hésité à s'en prendre au maillon faible en ordonnant la fermeture des " lavages de voiture" dont la facture était élevée !

On est malheureusement très loin de tout bon sens et de toute logique citoyenne. Certains économistes vous diront que les exportations contribuent à  soutenir la production de fruits et légumes destinés à un prix raisonnable au marché local ,  mais est-ce vraiment le cas !?

Il y a des raisons d'avoir des doutes à ce sujet.

Tout récemment, dans un entretien accordé à nos confrères de Média 24 , le Haut-commissaire au Plan, le Ahmed Lahlimi expliquait que notre pays n'avait d'autre choix que de garantir sa souveraineté agricole pour assurer sa sécurité alimentaire .

Et la sécurité alimentaire commence par une production agricole abondante à destination du marché local , respect des normes de  qualité, et proposée à des prix socialement acceptables  . 

Et cela ne sera pas possible sans une agriculture paysanne dont le potentiel aura été valorisé indépendamment des aléas climatiques et de la pénurie ou de la flambée des intrants venant de l'étranger !

Un modèle agricole à réinventer 

N'en déplaise aux "béni oui oui"  qui justifient l' injustifiable  au mépris de l'intérêt général, il faudra se rendre à l'évidence et cesser de nous voiler la face : ce n'est pas en agissant de la sorte que les défis du développement durable de l'agriculture pourront être relevés , et par conséquent , encore moins ceux du développement rural, voire le développement du pays en général.

Il n'y a malheureusement aucun début de débat à ce sujet , mais il y a une relation très étroite entre le boom des exportations agricoles, le modèle agricole qui repose sur une main d'œuvre très bon marché et donc sur le taux de pauvreté en milieu rural, et les disparités régionales et spatiales .

Oui , on peut l'affirmer sans peur de nous fourvoyer : le Maroc ne pourra plus continuer à exporter tous azimuts au risque de perturber le concept de souveraineté agricole et de sécurité alimentaire, et face au péril de voir davantage d'immenses volumes d'eau englouties par les exportations agricoles.

Il y a  une urgence absolue et vitale à réinventer un nouveau modèle agricole  sur le base de nouveaux paradigmes  dont principalement l'équité et le droit à l'eau !

Ceci car des épisodes de sécheresse, il y en aura certainement d'autres et là , il s'agit d'apprendre la leçon car un homme averti en vaut deux !

Une question à deux sous pour terminer : les départements concernés ont-ils exigé des études d'impact sur l'environnement aux  exportateurs agricoles !?

Il est encore permis d'en douter .Bravo messieurs.

Par Hafid Fassi Fihri 

 

 Questions en suspens : 

- Un européen qui consomme , à longueur d'année,  des oranges et des tomates du Maroc aura-t-il forcément envie de venir chez nous !?

- Faudra-t-il , dans les années à venir , voyager en Europe ou carrément immigrer pour avoir tous les jours des fruits et légumes made in Morocco !?

​ - Combien de kilos de fruits et d'avocat , pour ne citer que ces deux fruits, mange en moyenne  un marocain chaque année ?





Hafid Fassi fihri
Hafid Fassi Fihri est un journaliste atypique , un personnage hors-normes . Ce qu'il affectionne,... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 29 Mars 2023

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